Migration : qui fabrique les images ? | Recherche

Focus

Mise à jour le 30/09/2026

la façade et les grilles du musée

Que change le fait de confier la caméra aux personnes qui vivent elles-mêmes une migration ? Anthony Blanc étudie des documentaires tournés par des personnes migrantes pour comprendre comment leurs images peuvent proposer d'autres représentations de leur parcours vers l'Europe.

Infos clés

Dispositif : Bourses de recherche sur la xénophobie et l'antisémitisme
Chercheur-se : Anthony BLANC
Établissement : Université Sorbonne Nouvelle
Laboratoire : Institut de recherche sur le cinéma et l'audiovisuel (IRCAV)
Discipline : études cinématographiques et audiovisuelles

Présentation

Depuis les années 2010, les migrations vers l'Europe ont donné lieu à une production considérable d'images : reportages télévisés, photographies de presse, vidéos institutionnelles, images d'ONG, mais aussi vidéos réalisées par les personnes migrantes elles-mêmes. Dès son projet initial, Anthony Blanc s'interroge sur les différences de points de vue produites par ces images et sur leurs effets dans la représentation des migrations.

Au fil de la thèse, sa recherche s'est plus particulièrement concentrée sur les films réalisés par des personnes migrantes, parfois avec l'aide de documentaristes ou de producteurs européens. L'enjeu est alors de comprendre ce qui se produit lorsque celles et ceux qui sont habituellement représentés par les médias prennent eux-mêmes part à la fabrication des images et du récit de leur parcours.

Méthodologie

La recherche s'appuie sur un corpus de documentaires réalisés par des personnes migrantes en collaboration avec des producteurs et réalisateurs européens au cours de leur parcours vers l'Europe.

Cette orientation prolonge les interrogations présentes dès le projet de 2020, qui prévoyait de croiser photographies, vidéos, images amateurs et témoignages, tout en replaçant ces documents dans leur contexte politique et médiatique.

Anthony Blanc étudie notamment les conditions dans lesquelles ces images sont produites et réutilisées dans des documentaires. Dès le projet initial, des films comme Exodus: Our Journey to Europe et Purple Sea permettaient ainsi de comparer différentes situations : dans le premier cas, des téléphones sont confiés à des personnes migrantes afin qu'elles filment leur parcours ; dans le second, une caméra portée par la réalisatrice syrienne Amel Alzakout enregistre son propre naufrage en Méditerranée.

Principaux enseignements

La thèse montre que le fait de filmer son propre parcours peut permettre aux personnes migrantes de résister à des représentations médiatiques qui tendent à les réduire à une catégorie ou à les enfermer dans des images stigmatisantes. Anthony Blanc décrit ce processus comme un « retournement de la stigmatisation médiatique ».

Mais ce retournement ne consiste pas uniquement à produire une image différente de celles diffusées par les médias. Ces pratiques filmiques ouvrent également des espaces de création et d'expression que les personnes migrantes peuvent progressivement investir et transformer.

La caméra devient ainsi un moyen de faire apparaître un point de vue et une parole qui peuvent rester marginalisés dans les représentations médiatiques des migrations. Cette question de la visibilité et de la capacité des personnes migrantes à parler pour elles-mêmes est devenue l'un des axes centraux du travail doctoral.

Apports de la recherche

En s'intéressant à la manière dont les personnes migrantes participent elles-mêmes à la production des images, cette recherche déplace le regard : elle ne demande plus seulement comment les médias représentent les migrations, mais aussi comment les personnes concernées peuvent intervenir dans cette représentation.

Elle permet ainsi d'interroger le rôle du documentaire dans la construction de notre perception des migrations, mais aussi les enjeux éthiques liés à la production et à la circulation d'images de personnes en situation de vulnérabilité. Ces questions étaient déjà au cœur du projet présenté à la Ville en 2020.

Pour aller plus loin

Anthony Blanc a consacré plusieurs publications directement issues de cette recherche aux images des migrations. Sa page de chercheur à l'IRCAV présente notamment ses travaux sur la photographie d'Alan Kurdi et sur le documentaire Exodus: Our Journey to Europe, dans lequel des personnes migrantes filment elles-mêmes leur parcours.

La Sorbonne Nouvelle propose également un portrait d'Anthony Blanc, réalisé après l'attribution de la bourse de la Ville de Paris, dans lequel il présente son parcours, son sujet de thèse et la recherche soutenue par la Ville. C'est probablement le lien le plus intéressant pour paris.fr, parce qu'il est directement lié à notre bourse et qu'il comprend un entretien vidéo.

Les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme

Cette recherche a bénéficié du soutien de la Ville de Paris dans le cadre des Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme, qui encouragent les jeunes chercheuses et chercheurs à mieux comprendre ces phénomènes, leurs formes et leurs évolutions.
À travers ce dispositif, la Ville de Paris soutient la production et la diffusion de connaissances afin de contribuer à la lutte contre le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme et d’éclairer les politiques publiques.
En savoir plus sur les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme

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