Pourquoi des hommes s’engagent-ils dans les mouvements féministes ? | Recherche
Mise à jour le 24/09/2026
Depuis la fin du XIXe siècle, des hommes participent aux mobilisations pour les droits des femmes, tout en y restant minoritaires. À partir de l’histoire des mouvements féministes français et des parcours de militants, le sociologue Alban Jacquemart étudie les raisons de cet engagement et la place accordée aux hommes au sein de ces mouvements.
Infos clés
Dispositif : Bourses Études de genre
Chercheur-se : Alban JACQUEMART
Établissement : École des hautes études en sciences sociales (EHESS)
Statut : thèse soutenue (2009)
Discipline : sociologie
Présentation
Les mouvements féministes défendent les droits et les intérêts des femmes et dénoncent les rapports de pouvoir entre les sexes. Dès lors, comment expliquer que des hommes choisissent de s’y engager ?
La recherche d’Alban Jacquemart retrace la participation des hommes aux mouvements féministes français sur une période de près d’un siècle et demi, de 1870 à 2010. Elle étudie à la fois l’évolution de leur place dans ces mouvements et les trajectoires individuelles qui conduisent certains hommes à devenir militants féministes.
L’objectif est notamment de comprendre comment cet engagement, statistiquement minoritaire et qualifié de « socialement improbable » par le chercheur, devient possible selon les périodes, les organisations militantes et les parcours personnels.
Méthodologie
La recherche associe une approche historique à une enquête sociologique. Elle s’appuie sur de nombreuses sources d’archives permettant de retracer l’évolution de la participation des hommes aux mouvements féministes depuis 1870, ainsi que sur 36 entretiens biographiques réalisés avec des militants féministes, principalement pour la période allant des années 1970 à 2010.
Alban Jacquemart mobilise notamment la notion de « carrière militante » afin d’étudier comment les trajectoires personnelles, les expériences de socialisation, l’appartenance à certains réseaux politiques et le fonctionnement des organisations peuvent favoriser, maintenir ou au contraire interrompre cet engagement.
Principaux enseignements
La place des hommes dans les mouvements féministes a fortement évolué au cours du temps. À la fin du XIXe siècle, ils représentent une part importante des militants et peuvent occuper des fonctions dirigeantes. À mesure que les femmes revendiquent davantage d’autonomie dans leurs propres mobilisations, leur présence diminue. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, les hommes ne représentent plus qu’environ 10 % des effectifs militants étudiés.
Dans les années 1970, la question de la mixité devient particulièrement importante. Certains mouvements choisissent la non-mixité, tandis que d’autres luttes, notamment autour de la contraception et de l’avortement, réunissent femmes et hommes. Depuis la fin des années 1990, de nouveaux collectifs mixtes apparaissent, mais les hommes y demeurent minoritaires : la recherche estime leur présence à moins de 15 % des membres des collectifs mixtes étudiés.
La thèse montre également que l’engagement des hommes ne dépend pas d’une caractéristique unique. Il résulte de la combinaison de trajectoires personnelles, d’expériences antérieures, de réseaux politiques et militants et des possibilités d’engagement offertes par les organisations à une période donnée.
Enfin, les hommes engagés doivent construire et légitimer leur place dans des mouvements qui dénoncent précisément une domination dont ils appartiennent au groupe social bénéficiaire. Certains se définissent comme « féministes », d’autres comme « pro-féministes », « antisexistes » ou « antipatriarcaux ». Leur manière de concevoir leur engagement dépend notamment de la définition qu’ils donnent du féminisme et de la place qu’ils estiment pouvoir y occuper.
Apports de la recherche
En étudiant un groupe relativement peu étudié — les hommes engagés dans les mouvements féministes —, cette recherche éclaire plus largement le fonctionnement et l’évolution de ces mouvements.
Elle montre notamment que la question de la mixité traverse leur histoire : la présence ou l’absence des hommes dépend de la manière dont les mouvements définissent les personnes au nom desquelles ils agissent, mais aussi de leur organisation et des rapports de pouvoir qui peuvent se reproduire en leur sein.
La recherche permet ainsi de mieux comprendre comment une personne peut s’engager dans une mobilisation défendant principalement les intérêts d’un groupe auquel elle n’appartient pas, et comment cet engagement se construit dans le temps.
Consulter la thèse
Les Bourses de recherche en études de genre
Cette recherche a bénéficié du soutien de la Ville de Paris dans le cadre des Bourses de recherche en études de genre, qui encouragent depuis 2006 les travaux consacrés aux questions de genre, d’égalité, de féminisme et aux droits des personnes LGBTQIA+.
À travers ce dispositif, la Ville de Paris soutient les jeunes chercheuses et chercheurs et contribue à la production et à la diffusion des connaissances sur ces enjeux.
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