Le poids, une affaire de genre ? | Recherche

Focus

Mise à jour le 21/09/2026

Tableau de Suzanne Valadon représentant une femme brune couchée sur un lit dans une chambre bleue

Le poids relève-t-il seulement de la santé et des choix individuels ? Cette recherche montre que la corpulence révèle aussi des inégalités sociales et de genre. En France comme en Europe, les normes corporelles et les conséquences du poids diffèrent fortement pour les femmes et les hommes.

Infos clés

Dispositif : Bourses Études de genre
Chercheur-se : Thibaut de Saint Pol
Établissement : Institut d'Etudes Politiques de Paris
Laboratoire : Observatoire sociologique du changement (OSC)
Statut : thèse soutenue (2009)
Discipline : sociologie

Présentation

La corpulence est souvent abordée sous l’angle de la santé, notamment à travers la question de l’obésité. Mais le poids et l’apparence physique sont également influencés par les conditions de vie et les normes sociales.

Cette recherche étudie ainsi la corpulence comme un fait social. Elle cherche à comprendre comment le poids, la taille et les représentations du corps sont liés au genre et à la position sociale, mais aussi comment ils peuvent influencer l’image de soi, les relations avec les autres ou encore les parcours professionnels.

En comparant la France à plusieurs pays européens, l’étude analyse les différences entre femmes et hommes, entre groupes sociaux et entre pays, ainsi que les normes qui déterminent ce qui est considéré comme un corps désirable ou acceptable.

Méthodologie

La recherche s’appuie sur l’analyse statistique de neuf grandes enquêtes françaises et européennes, portant notamment sur la santé, la nutrition et les conditions de vie.

Elle met en relation le poids et la taille des personnes interrogées avec différentes caractéristiques comme leurs revenus, leur niveau de diplôme, leur profession et leur sexe. Elle étudie également la perception que les personnes ont de leur propre poids, leurs pratiques alimentaires et leur activité physique.

Résultats

Les résultats montrent que les normes liées au poids ne s’imposent pas de la même manière aux femmes et aux hommes. Les femmes sont davantage confrontées à un idéal de minceur et se déclarent plus souvent insatisfaites de leur poids. Chez les hommes, c’est au contraire une corpulence considérée comme trop faible qui peut être dévalorisée, la force et la musculature étant davantage valorisées.

Ces différences se retrouvent dans les comportements : les femmes cherchent plus souvent à perdre du poids, tandis que certains hommes cherchent à en prendre, notamment sous forme de muscle.

Le poids est également lié aux inégalités sociales, particulièrement chez les femmes. En France, à situation comparable, leur corpulence tend à diminuer lorsque leurs revenus augmentent, tandis que la tendance inverse est observée chez les hommes. Les femmes les plus minces perçoivent également, en moyenne, des salaires plus élevés.

Enfin, la France se caractérise par un poids moyen relativement faible par rapport aux autres pays étudiés et par une pression particulièrement forte en faveur de la minceur féminine.

Apports de la recherche

Cette recherche montre que le poids ne peut pas être considéré uniquement comme une question de santé ou de comportements individuels. La corpulence peut être à la fois liée aux inégalités sociales et contribuer à les renforcer, notamment dans le monde professionnel, les revenus ou l’estime de soi.

Ces résultats invitent à mieux prendre en compte les différences entre les expériences des femmes et des hommes dans les politiques de prévention. Ils soulignent également l’importance d’articuler les enjeux de santé avec ceux de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations liées à l’apparence, sans renforcer la stigmatisation des personnes en surpoids ou obèses.

Partenaires

Cette thèse de doctorat en sociologie a été préparée à l’Institut d’études politiques de Paris, au sein de l’Observatoire sociologique du changement, sous la direction d’Alain Chenu et en lien avec le Centre de recherche en économie et statistique (CREST).

Les travaux mobilisent notamment des données produites par l’Insee ainsi que plusieurs grandes enquêtes statistiques françaises et européennes.

Pour aller plus loin

Les résultats de cette recherche ont notamment donné lieu à l’ouvrage Le corps désirable. Hommes et femmes face à leur poids, publié aux Presses universitaires de France en 2010. Une synthèse de la thèse est également disponible en accès libre.

Les Bourses de recherche en études de genre

Cette recherche a bénéficié du soutien de la Ville de Paris dans le cadre des Bourses de recherche en études de genre, qui encouragent depuis 2006 les travaux consacrés aux questions de genre, d’égalité, de féminisme et aux droits des personnes LGBTQIA+.
À travers ce dispositif, la Ville de Paris soutient les jeunes chercheuses et chercheurs et contribue à la production et à la diffusion des connaissances sur ces enjeux.
En savoir plus sur les Bourses de recherche en études de genre

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