Oriana Fallaci : du best-seller au procès | Recherche
Mise à jour le 30/09/2026
Au début des années 2000, les pamphlets d’Oriana Fallaci rencontrent un important succès international mais suscitent en France des refus éditoriaux et des actions en justice. Amina Damerdji a étudié cette réception particulière, à la croisée du monde de l’édition, de la mobilisation antiraciste et du droit.
Infos clés
Dispositif : Bourses de recherche sur la xénophobie et l'antisémitisme
Chercheur-se : Amina DAMERDJI
Établissement : École des hautes études en sciences sociales (EHESS)
Laboratoire : Centre d’étude des mouvements sociaux (CEMS)
Discipline : sociologie, littérature
Présentation
Après les attentats du 11 septembre 2001, la journaliste et écrivaine italienne Oriana Fallaci publie une série d’essais consacrés à l’islam, aux migrations et à l’Europe. Leur succès commercial est considérable dans plusieurs pays européens. En France, leur réception prend cependant une tournure particulière.
La Rage et l’orgueil, publié en France par Plon en mai 2002, fait rapidement l’objet d'une procédure engagée par le MRAP, rejoint par la LICRA et la Ligue des droits de l’Homme. Les deux ouvrages suivants ne sont ensuite pas publiés par Plon.
Amina Damerdji a cherché à comprendre cette singularité française : comment les éditeurs ont-ils réagi aux textes de Fallaci ? Comment les associations antiracistes se sont-elles mobilisées ? Et quelle place le statut d’écrivaine de Fallaci a-t-il occupée dans les controverses judiciaires et éditoriales ?
Méthodologie
La recherche associe archives et entretiens. Amina Damerdji a consulté les fonds de plusieurs maisons d’édition ayant publié Oriana Fallaci, notamment à l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine, ainsi que des dossiers de presse et des correspondances entre l’écrivaine, ses éditeurs et ses traducteurs. Elle a également interrogé trois traducteurs et plusieurs éditeurs.
Pour reconstituer les procédures judiciaires et les stratégies des différents acteurs, elle a étudié des documents judiciaires et réalisé des entretiens avec trois avocats impliqués dans l'affaire ou spécialistes du droit de la presse et de l’édition.
Principaux enseignements
L'enquête montre d'abord que les choix des éditeurs français ne peuvent pas être expliqués uniquement par le contenu des ouvrages. Les archives permettent de replacer leur publication dans une histoire plus longue : Fallaci avait travaillé avec plusieurs maisons françaises depuis les années 1970 et entretenait des relations parfois difficiles avec ses éditeurs et traducteurs. Ces éléments contribuent à éclairer son parcours éditorial français au début des années 2000.
La recherche met également en évidence des stratégies différentes parmi les associations engagées dans la procédure judiciaire. Le MRAP demandait l’interdiction de l’ouvrage, tandis que la LICRA et la Ligue des droits de l’Homme demandaient l’ajout d’un avertissement au lecteur. Pour Amina Damerdji, ces divergences témoignent notamment de conceptions différentes de la liberté d’expression et du statut de l’écrivain.
Enfin, l'enquête souligne le rôle ambivalent de la valeur littéraire dans les débats. Le caractère littéraire et pamphlétaire du texte pouvait être invoqué pour défendre une liberté d'expression particulière de l'écrivain, mais également être mobilisé par ses opposants pour rapprocher Fallaci d'autres écrivains controversés.
Apports de la recherche
En étudiant conjointement les mondes littéraire, éditorial, associatif et judiciaire, cette recherche permet de comprendre comment la diffusion de textes xénophobes peut susciter des réponses différentes selon les acteurs concernés.
Le cas d'Oriana Fallaci permet ainsi d'interroger plus largement la responsabilité des écrivains et des éditeurs, les limites de la liberté d'expression et les formes de mobilisation contre les discours xénophobes. Les résultats conduisent Amina Damerdji à envisager d'élargir ses recherches à la circulation de ce type d'écrits dans plusieurs pays d'Europe latine.
Pour aller plus loin
En 2021, Amina Damerdji prolonge cette recherche dans un article consacré au procès de La Rage et l’orgueil. Elle y analyse notamment la manière dont le statut d’écrivaine d’Oriana Fallaci et le caractère littéraire revendiqué de son texte ont été mobilisés dans les débats judiciaires autour de la liberté d’expression et de l’incitation à la haine.
Les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme
Cette recherche a bénéficié du soutien de la Ville de Paris dans le cadre des Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme, qui encouragent les jeunes chercheuses et chercheurs à mieux comprendre ces phénomènes, leurs formes et leurs évolutions.
À travers ce dispositif, la Ville de Paris soutient la production et la diffusion de connaissances afin de contribuer à la lutte contre le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme et d’éclairer les politiques publiques.
En savoir plus sur les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme
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