L’École dehors donne du souffle à l’apprentissage en plein air

Reportage
Mise à jour le 21/06/2024
Ecole dehors au square des Deux-Nèthes
À l'École dehors du square des Deux-Nèthes, la nature devient salle de classe. Les élèves s’immergent dans une expérience d'apprentissage inédite, aux activités variées et aux bénéfices prouvés. Explorons un espace où tous les signaux d’un apprentissage riche et immersif sont au vert.
Assis en rond sur des pavés, une vingtaine d’élèves de CM1 de l’école Romainville B découvrent une école pas tout à fait comme les autres. Au square des Deux-Nèthes (18e), il n’y a ni chaises ni bureaux. Les clôtures du parc font office de murs et le feuillage des arbres remplace le toit.
Accompagnés de leur professeure, Natacha Tank-Solodki, les écoliers écoutent attentivement les consignes d’Alexandre Ribeaud, enseignant en charge de l’École dehors auprès de l’Académie de Paris : « Pendant les moments libres vous avez le droit de courir, de crier, de jouer avec des bâtons, de grimper aux arbres, de dessiner ou de ne rien faire. Tout cela, à condition de rester dans le square et de respecter le vivant : les copains, vous-même, les animaux, les plantes et les arbres. »
Les enfants explorent les coins et des recoins du jardin, ses espaces dédiés à lecture, à la peinture ou au repos, sa pelouse où courir. Devant les fleurs de pêcher, de romarin ou de lavande, les jeunes s’émerveillent. « Il y a des insectes, des oiseaux, des papillons et ça sent bon ! », entend-on dans les allées de ce havre de biodiversité.

Nouveaux apprentissages

Observer la nature et le vivant, savoir nommer les animaux, les arbres et les plantes fait partie des objectifs pédagogiques de l’École dehors. Pour Joséphine Bussière, responsable du projet à la direction des affaires scolaires (Dasco) de la Ville de Paris, « ce projet co-construit avec l’Académie de Paris a pour but de développer de nouveaux apprentissages chez les enfants et leur permettre de s’approprier la nature et le vivant à travers les espaces verts. »
L’ouverture du square des Deux-Nèthes à l’École dehors a pour but d’encourager les enseignants à franchir le pas. « J’aide les professeurs qui souhaitent sortir avec leur classe en leur montrant qu’il est facile de le faire et qu’une multitude d’apprentissages inspirés par la nature sont envisageables, qu’ils soient sportifs, artistiques, ou autour des mathématiques, du langage et de l’écrit », précise Alexandre Ribeaud.
« La Ville de Paris projette également de développer l’apprentissage en plein air pendant les temps péri et extrascolaires. Un poste d’animateur ressource “École dehors” a été créé à la Dasco. Il va former et animer un réseau des animateurs pratiquant l’apprentissage en plein air en accompagnant leur projet éducatif et en leur proposant des activités clés en main », annonce Joséphine Bussière.


Des activités qui germent

Dans le square, place aux travaux pratiques. Les enfants choisissent l’endroit qui leur plait et s’installent. Allongés sur la pelouse ou assis à l’ombre d’un arbre, ils se consacrent à l’exercice d’expression écrite du jour : à partir de leur ressenti, ils rédigent une carte postale. Ensuite, ils travailleront sur les conjugaisons, les mots invariables avec leur enseignante.
Au programme de la journée, les enfants vont également s’exercer au calcul sur les doubles et les moitiés. Le défi mathématique consistera à tracer un cercle dans la nature, sans compas.
« Les bienfaits de l’apprentissage dehors pour les enfants et les adultes sont largement documentés notamment dans un rapport de l’Unicef. Une fois que les enseignants sont venus au square des Deux-Nèthes et qu’ils ont identifié ses bénéfices, ils se lancent », glisse Joséphine Bussière.
L'École dehors en chiffres
- D’ici à la fin de l’année scolaire, 30 classes d’écoles primaires seront initiées à l’École dehors au square des Deux-Nèthes.

- Plus de 100 demandes d’enseignants ont été reçues pour expérimenter l’École dehors depuis janvier 2024

- 191 classes et 3 600 élèves des écoles publiques parisiennes effectuent régulièrement l’école hors les murs de manière régulière, dans différents lieux, dont un tiers au moins une fois par semaine, selon une enquête de l'Académie de Paris d’octobre 2023

Un espace apaisant

Natacha Tank-Solodki est quant à elle convaincue par les avantages de L’École dehors : « Placer les enfants dans un espace apaisant permet de mieux les engager dans les apprentissages. Se sentir bien est une condition sine qua non de l’apprentissage. » Ensuite, l'environnement extérieur offre une variété de stimuli et de possibilités d'exploration qui enrichissent l'expérience d'apprentissage.
« Le but est que les enfants s’approprient un espace naturel proche de chez eux et qu’ils se remettent à avoir envie de jouer et de sortir plutôt que de rester devant leurs écrans », souligne l’enseignante. Son projet ? Mettre en place l’école dehors une demi-journée par semaine pour sa classe. « Cela permettra aussi d’agir aussi sur le comportement des enfants en classe. J’en fais le pari ! »
Une perspective qui ravit Enora, élève de CM1 : « En classe, à part en cours d’EPS, on ne bouge pas. Ici je peux me balader, courir et participer à beaucoup d’activités, comme écrire, dessiner ou découvrir plein de choses sur les insectes ou les fleurs. J’adore apprendre dehors ! »

L'École dehors prend racine au square des Deux-Nèthes

Ouverte en janvier et inaugurée en présence de la maire de Paris et de Christelle Gautherot, directrice académique de Paris, le 6 juin dernier, l’École dehors du square des Deux-Nèthes est un lieu immersif d’apprentissage pour les écoles publiques maternelles et élémentaires qui viennent pratiquer en extérieur chaque semaine.
Depuis le printemps, la plupart des classes y viennent pendant trois jours.
« Le site est conçu pour les enseignants qui souhaitent se lancer dans l’enseignement en plein air mais qui hésitaient auparavant. Soit parce qu’ils n’avaient pas trouvé de lieu adapté, ne savaient pas comment s’y prendre, ou étaient préoccupés par la sécurité des enfants », déclare Alexandre Ribeaud.
« Nous envisageons d’ouvrir plusieurs sites de ce type pour accompagner les enseignants et animateurs de la Ville de Paris dans cette démarche », ajoute Joséphine Bussière.