Pourquoi certaines femmes sont-elles davantage exposées aux violences sexuelles ? | Recherche

Focus

Mise à jour le 13/10/2026

Les femmes lesbiennes et bisexuelles déclarent davantage de violences sexuelles que les femmes hétérosexuelles. Comment expliquer ces différences ? Lauréate de la Bourse de recherche de la Ville de Paris pour les études de genre en 2020, Tania Lejbowicz a étudié les liens entre les violences sexuelles, les parcours affectifs et sexuels des femmes et les normes de genre. Ses travaux éclairent les mécanismes qui favorisent ces violences, mais aussi leurs conséquences sur les trajectoires de vie.

Infos clés

Dispositif : Bourses Études de genre
Année : 2020
Chercheur-se : Tania LEJBOWICZ
Établissement : Université Paris Nanterre et Institut national d'études démographiques (Ined)
Laboratoire : Centre de recherches sociologiques et politiques de Paris (CRESPPA-GTM)
Discipline : Sociologie, démographie

Présentation

Des inégalités face aux violences sexuelles

Les violences sexuelles touchent les femmes de manière inégale. Plusieurs enquêtes ont notamment montré que les femmes lesbiennes et bisexuelles déclarent davantage de violences sexuelles que les femmes hétérosexuelles. Ces violences sont également plus fréquemment rapportées par des femmes dont les parcours sexuels et conjugaux s'écartent des normes dominantes, par exemple en matière de nombre de partenaires ou d'âge au premier rapport sexuel.

Mais comment comprendre ces différences ? Les parcours affectifs et sexuels minoritaires exposent-ils davantage aux violences ? À l'inverse, les violences subies peuvent-elles influencer les trajectoires des femmes ?

C'est à ces questions que s'intéresse Tania Lejbowicz dans sa recherche doctorale, en étudiant les relations entre les expériences de violences sexuelles, les parcours de vie et les normes de genre.

Son travail repose sur une approche sociologique des violences sexuelles, envisagées non seulement comme des actes individuels, mais aussi comme des phénomènes inscrits dans des rapports sociaux inégalitaires entre les femmes et les hommes.

Comprendre le rôle des normes de genre

Au cœur de cette recherche figure la notion d'hétéronormativité, qui désigne l'ensemble des normes sociales présentant l'hétérosexualité comme la référence dominante en matière de sexualité et de conjugalité.

Ces normes contribuent à définir les comportements considérés comme attendus ou légitimes pour les femmes, notamment dans leurs relations affectives et sexuelles.

La recherche de Tania Lejbowicz vise à comprendre comment les écarts à ces normes peuvent influencer l'exposition aux violences sexuelles, mais également comment les violences subies participent à transformer les trajectoires et les représentations des femmes.

Elle cherche ainsi à dépasser une interprétation mécanique des relations entre orientation sexuelle et violences, en prenant en compte la diversité des expériences individuelles, les contextes dans lesquels surviennent les agressions et les significations que les femmes leur attribuent.

Méthodologie

Croiser les données statistiques et les récits de vie

Pour mener cette recherche, Tania Lejbowicz s'est appuyée sur les données de l'enquête Violences et rapports de genre (Virage), réalisée par l'Institut national d'études démographiques (Ined) en 2015 et 2016.

Cette enquête comprend deux volets complémentaires :

  • Virage en population générale, menée auprès de plus de 27 000 personnes, dont 15 556 femmes, afin de mesurer les violences subies dans différents espaces de la vie quotidienne ;
  • Virage LGBT, une enquête complémentaire réalisée auprès de plus de 7 000 personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et trans, dont 3 537 femmes, pour mieux documenter les expériences de populations habituellement peu représentées dans les enquêtes statistiques.

Ces données permettent d'analyser les caractéristiques des violences déclarées, leurs circonstances, leur répétition et leurs conséquences, en les replaçant dans les parcours affectifs, sexuels, familiaux et sociaux des personnes interrogées.

La chercheuse a également mobilisé des entretiens auprès de femmes ayant subi des violences sexuelles. Cette approche qualitative permet d'approfondir les résultats statistiques, notamment en étudiant la manière dont les femmes interprètent les événements vécus et les intègrent à leur histoire personnelle.

L'articulation de ces deux méthodes permet ainsi de mieux comprendre la diversité des expériences de violences et leurs effets sur les trajectoires de vie.

Principaux enseignements

Les parcours minoritaires peuvent accroître l'exposition aux violences

Les travaux de Tania Lejbowicz mettent en évidence des liens entre certaines caractéristiques des parcours sexuels et conjugaux et une exposition accrue aux violences sexuelles.

Les préférences pour les personnes de même sexe, un nombre élevé de partenaires ou une entrée précoce dans la sexualité figurent parmi les caractéristiques associées à une plus forte déclaration de violences.

Ces résultats montrent que les écarts aux normes dominantes de genre et de sexualité peuvent s'accompagner de formes de contrôle social, dont les violences sexuelles constituent l'une des manifestations.

Ils ne signifient toutefois pas que ces parcours provoquent les violences : ils invitent à analyser les rapports sociaux et les contextes dans lesquels celles-ci surviennent.

Les violences peuvent aussi transformer les trajectoires des femmes

La recherche montre également que les relations entre violences sexuelles et parcours minoritaires ne fonctionnent pas dans un seul sens.

Les violences subies peuvent contribuer à transformer les trajectoires affectives et sexuelles des femmes, leurs représentations de la sexualité et leur rapport aux normes de genre.

Ces effets varient notamment selon l'âge auquel les violences surviennent, leur contexte — familial, conjugal ou extérieur — et la manière dont les femmes interprètent les événements vécus.

L'étude souligne ainsi l'importance de considérer les violences dans l'ensemble d'un parcours de vie, plutôt que comme des événements isolés produisant des conséquences identiques pour toutes les victimes.

Les normes ordinaires contribuent à invisibiliser les violences

L'un des principaux enseignements de la thèse concerne le rôle des normes sociales dans la reconnaissance des violences sexuelles.

Si les écarts aux normes de genre permettent de comprendre certaines situations de surexposition, la recherche montre également que les représentations ordinaires de la sexualité peuvent favoriser les violences et contribuer à leur invisibilisation.

Identifier une expérience comme une violence, parvenir à la nommer ou à la dénoncer suppose en effet de disposer de certaines ressources personnelles et sociales.

Les différences observées dans les déclarations de violences ne reflètent donc pas uniquement des différences d'exposition : elles dépendent également des conditions dans lesquelles les femmes peuvent reconnaître et exprimer les violences subies.

Cette approche invite à prendre en compte les mécanismes sociaux qui rendent certaines violences difficiles à identifier et à déclarer.

Apports de la recherche

Les travaux de Tania Lejbowicz contribuent à une meilleure compréhension des violences sexuelles et des inégalités qui traversent les expériences des femmes.

En soulignant la diversité des situations de vulnérabilité, ils apportent des connaissances utiles à la réflexion sur la prévention des violences sexistes et sexuelles, notamment auprès des femmes appartenant à des minorités sexuelles.

La recherche met également en évidence l'importance des conditions de reconnaissance et de déclaration des violences, un enjeu pour les démarches d'information, de sensibilisation et d'accompagnement des victimes.

En soutenant ces travaux, la Ville de Paris participe au développement de connaissances scientifiques susceptibles d'éclairer les politiques publiques en faveur de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations.

Pour aller plus loin

Les Bourses de recherche en études de genre

Cette recherche a bénéficié du soutien de la Ville de Paris dans le cadre des Bourses de recherche en études de genre, qui encouragent depuis 2006 les travaux consacrés aux questions de genre, d’égalité, de féminisme et aux droits des personnes LGBTQIA+.
À travers ce dispositif, la Ville de Paris soutient les jeunes chercheuses et chercheurs et contribue à la production et à la diffusion des connaissances sur ces enjeux.
En savoir plus sur les Bourses de recherche en études de genre

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