“Mauvaises mœurs” : la vie homosexuelle dans le Paris du XXe siècle | Recherche
Mise à jour le 23/09/2026
Comment les personnes homosexuelles vivaient-elles à Paris entre les années 1920 et 1980 ? Cette recherche retrace leurs lieux de rencontre et leurs pratiques, mais aussi la manière dont leur vie quotidienne était surveillée ou régulée par la police et par d’autres acteurs de la vie parisienne.
Infos clés
Dispositif : Bourses Études de genre
Chercheur-se : Romain JAOUEN
Établissement : Institut d'Etudes Politiques de Paris
Statut : thèse soutenue (2025)
Discipline : histoire contemporaine
Présentation
L’histoire de l’homosexualité au XXe siècle a longtemps été étudiée principalement sous l’angle de la répression par les pouvoirs publics. Cette recherche propose d’élargir le regard en s’intéressant à la vie quotidienne des personnes homosexuelles à Paris et à leurs relations avec les autres habitants de la ville.
Entre 1919 et 1982, leur vie ne se déroule pas seulement face à la police, mais aussi au contact des voisins, concierges, commerçants, riverains ou simples passants.
La recherche étudie ainsi les lieux et les situations dans lesquels les sexualités entre hommes et entre femmes deviennent visibles, dans l’espace public comme au domicile. Elle cherche à comprendre ce qui était alors considéré comme acceptable ou non et comment les personnes homosexuelles évoluaient dans une société où l’homosexualité restait fortement stigmatisée.
Méthodologie
La recherche repose principalement sur l’étude d’archives policières, complétées par des archives judiciaires, des articles de presse, des récits et mémoires, des documents officiels ainsi que des photographies privées.
Ces différentes sources sont analysées à la fois de manière qualitative et quantitative. Elles permettent d’étudier le travail de la police, les réactions des habitants face à l’homosexualité et les stratégies adoptées au quotidien par les personnes concernées pour vivre leurs relations et leurs sexualités.
Résultats
La recherche montre tout d’abord que les lieux de rencontre et de sociabilité homosexuels sont restés présents à Paris tout au long de la période étudiée, même si leur localisation et leur fonctionnement ont évolué.
Les réactions des Parisiens à l’homosexualité apparaissent par ailleurs très diverses. Les personnes concernées pouvaient être confrontées à la surveillance, à la dénonciation ou à des conflits, mais l’hostilité n’était pas systématique : la recherche met également en évidence des formes de tolérance, de solidarité et de coexistence au quotidien.
Le contrôle ne reposait pas uniquement sur la police. Celle-ci pouvait s’appuyer sur les informations et les plaintes des habitants, tandis que ces derniers pouvaient à leur tour faire appel à elle pour régler des conflits liés à la vie homosexuelle.
L’étude montre ainsi que les personnes homosexuelles n’étaient ni totalement invisibles dans le Paris du XXe siècle, ni confrontées à une répression uniforme. Malgré la surveillance et la stigmatisation, elles conservaient des marges de manœuvre dans leur vie quotidienne.
Apports de la recherche
Cette recherche enrichit l’histoire de l’homosexualité à Paris en documentant les lieux fréquentés par les minorités sexuelles et leur place dans la vie de la capitale.
Elle montre un Paris contrasté : la différence sexuelle pouvait susciter surveillance, hostilité et conflits, mais aussi indifférence, solidarité ou coexistence pacifique.
Cette histoire permet ainsi de mieux comprendre comment les institutions, les habitants et les espaces urbains ont participé à définir la place accordée aux minorités sexuelles dans la ville et apporte un éclairage historique aux réflexions contemporaines sur la diversité et le vivre-ensemble.
Partenaires
Cette recherche a été menée à l’Institut d’études politiques de Paris, avec le soutien de la Ville de Paris et de la Fondation des Treilles.
Les Bourses de recherche en études de genre
Cette recherche a bénéficié du soutien de la Ville de Paris dans le cadre des Bourses de recherche en études de genre, qui encouragent depuis 2006 les travaux consacrés aux questions de genre, d’égalité, de féminisme et aux droits des personnes LGBTQIA+.
À travers ce dispositif, la Ville de Paris soutient les jeunes chercheuses et chercheurs et contribue à la production et à la diffusion des connaissances sur ces enjeux.
En savoir plus sur les Bourses de recherche en études de genre
Settings Text Html