Iran et Tadjikistan : comment les identités nationales façonnent-elles les rapports de genre ? | Recherche

Focus

Mise à jour le 13/10/2026

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Comment les mouvements féministes transmettent-ils leur histoire ? Pourquoi certains événements ou certaines figures deviennent-ils des références communes, tandis que d'autres suscitent des désaccords ? À travers une enquête sur les mémoires féministes en France, la chercheuse Marion Charpenel explore la manière dont les souvenirs individuels et les récits collectifs contribuent à construire une histoire partagée des luttes pour les droits des femmes.

Infos clés

Dispositif : Bourses Études de genre
Année : 2015
Chercheur-se : Lucie DIRENBERGER
Établissement : Université Paris Diderot
Laboratoire : Laboratoire du changement social et politique (LCSP) / Centre d'enseignement, de documentation et de recherches pour les études féministes (CEDREF)
Discipline : sociologie

Présentation

Les identités nationales se construisent à travers une histoire, une culture et des valeurs communes. Mais elles reposent également sur des représentations particulières des rôles attribués aux femmes et aux hommes, de la famille et de la sexualité.

Dans sa thèse intitulée Le genre de la nation en Iran et au Tadjikistan : (Re)constructions et contestations des hétéronationalismes, soutenue en 2014 à l'Université Paris Diderot, Lucia Direnberger étudie la manière dont les idéologies nationales participent à la production et à la légitimation des inégalités de genre.

La chercheuse mobilise notamment la notion d'« hétéronationalisme », qui désigne la manière dont les projets nationaux s'appuient sur des normes de genre et de sexualité, en particulier sur la valorisation de l'hétérosexualité et de rôles considérés comme complémentaires entre les femmes et les hommes.

À travers une comparaison entre l'Iran et le Tadjikistan, elle retrace l'évolution de ces représentations depuis l'émergence des idéologies nationales, à la fin du XIXe siècle en Iran et au début du XXe siècle au Turkestan, jusqu'en 2012.

Elle s'intéresse également aux stratégies développées par les mouvements féministes et les associations de femmes pour négocier, s'approprier ou contester les normes nationales de genre.

Méthodologie

Lucia Direnberger a développé une approche comparative associant recherche historique et enquête sociologique.

Son travail repose sur l'analyse d'archives et de documents historiques, permettant de retracer l'évolution des idéologies nationales et des représentations des femmes et des hommes en Iran et au Tadjikistan.

Elle a également réalisé des entretiens et des observations de terrain, notamment auprès de militantes, d'associations de femmes et d'acteurs institutionnels.

La recherche s'appuie sur plusieurs séjours de longue durée, dont dix mois en Iran, principalement à Téhéran, et vingt mois au Tadjikistan.

Cette démarche permet de confronter les discours officiels sur la nation, la famille et les rapports entre les sexes aux pratiques et aux expériences des femmes engagées dans la vie politique et associative.

Principaux enseignements

Les normes de genre participent à la construction des identités nationales

La recherche montre que les représentations des femmes et des hommes occupent une place centrale dans les projets nationaux iranien et tadjik.

Selon les périodes, les autorités politiques ont valorisé différentes figures féminines : la femme moderne, la femme émancipée des traditions ou encore la mère garante de l'identité nationale.

Malgré leurs différences, ces modèles ont souvent contribué à maintenir une répartition hiérarchisée des rôles entre les sexes, en assignant notamment aux femmes une responsabilité particulière dans la transmission des valeurs nationales et la reproduction de la communauté.

Modernisation et affirmation des traditions peuvent produire des inégalités similaires

En Iran, sous la monarchie Pahlavi, la modernisation nationale s'est accompagnée de la promotion d'une nouvelle figure de la femme moderne, davantage présente dans l'espace public.

Au Tadjikistan soviétique, les politiques d'émancipation ont encouragé la participation des femmes au travail et à la vie collective.

Toutefois, ces transformations n'ont pas nécessairement remis en cause les hiérarchies entre les sexes. Dans les deux contextes, les femmes sont restées associées à leur rôle maternel et leur participation aux espaces de pouvoir est demeurée encadrée.

Après la révolution iranienne de 1979 et l'indépendance du Tadjikistan en 1991, les références à l'authenticité nationale ont également servi à légitimer des normes conservatrices concernant la famille, la maternité et la sexualité.

Les politiques internationales d'égalité peuvent se heurter aux réalités locales

Au Tadjikistan, la recherche examine la manière dont les normes internationales relatives à l'égalité entre les femmes et les hommes sont reprises par l'État, les organisations internationales et les associations locales.

Elle met en évidence des contradictions entre les objectifs affichés et leur mise en œuvre.

Certains programmes peuvent ainsi reproduire des rapports de domination, notamment lorsqu'ils attribuent les inégalités à des traditions culturelles sans prendre suffisamment en compte les rapports sociaux, les héritages historiques et les mobilisations locales.

La recherche souligne l'importance de considérer les femmes concernées comme des actrices à part entière, plutôt que comme de simples bénéficiaires des politiques de développement.

Les mouvements de femmes négocient et contestent les normes nationales

Malgré les contraintes politiques et institutionnelles, les femmes développent différentes stratégies pour défendre leurs droits.

En Iran, les mouvements féministes, qu'ils soient séculiers ou islamiques, ont contribué à faire émerger de nouvelles revendications et à remettre en question certaines normes de genre, notamment à travers les mobilisations politiques et électorales.

Au Tadjikistan, les associations de femmes composent avec les autorités nationales, les organisations internationales et les institutions religieuses. Leurs membres peuvent s'appuyer sur ces différents espaces pour agir, tout en contestant certaines des normes qui leur sont imposées.

Ces mobilisations montrent que les femmes ne se contentent pas de subir les idéologies nationales : elles participent également à leur transformation.

Apports de la recherche

Les travaux de Lucia Direnberger apportent un éclairage sur le rôle des rapports de genre dans la construction des identités nationales.

En comparant deux pays aux trajectoires historiques et politiques différentes, ils montrent que les normes attribuées aux femmes et aux hommes ne relèvent pas uniquement de traditions culturelles ou religieuses. Elles sont également produites et transformées par les projets politiques, les institutions et les rapports de pouvoir.

La recherche met ainsi en évidence les liens entre genre, sexualité, nationalisme et autres formes de hiérarchisation sociale.

Elle invite également à porter un regard critique sur les politiques internationales d'égalité, en soulignant l'importance de prendre en compte les contextes historiques, les rapports sociaux et les initiatives des mouvements locaux.

Enfin, en donnant une place centrale aux stratégies des militantes et des associations de femmes, elle contribue à mieux comprendre les possibilités de mobilisation et de contestation dans des environnements politiques contraints.

Pour aller plus loin

Cet article approfondit les relations entre associations de femmes, institutions religieuses et normes nationales de genre au Tadjikistan.

Un article consacré à l'évolution des rapports entre nationalisme, genre et sexualité en Iran.

Une analyse des interventions des différents acteurs dans la définition et la mise en œuvre des droits des femmes au Tadjikistan.

Les Bourses de recherche en études de genre

Cette recherche a bénéficié du soutien de la Ville de Paris dans le cadre des Bourses de recherche en études de genre, qui encouragent depuis 2006 les travaux consacrés aux questions de genre, d’égalité, de féminisme et aux droits des personnes LGBTQIA+.
À travers ce dispositif, la Ville de Paris soutient les jeunes chercheuses et chercheurs et contribue à la production et à la diffusion des connaissances sur ces enjeux.
En savoir plus sur les Bourses de recherche en études de genre

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