Sécurité et racisme : qui peut faire entendre sa voix ? | Recherche
Mise à jour le 30/09/2026
À Marseille et Naples, les questions de sécurité ne touchent pas tous les habitants de la même manière. Le sociologue Kevin Vacher étudie comment les populations des quartiers populaires se mobilisent face aux violences, à l'insécurité et aux formes de stigmatisation raciste.
Infos clés
Dispositif : Bourses de recherche sur la xénophobie et l'antisémitisme
Chercheur-se : Kevin VACHER
Établissement : Université Paris 8
Laboratoire : Centre de recherches sociologiques et politiques de Paris – Cultures et sociétés urbaines (CRESPPA-CSU)
Discipline : sociologie, sciences politiques
Présentation
Comment les habitants des quartiers populaires se saisissent-ils des questions de sécurité lorsqu'ils sont eux-mêmes confrontés aux violences, mais aussi aux discours qui stigmatisent leur quartier ou leur origine ?
À partir des cas de Marseille et de Naples, Kevin Vacher étudie les mobilisations locales autour de la sécurité et la manière dont les habitants réagissent aux représentations médiatiques et politiques de leur territoire. À Marseille notamment, il observe que les discours sur la criminalité peuvent associer insécurité, immigration et tensions sociales, contribuant à présenter certains quartiers et leurs habitants comme responsables des difficultés auxquelles ils sont confrontés.
La recherche s'intéresse ainsi à la capacité des habitants à prendre la parole, à formuler leurs propres analyses des violences qu'ils subissent et à faire reconnaître leurs revendications dans l'espace public.
Méthodologie
La recherche empirique a été menée entre 2014 et 2018 à Marseille et Naples. Kevin Vacher a étudié les discours médiatiques et politiques consacrés à la sécurité et analysé onze mobilisations locales dans les deux villes. La comparaison entre Marseille et Naples lui permet d'interroger des phénomènes souvent présentés comme propres à chacune de ces villes.
Le projet soutenu par la Ville devait prolonger cette enquête par une démarche de co-recherche et de coécriture avec des habitants et des acteurs associatifs, afin de confronter les résultats scientifiques à leur expérience et de valoriser leurs savoirs sur les violences et la stigmatisation.
Principaux enseignements
Les travaux de Kevin Vacher montrent que les mobilisations autour de la sécurité ne se résument pas à une opposition entre habitants réclamant davantage de sécurité et populations désignées comme sources de nuisances. Elles mettent en jeu des rapports sociaux, des concurrences entre groupes et différentes manières de définir qui peut légitimement se présenter comme un « honnête citoyen ».
La recherche met notamment en évidence une inégalité dans la reconnaissance des demandes de sécurité. Des habitants issus de l'immigration ou des quartiers populaires peuvent être eux-mêmes victimes de violences ou d'insécurité tout en rencontrant davantage de difficultés à faire reconnaître leurs revendications comme légitimes.
Les habitants ne sont cependant pas de simples destinataires des discours produits sur leurs quartiers. Ils peuvent se les approprier, les contester ou construire d'autres interprétations des difficultés qu'ils rencontrent. Les mobilisations observées à Marseille et Naples montrent également la possibilité de faire émerger des coalitions et des prises de parole collectives face à différentes formes de violence.
Apports de la recherche
Ces travaux invitent à prendre davantage en compte la parole et l'expérience des habitants dans la compréhension des questions de sécurité. Ils montrent notamment comment les représentations médiatiques et politiques d'un territoire peuvent peser sur la manière dont les problèmes locaux et les personnes qui les expriment sont perçus.
Le projet Des violences à la parole proposait ainsi de prolonger la recherche avec les personnes concernées afin de mettre en discussion les résultats, de valoriser leurs connaissances du territoire et de faire émerger des propositions susceptibles de nourrir l'action publique.
Pour aller plus loin
En 2017, Kevin Vacher a consacré plusieurs publications aux politiques de sécurité et à leurs effets dans les quartiers populaires de Marseille. Dans la revue Sciences et Actions Sociales, il analyse notamment la construction de la question sécuritaire marseillaise et les effets des représentations associées à la ville.
Il a également étudié dans Métropolitiques la mise en œuvre locale des Zones de sécurité prioritaires et les effets de leur dimension participative.
Les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme
Cette recherche a bénéficié du soutien de la Ville de Paris dans le cadre des Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme, qui encouragent les jeunes chercheuses et chercheurs à mieux comprendre ces phénomènes, leurs formes et leurs évolutions.
À travers ce dispositif, la Ville de Paris soutient la production et la diffusion de connaissances afin de contribuer à la lutte contre le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme et d’éclairer les politiques publiques.
En savoir plus sur les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme
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