Pourquoi la France a-t-elle adopté des « lois mémorielles » ? | Recherche
Mise à jour le 30/09/2026
Shoah, génocide des Arméniens, esclavage, guerre d'Algérie : entre 1990 et 2005, plusieurs lois françaises ont reconnu ou pris en compte des passés traumatiques. L'historienne Elishéva Gottfarstein retrace leur élaboration et analyse les débats qu'elles ont suscités.
Infos clés
Dispositif : Bourses de recherche sur la xénophobie et l'antisémitisme
Chercheur-se : Élishéva GOTTFARSTEIN
Établissement : Université Sorbonne Nouvelle
Laboratoire : Intégration et Coopération dans l'Espace Européen (ICEE)
Discipline : histoire, sociologie politique
Présentation
Que recouvre réellement l'expression « lois mémorielles » ? Elishéva Gottfarstein retrace l'histoire de quatre textes adoptés entre 1990 et 2005 : la loi Gayssot relative notamment au négationnisme de la Shoah, la reconnaissance du génocide des Arméniens, la loi Taubira reconnaissant la traite et l'esclavage comme crimes contre l'humanité et la loi de 2005 concernant les Français rapatriés.
La chercheuse s'intéresse à la manière dont ces textes ont été élaborés, aux mobilisations qui ont contribué à leur adoption et aux intentions de leurs promoteurs. Elle analyse également la controverse qui, à partir de 2005, les a regroupés sous une même appellation et les critiques formulées autour du « communautarisme », de la « repentance » ou encore de la place des victimes dans le récit national.
Méthodologie
La recherche croise trois ensembles de sources : les débats et rapports parlementaires liés à l'élaboration des lois ; des entretiens avec des responsables politiques et associatifs impliqués dans ces processus ; et l'étude de leur réception dans les médias.
Pour ce dernier volet, particulièrement développé grâce à la bourse de la Ville de Paris, Elishéva Gottfarstein a constitué un corpus principalement issu du Monde, de Libération, du Figaro et de L'Humanité, complété ponctuellement par L'Express et Le Point.
À la fin de l'année 2020, plus de 2 500 articles de presse avaient été recensés et classés selon leur date, leur sujet, le média concerné et l'angle adopté. Ce corpus couvre différentes périodes comprises entre la fin des années 1980 et 2008, selon la mémoire étudiée.
Principaux enseignements
L'étude montre d'abord que les quatre textes regroupés sous l'expression « lois mémorielles » ont des histoires et des objectifs différents. Leur réunion sous une même catégorie, apparue dans le débat public en 2005, tend ainsi à masquer la singularité de leur élaboration.
L'analyse de la loi Gayssot montre notamment qu'elle avait initialement été pensée comme un texte plus large de lutte contre le racisme, dans lequel la répression du négationnisme a été intégrée au cours du processus parlementaire. Les lois concernant le génocide des Arméniens et l'esclavage résultent quant à elles de trajectoires et de mobilisations distinctes visant à faire reconnaître ces histoires dans le récit national.
Au-delà de leurs différences, la chercheuse identifie néanmoins un point commun : un langage politique de la reconnaissance. Ces textes participent, de différentes manières, à la reconnaissance publique de mémoires longtemps occultées ou insuffisamment intégrées au récit national.
Apports de la recherche
En retraçant séparément la genèse de ces lois, cette recherche permet de dépasser l'idée selon laquelle elles formeraient dès l'origine un ensemble homogène. Elle éclaire les relations entre mémoire, mobilisations collectives, action du législateur et construction du récit national.
Elle permet également de mieux comprendre les débats autour de la « concurrence des mémoires ». Elishéva Gottfarstein met en évidence des mécanismes communs de mobilisation et une aspiration à faire reconnaître dans une histoire collective des expériences jusque-là occultées ou marginalisées.
Pour aller plus loin
Elishéva Gottfarstein a publié une partie de ses recherches dans les Cahiers Mémoire et Politique, sous le titre « Les “lois mémorielles” : manifestation d'un communautarisme ou outil d'inclusion au récit national ? ». L'article revient sur la naissance de cette catégorie et sur la genèse des quatre textes étudiés.
Les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme
Cette recherche a bénéficié du soutien de la Ville de Paris dans le cadre des Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme, qui encouragent les jeunes chercheuses et chercheurs à mieux comprendre ces phénomènes, leurs formes et leurs évolutions.
À travers ce dispositif, la Ville de Paris soutient la production et la diffusion de connaissances afin de contribuer à la lutte contre le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme et d’éclairer les politiques publiques.
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