IVG : toutes les femmes sont-elles égales face à l'avortement ? | Recherche
Mise à jour le 13/10/2026
Si l'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un droit en France, toutes les femmes ne rencontrent pas les mêmes conditions pour y accéder. Délais de rendez-vous, manque d'informations, attitudes des professionnels de santé ou difficultés à choisir une méthode d'avortement : les obstacles peuvent varier selon les situations sociales. À travers une enquête menée en Île-de-France, la sociologue Marie Mathieu s'intéresse aux inégalités qui traversent les parcours d'IVG et à leurs conséquences sur l'expérience des femmes.
Infos clés
Dispositif : Bourses Études de genre
Année : 2018
Chercheur-se : Marie MATHIEU
Établissement : CNRS / Université Paris 8
Laboratoire : Centre de recherches sociologiques et politiques de Paris (CRESPPA-CSU)
Discipline : Sociologie
Présentation
L'accès à l'interruption volontaire de grossesse est garanti par la loi française. Pourtant, entre la décision d'avorter et la réalisation de l'intervention, les femmes peuvent rencontrer des difficultés très différentes.
Comment expliquer ces disparités ? Les conditions sociales et économiques influencent-elles l'accès aux soins, le choix de la méthode d'avortement ou la qualité de l'accompagnement médical ?
C'est à ces questions que s'intéresse Marie Mathieu dans son projet de recherche intitulé Les inégalités sociales face à l'IVG : trajectoires d'avortantes et prise en charge de l'avortement en Île-de-France.
Cette enquête prolonge sa thèse de sociologie, soutenue en 2016, consacrée aux expériences de l'avortement en France et au Québec. Ses travaux doctoraux avaient notamment mis en évidence les représentations sociales négatives qui continuent d'entourer l'IVG, malgré sa légalisation et sa place dans les parcours reproductifs des femmes.
En s'intéressant plus particulièrement à l'Île-de-France, la chercheuse souhaite désormais comprendre comment les inégalités sociales se manifestent concrètement dans les parcours d'avortement.
Son objectif est d'étudier non seulement les difficultés d'accès à l'IVG, mais également les différences de traitement et d'accompagnement auxquelles les femmes peuvent être confrontées.
Méthodologie
Le projet repose principalement sur une enquête qualitative auprès de femmes ayant eu recours à une IVG en Île-de-France.
Marie Mathieu prévoit de réaliser des entretiens semi-directifs avec des femmes aux profils sociodémographiques variés, ayant interrompu une grossesse au cours de l'année précédente.
Ces témoignages doivent permettre de reconstituer leurs parcours : recherche d'informations, prise de rendez-vous, choix de la méthode d'avortement, échanges avec les professionnels de santé et expérience de la prise en charge médicale.
La chercheuse entend notamment analyser les différences liées à l'âge, à la situation économique, à l'origine sociale ou encore aux expériences antérieures de l'avortement.
L'enquête doit également s'appuyer sur des données quantitatives disponibles auprès de l'Agence régionale de santé (ARS) d'Île-de-France et sur les indicateurs relatifs au recours à l'IVG issus des systèmes d'information hospitaliers.
En croisant ces différentes sources avec les entretiens déjà réalisés dans le cadre de sa thèse, Marie Mathieu cherche à mieux comprendre les mécanismes sociaux qui influencent les conditions d'accès à l'avortement et la manière dont les femmes vivent cet épisode.
Principaux enseignements
Un droit légal qui ne garantit pas des parcours identiques
Les recherches doctorales de Marie Mathieu ont montré que la légalisation de l'avortement n'avait pas fait disparaître les obstacles rencontrés par les femmes.
Difficultés pour obtenir un rendez-vous, manque d'informations ou échanges compliqués avec certains professionnels de santé peuvent rendre les démarches plus éprouvantes.
Le projet de recherche de 2018 vise à approfondir ces constats en étudiant les différences de parcours entre femmes vivant en Île-de-France.
Il s'agit notamment de comprendre comment les ressources économiques, sociales et culturelles peuvent faciliter ou compliquer l'accès aux soins.
Des représentations sociales qui continuent de peser sur l'avortement
Les travaux antérieurs de la sociologue soulignent également la persistance de représentations négatives autour de l'IVG.
Alors que la contraception est généralement considérée comme la manière légitime de maîtriser sa fécondité, l'avortement demeure parfois présenté comme un échec ou comme une pratique qui devrait rester exceptionnelle.
Ces représentations peuvent contribuer à culpabiliser les femmes, notamment lorsqu'elles ont recours à plusieurs IVG au cours de leur vie.
Elles peuvent aussi influencer les relations avec les professionnels de santé et les conditions dans lesquelles les femmes sont accompagnées.
La qualité de l'accompagnement médical, un enjeu essentiel
Au-delà de l'accès à l'intervention, Marie Mathieu souhaite étudier la manière dont les femmes sont accueillies, informées et accompagnées tout au long de leur parcours.
Son projet s'intéresse notamment aux propos culpabilisants, aux pressions psychologiques ou aux attitudes inappropriées qui peuvent être rapportés lors de consultations.
Il prévoit également d'examiner les modalités de prise en charge de la douleur, particulièrement dans le cadre des IVG médicamenteuses, ainsi que les évolutions liées à la possibilité pour les sages-femmes de pratiquer cette méthode.
L'objectif est de mieux comprendre comment certaines pratiques médicales peuvent contribuer à réduire les inégalités ou, au contraire, à les renforcer.
Apports de la recherche
Les travaux de Marie Mathieu invitent à dépasser une approche de l'avortement limitée à sa seule reconnaissance juridique.
Ils soulignent que l'exercice effectif d'un droit dépend aussi des conditions concrètes dans lesquelles les personnes peuvent y accéder et de la qualité de l'accompagnement qui leur est proposé.
En étudiant les parcours d'IVG à travers les rapports sociaux de genre, de classe et d'âge, cette recherche vise à mieux comprendre les inégalités qui traversent le système de soins.
Elle contribue également à nourrir les réflexions sur les violences gynécologiques et obstétricales, en s'intéressant à des expériences parfois peu visibles dans les enquêtes sur la santé reproductive.
Plus largement, elle rappelle que l'autonomie reproductive ne se résume pas à la possibilité légale de prendre une décision : elle suppose également de disposer des informations, des ressources et des conditions nécessaires pour l'exercer.
Pour aller plus loin
Thèse de doctorat en sociologie, Université Paris 8 et Université du Québec à Montréal, 2016 ;
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Marie Mathieu, Derrière l'avortement, les cadres sociaux de l'autonomie des femmes. Refus de maternité, sexualités et vies des femmes sous contrôle. Une comparaison France-Québec tel.archives-ouvertes.fr
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Marie Mathieu et Lucile Ruault, « Prise en charge et stigmatisation des avortantes dans l'institution médicale : la classe des femmes sous surveillance », Politix, n° 107, 2014, p. 33-59. shs.cairn.info
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Marie Mathieu et Lucile Ruault (coord.), « Le travail procréatif. Contrôle de la fécondité, engendrement et parentalité », Recherches sociologiques et anthropologiques, vol. 48, n° 2, 2017. journals.openedition.org
Les Bourses de recherche en études de genre
Cette recherche a bénéficié du soutien de la Ville de Paris dans le cadre des Bourses de recherche en études de genre, qui encouragent depuis 2006 les travaux consacrés aux questions de genre, d’égalité, de féminisme et aux droits des personnes LGBTQIA+.
À travers ce dispositif, la Ville de Paris soutient les jeunes chercheuses et chercheurs et contribue à la production et à la diffusion des connaissances sur ces enjeux.
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