Poids, apparence et genre : des inégalités qui pèsent davantage sur les femmes

Focus

Mise à jour le 12/08/2026

Tableau de Suzanne Valadon représentant une femme brune couchée sur un lit dans une chambre bleue

Le poids relève-t-il seulement de la santé et des comportements individuels ? Dans sa thèse de sociologie, Thibaut de Saint Pol étudie la corpulence comme un révélateur des inégalités sociales et de genre en France et en Europe. Ses travaux montrent que les normes corporelles, les inégalités de santé et les positions sociales s'articulent différemment pour les femmes et les hommes.

Infos clés

Dispositif : Bourses Études de genre
Chercheur-se : Thibaut de Saint Pol
Établissement : Institut d'Etudes Politiques de Paris
Statut : thèse soutenue (2009)
Discipline : sociologie

La corpulence, un révélateur des inégalités sociales

La recherche part de la taille et du poids pour interroger la place du corps dans les inégalités sociales. Loin d'être uniquement une donnée biologique ou médicale, la corpulence est liée au revenu, au niveau de diplôme, à la catégorie socioprofessionnelle, mais aussi au genre.

Ces relations ne sont pas identiques pour les femmes et les hommes. À caractéristiques comparables, la corpulence des hommes tend à augmenter avec leur revenu personnel, tandis que celle des femmes diminue. Les différences de corpulence entre groupes sociaux sont également plus marquées parmi les femmes que parmi les hommes.

Neuf grandes enquêtes pour comparer les situations en France et en Europe

Pour étudier ces mécanismes, Thibaut de Saint Pol s'appuie sur les données de neuf grandes enquêtes quantitatives, parmi lesquelles les enquêtes Santé de l'Insee, le Baromètre santé nutrition, le Panel européen des ménages et les Eurobaromètres. La recherche croise ainsi les comparaisons dans le temps, entre groupes sociaux et entre différents pays européens.

Elle étudie à la fois la corpulence mesurée, les représentations du corps et les comportements qui lui sont associés, notamment les pratiques alimentaires et physiques.

Des normes corporelles différentes pour les femmes et les hommes

Les résultats mettent en évidence un rapport fortement genré au poids. Pour les femmes, le corps désirable est davantage associé à une norme de minceur et les préoccupations liées au poids revêtent plus souvent une dimension esthétique. Pour les hommes, d'autres caractéristiques, notamment la force, occupent une place plus importante. Le sous-poids masculin peut ainsi être dévalorisé d'une manière comparable au surpoids féminin.

Ces différences se retrouvent dans les pratiques : lorsque l'activité physique est liée à une préoccupation de corpulence, les femmes cherchent davantage à perdre du poids tandis que les hommes cherchent plus souvent à en gagner, notamment par la prise de muscle.

Les femmes davantage exposées aux inégalités liées au poids

La recherche montre également que les liens entre corpulence et position sociale sont particulièrement forts chez les femmes. En France, le lien entre obésité et pauvreté concerne notamment les femmes : celles disposant des revenus les plus faibles ou appartenant aux milieux les plus défavorisés présentent en moyenne une corpulence plus élevée. À l'inverse, les femmes les plus minces ont en moyenne des salaires plus élevés.

La corpulence peut ainsi être à la fois le produit d'inégalités sociales et un facteur contribuant à les renforcer, notamment dans les trajectoires professionnelles et la perception de soi.

La France, une pression particulièrement forte sur la minceur

La comparaison européenne révèle par ailleurs d'importantes différences entre pays. La France se distingue par un indice de masse corporelle moyen relativement faible et par une pression plus forte sur la corpulence, particulièrement pour les femmes. Les résultats ne permettent donc pas de parler d'une norme européenne uniforme : les représentations et les situations varient selon les contextes nationaux et sociaux.

Penser ensemble santé, apparence et inégalités

Au terme de ses travaux, Thibaut de Saint Pol souligne que l'obésité ne peut être appréhendée uniquement comme une question de santé. En France, son augmentation s'accompagne d'un accroissement des inégalités sociales de corpulence, dont les femmes sont particulièrement affectées.

La recherche invite ainsi à mieux distinguer les situations des femmes et des hommes dans l'étude de la corpulence et dans les politiques publiques relatives à l'obésité, en tenant compte à la fois des enjeux de santé, des normes d'apparence et de leurs effets dans différentes dimensions de la vie sociale, notamment professionnelle.

Consulter la thèse

Les Bourses de recherche en études de genre

Cette recherche a bénéficié du soutien de la Ville de Paris dans le cadre des Bourses de recherche en études de genre, qui encouragent depuis 2006 les travaux consacrés aux questions de genre, d’égalité, de féminisme et aux droits des personnes LGBTQIA+.
À travers ce dispositif, la Ville de Paris soutient les jeunes chercheuses et chercheurs et contribue à la production et à la diffusion des connaissances sur ces enjeux.
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