Ville de Paris

Reportage

Dans les coulisses de l'atelier de restauration photographique de la Ville

Mise à jour le 02/06/2022
La Ville de Paris dispose d'un patrimoine culturel et artistique immense, dont une collection de 16 millions d'objets photographiques. Un service est spécialisé dans la restauration et la conservation de ces précieuses images.
Sous les combles de la Maison européenne de la photographie (MEP) se trouve un service de santé un peu particulier. Depuis 2000, l’atelier de restauration et de conservation de photographie (ARCP) y a pris ses quartiers. Service unique en son genre, le lieu prend soin des millions de photographies conservées dans les archives, les musées et les bibliothèques patrimoniales de la Ville de Paris.
La première mission du service est de conserver tous les objets photographiques placés sous sa responsabilité. Autrement dit, de s'assurer que les collections ne changeront pas d'aspect pour les 200 années à venir.

Hôpital pour photographies

Deux photographies en noir et blanc montrent des immeubles parisiens.
Chaque photographie est traitée comme un objet unique, même s'il en existe plusieurs copies. Les conservateurs-restaurateurs ne donnent pas de valeur artistique aux objets photographiques, ils les traitent indépendamment des critères esthétiques.
Clément Dorval / Ville de Paris
« Quand les photographies sont malades, on les apporte ici », explique Agnès Gall-Ortlik, responsable de l'atelier depuis 2018. Celle qui a pris le relais d’Anne Cartier-Bresson, nièce du célèbre photographe et fondatrice du service en 1983, est aujourd'hui à la tête d'une équipe d'une dizaine de personnes.
Quatre conservateurs-restaurateurs s’occupent de soigner ces objets du patrimoine, « l’équivalent des chirurgiens et des médecins ». Pour chaque objet, ils établissent un constat et un diagnostic et estiment les traitements à apporter en concertation avec les responsables de collections et en fonction des composants. Car les procédés photographiques sont tellement nombreux qu’il faut savoir à quel objet ils ont affaire avant de procéder à la moindre intervention, au risque de l'abîmer de manière irrémédiable.

Un bon conservateur-restaurateur doit être humble et curieux. Il doit savoir s’arrêter quand il a un doute.

Agnès Gall-Ortlik
responsable de l'atelier de restauration et de conservation des photographies
Les conservateurs-restaurateurs sont assistés de trois techniciens de conservation, « les infirmiers qui vont poser un premier diagnostic ». Ceux-ci s’occuperont du dépoussiérage, de remettre les photographies dans des pochettes et boîtes conçues pour leur bonne conservation.
C'est ensuite la régisseuse qui gère « le mouvement des œuvres », à savoir les entrées et les sorties, et chaque étape entre les deux.
Et le dossier médical ? Il contient tout l’historique de chaque photographie : qui en est l’auteur, quand l'image a été prise, quel procédé photographique a été utilisé, quelles interventions ont déjà eu lieu par le passé, etc. Ce dossier est rempli par les conservateurs-restaurateurs et par la photographe du service qui documente chaque acte de curation et de restauration.
En cas d’urgence, une équipe volante se tient prête à réagir, comme en 2020, lors d’un dégât des eaux à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris. Des milliers de photographies commençaient à être menacées par des moisissures. Une seule solution, les congeler pour stopper le processus.
Une équipe volante toujours prête à intervenir
Spécialiste de la « conservation préventive », l'équipe volante intervient en amont de l’atelier pour évaluer l’état sanitaire des collections. Elle définit les priorités d’interventions et assure les bonnes conditions environnementales en termes de température, d’humidité, de qualité des matériaux (conditionnements, mobilier, etc.) et de blocage des polluants.

Un travail de l'ombre

Une main soulève une photographie qui a été détériorée lors d'un dégât des eaux.
Il est indispensable de reconnaitre les différents procédés photographiques avant de s'attaquer à la restauration. Par exemple, ignorer que le mélange eau/éthanol dissout le liant des ambrotypes peut conduire à la perte de la photographie.
Clément Dorval / Ville de Paris
L’objectif est d’assurer la conservation et la lisibilité des objets : les interventions se doivent donc d’être les plus discrètes possibles. Ici, les retouches sur les photographies sont rares, réalisées éventuellement lorsque l’image n’est plus lisible.
Charge aux conservateurs-restaurateurs de s’effacer derrière les milliers de photographies qu’ils traitent chaque année à l’atelier. « Le restaurateur qui travaille bien, on ne voit pas son travail. Il ne signe pas, c’est un travail de l’ombre. »

Nous considérons chaque photographie comme un bien culturel. Il ne s’agit pas de savoir si c’est de la documentation ou de l’art.

Bruno Le Namouric
conservateur-restaurateur
« Nous ne créons rien, nous sommes au service d’une création. Nous considérons chaque photographie comme un bien culturel, détaille Bruno Le Namouric, chef de l'atelier depuis 2017. Il ne s’agit pas de savoir si c’est de la documentation ou de l’art ».
Par exemple, les photographies d’Eugène Atget suscitent beaucoup d’intérêt aujourd’hui, mais ce n'était pas le cas à son époque. L’approche prudente de la déontologie interdit le jugement de valeur : un objet documentaire peut acquérir une dimension artistique dans le temps.

L'atelier de restauration en images

Informations pratiques

L'atelier de restauration se visite uniquement à l'occasion des Journées européennes du patrimoine, sur rendez-vous.
Pour toute demande, vous pouvez contacter l'atelier à qnp-nepc@cnevf.se[dac-arcp puis paris.fr après le signe @].
5/7 rue de Fourcy
75004 Paris
Tél. : 01 44 78 75 00
www.mep-fr.org

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