Quel vécu du racisme chez les diplômés d’origine subsaharienne ? | Recherche
Mise à jour le 30/09/2026
Être diplômé et occuper une position sociale favorisée protège-t-il du racisme ? À partir d’une comparaison entre Paris et Londres, Élodie Druez étudie l’expérience de diplômés d’origine subsaharienne et la manière dont les discriminations influencent leur sentiment d’appartenance et leur rapport à la politique.
Infos clés
Dispositif : Bourses de recherche sur la xénophobie et l'antisémitisme
Chercheur-se : Élodie DRUEZ
Établissement : Institut d’études politiques de Paris
Laboratoire : Centre d’études européennes et de politique comparée
Statut : recherche postdoctorale, 2017
Discipline : histoire contemporaine
Présentation
La réussite scolaire et professionnelle ne met pas nécessairement à l'abri du racisme et des discriminations. Élodie Druez s'intéresse à une population encore peu étudiée : des femmes et des hommes diplômés du supérieur, nés en France ou au Royaume-Uni de parents originaires d'Afrique subsaharienne.
Sa recherche analyse leur expérience de la racisation, entendue comme l'ensemble des situations dans lesquelles une personne est renvoyée à son origine ou à sa couleur de peau. Elle cherche notamment à comprendre dans quels espaces et sous quelles formes ces expériences apparaissent, mais aussi comment elles influencent les identités collectives, les opinions et les comportements politiques.
La comparaison entre Paris et Londres permet d'étudier ces phénomènes dans deux contextes nationaux et urbains différents et d'observer comment ils influencent la manière de percevoir, de nommer et de politiser les discriminations.
Méthodologie
La recherche combine méthodes qualitatives et quantitatives. Dans sa version finale, la thèse s'appuie sur 78 entretiens individuels, dont 38 réalisés auprès de personnes résidant en France et 40 au Royaume-Uni, ainsi que sur 9 entretiens collectifs réunissant deux à cinq personnes.
Ces entretiens permettent de retracer les expériences de racisation dans les parcours individuels et d'étudier la place qu'elles occupent dans le rapport à la politique. Ils sont complétés par des analyses statistiques issues des enquêtes françaises Trajectoires et Origines et britannique Ethnic Minority British Election Survey.
Principaux enseignements
La recherche montre tout d'abord que la réussite universitaire et professionnelle n'efface pas les effets de la racisation. Les personnes interrogées peuvent être renvoyées à une position sociale inférieure malgré leur niveau de diplôme et leur parcours professionnel. Cette expérience pèse également sur leur sentiment d'appartenance nationale et leur identification aux catégories sociales favorisées.
La comparaison fait cependant apparaître une différence importante dans la manière de nommer et de politiser ces expériences. Au Royaume-Uni, où les questions raciales occupent une place plus explicite dans le débat public et les politiques publiques, les personnes interrogées mobilisent plus facilement la notion de racisme pour interpréter certaines injustices. En France, celles-ci sont davantage formulées en termes d'inégalités sociales ou territoriales.
La thèse montre enfin que cette politisation dépend aussi des ressources dont disposent les individus : une formation en sciences sociales, une expérience militante ou une socialisation familiale politisée peuvent notamment fournir des outils pour interpréter et exprimer les expériences de racisation.
Apports de la recherche
En étudiant des personnes diplômées du supérieur, cette recherche permet de dissocier l'expérience du racisme de la seule question de la précarité sociale. Elle met en évidence l'imbrication des rapports de race et de classe, tout en montrant que les contextes nationaux influencent la manière dont les discriminations sont comprises et exprimées.
La comparaison entre Paris et Londres permet également de mieux saisir le rôle joué par les politiques publiques, les discours collectifs et les contextes urbains dans la construction du sentiment d'appartenance et du rapport au politique. Dans le cas francilien, l'opposition entre Paris et certaines banlieues occupe notamment une place particulière dans la manière dont les personnes interrogées décrivent et interprètent les inégalités.
Pour aller plus loin
La thèse d'Élodie Druez, soutenue en 2020, approfondit l'analyse des liens entre racisation, identités collectives et politisation chez les diplômés d'origine subsaharienne vivant à Paris et à Londres. Elle présente les résultats définitifs de cette recherche et permet de retrouver l'ensemble de la méthodologie et des analyses comparatives.
Les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme
Cette recherche a bénéficié du soutien de la Ville de Paris dans le cadre des Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme, qui encouragent les jeunes chercheuses et chercheurs à mieux comprendre ces phénomènes, leurs formes et leurs évolutions.
À travers ce dispositif, la Ville de Paris soutient la production et la diffusion de connaissances afin de contribuer à la lutte contre le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme et d’éclairer les politiques publiques.
En savoir plus sur les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme
Settings Text Html