Les Algériennes à Lyon : une histoire de l'immigration au féminin | Recherche
Mise à jour le 13/10/2026
Entre 1947 et 1974, des femmes algériennes ont participé à la vie sociale et politique de Lyon, traversé la guerre d'indépendance et construit leur place dans la société française. Longtemps absentes des récits historiques, leurs trajectoires sont au cœur des travaux de l'historien Marc André, qui propose de renouveler notre regard sur l'immigration algérienne.
Infos clés
Dispositif : Bourses Études de genre
Année : 2014
Chercheur-se : Marc ANDRÉ
Établissement : Université Paris-Sorbonne
Laboratoire : Centre Roland Meusnier
Discipline : histoire
Présentation
L'histoire de l'immigration algérienne en France a longtemps été racontée principalement à travers les parcours masculins, notamment ceux des travailleurs immigrés et des militants nationalistes. Pourtant, dès l'après-guerre, des femmes algériennes s'installent également en métropole, où elles travaillent, élèvent leurs enfants, nouent des relations sociales et participent parfois aux luttes pour l'indépendance de leur pays.
Dans sa thèse intitulée Des Algériennes à Lyon (1947-1974), soutenue en 2014 à l'université Paris-Sorbonne, Marc André s'intéresse à ces femmes arrivées dans l'agglomération lyonnaise avant l'indépendance de l'Algérie en 1962.
Sa recherche interroge leur place dans la société française, leurs engagements pendant la guerre d'Algérie et leurs parcours après l'indépendance. Elle cherche notamment à comprendre comment ces femmes ont composé avec les représentations et les attentes qui pesaient sur elles, tout en développant leurs propres stratégies d'adaptation, de solidarité et d'affirmation.
Méthodologie
Pour retracer cette histoire longtemps restée dans l'ombre, Marc André a croisé de nombreuses sources : archives administratives, policières et judiciaires, presse régionale, photographies, documents associatifs et témoignages oraux.
Les entretiens menés avec des femmes ayant vécu cette période occupent une place centrale dans son enquête. Ils permettent de compléter les archives institutionnelles, qui présentent souvent les Algériennes à travers leur situation familiale ou les représentations de l'époque, sans véritablement restituer leur point de vue.
Le chercheur a également constitué des bases de données et étudié les lieux de résidence, les déplacements et les réseaux de sociabilité de ces femmes. En choisissant l'échelle de l'agglomération lyonnaise, il a pu reconstituer des trajectoires individuelles tout en les replaçant dans l'histoire plus large de l'immigration et de la décolonisation.
Principaux enseignements
Des femmes longtemps invisibilisées dans les récits de l'immigration
La recherche montre que les Algériennes étaient présentes dans de nombreux aspects de la vie lyonnaise, mais demeuraient peu visibles dans les archives et les représentations publiques. Souvent considérées avant tout comme des épouses ou des mères, elles étaient rarement reconnues comme des actrices à part entière de l'histoire migratoire.
Un rôle actif, mais souvent clandestin, pendant la guerre d'Algérie
Certaines femmes ont participé aux réseaux du Front de libération nationale (FLN) ou du Mouvement national algérien (MNA), notamment en assurant la transmission de messages, la circulation de fonds ou l'hébergement de militants. Les stéréotypes qui les présentaient comme éloignées de la politique ont parfois facilité leurs activités clandestines, en les rendant moins suspectes aux yeux des autorités.
Leurs engagements étaient toutefois très divers et ne se traduisaient pas nécessairement par une émancipation durable.
Des parcours d'installation et des solidarités multiples
Au quotidien, ces femmes ont progressivement trouvé leur place dans la ville, malgré des difficultés liées notamment au logement, au travail et aux préjugés. Des associations, des organisations militantes et des initiatives individuelles ont favorisé certaines rencontres, tandis que les Algériennes développaient également leurs propres réseaux d'entraide.
Après l'indépendance, des appartenances entre deux pays
L'indépendance de l'Algérie en 1962 a ouvert une nouvelle période de choix et de recompositions. Nombre de femmes installées à Lyon ont continué à vivre en France tout en conservant des liens étroits avec l'Algérie.
Leurs parcours révèlent des appartenances multiples, construites à travers la résidence, le travail, la famille, la nationalité et les attaches au pays d'origine.
Apports de la recherche
En redonnant une place centrale aux expériences et aux paroles des Algériennes, les travaux de Marc André contribuent à renouveler l'histoire de l'immigration et de la guerre d'Algérie.
Ils montrent que les femmes ne peuvent être considérées uniquement comme des accompagnatrices des migrations masculines : elles ont participé aux transformations sociales, aux mobilisations politiques et à la construction de liens entre les sociétés française et algérienne.
Cette recherche souligne également l'importance de croiser les archives institutionnelles avec les témoignages individuels pour restituer l'histoire de populations longtemps peu représentées dans les sources officielles.
Plus largement, elle invite à interroger la manière dont les représentations liées au genre influencent non seulement la place accordée aux femmes dans la société, mais aussi la façon dont leur histoire est écrite.
Pour aller plus loin
Ouvrage issu de ses recherches doctorales, disponible sur OpenEdition Books :
Thèse de doctorat en histoire, université Paris-Sorbonne, 2014 :
Les Bourses de recherche en études de genre
Cette recherche a bénéficié du soutien de la Ville de Paris dans le cadre des Bourses de recherche en études de genre, qui encouragent depuis 2006 les travaux consacrés aux questions de genre, d’égalité, de féminisme et aux droits des personnes LGBTQIA+.
À travers ce dispositif, la Ville de Paris soutient les jeunes chercheuses et chercheurs et contribue à la production et à la diffusion des connaissances sur ces enjeux.
En savoir plus sur les Bourses de recherche en études de genre
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