Contraception et sexualité : comment les rapports de genre ont-ils évolué depuis les années 1960 ?

Focus

Mise à jour le 10/09/2026

Santé sexuelle

Depuis la légalisation de la contraception médicale, les pratiques contraceptives ont profondément transformé la sexualité hétérosexuelle. Cette recherche analyse la manière dont ces évolutions ont redéfini les rôles des femmes et des hommes, les pratiques sexuelles et le partage du « travail contraceptif ».

Infos clés

Dispositif : Bourses Études de genre
Chercheur-se : Céline THOME
Établissement : École des Hautes Etudes en Sciences Sociales
Statut : thèse soutenue (2017)
Discipline : sociologie

Cette recherche étudie conjointement contraception et sexualité dans une perspective de genre, un angle encore peu exploré en France au moment du lancement de la thèse.

Elle analyse notamment la féminisation progressive de la contraception et la manière dont celle-ci s’est accompagnée d’un transfert de responsabilité vers les femmes. La chercheuse s’intéresse ainsi au « travail contraceptif » qu’elles prennent en charge, à la fois sanitaire, intime et sexuel.

La recherche étudie également les représentations de la sexualité associées aux différentes méthodes contraceptives. L’usage du préservatif masculin, par exemple, peut être influencé par des normes liées à la masculinité et à la performance sexuelle. L’objectif est ainsi de mieux comprendre les transformations de la sexualité hétérosexuelle contemporaine et les rapports entre femmes et hommes qui s’y jouent.

Méthodologie

La recherche repose sur trois types de matériaux : des archives et témoignages écrits, l’analyse secondaire de données quantitatives et 71 entretiens semi-directifs réalisés auprès de femmes et d’hommes âgés de 20 à 84 ans.

Cette approche permet d’analyser les représentations de la sexualité, du désir et du plaisir, mais aussi les rapports de pouvoir révélés par les pratiques contraceptives et sexuelles.

Résultats

La recherche retrace d’abord l’évolution des relations entre contraception et sexualité, notamment lors de la diffusion de la contraception médicale dans les années 1960 et 1970, puis du préservatif dans les années 1980 et 1990.

Elle montre que le développement de la pilule n’a pas créé le plaisir sexuel féminin, mais qu’il s’est accompagné d’une profonde recomposition des rapports de genre. La contraception, auparavant davantage pensée comme une compétence masculine, devient progressivement une responsabilité principalement féminine.

L’analyse des pratiques contraceptives au milieu des années 2010 met également en évidence différentes manières de réfléchir à sa sexualité selon les méthodes utilisées. La recherche montre ainsi que contraception, désir, plaisir et pratiques sexuelles sont étroitement liés.

Elle souligne enfin plusieurs caractéristiques structurantes de la sexualité hétérosexuelle contemporaine : la recherche de réciprocité, la place centrale de la pénétration pénovaginale et la nécessité d’une disponibilité physique et émotionnelle. Elle met également en évidence le travail souvent effectué par les femmes pour maintenir l’apparente spontanéité des relations sexuelles.

Apports pour la Ville

Cette recherche met en lumière le poids du travail contraceptif, largement pris en charge par les femmes mais souvent perçu comme allant de soi.

Elle montre également l’écart qui peut exister entre l’efficacité théorique d’une méthode contraceptive et son efficacité dans les usages quotidiens, en fonction des contraintes, des oublis ou des pratiques individuelles.

En analysant aussi des choix contraceptifs minoritaires ou éloignés des recommandations médicales, la recherche invite à dépasser une approche uniquement médicale de la contraception. Elle permet de mieux prendre en compte les normes intimes, les compétences mobilisées et les conditions concrètes d’utilisation des différentes méthodes, autant d’éléments utiles à la conception de politiques de santé sexuelle et reproductive.

Consulter la thèse

La thèse a été publiée en 2024 aux éditions La Découverte sous le titre Des corps disponibles.

Les Bourses de recherche en études de genre

Cette recherche a bénéficié du soutien de la Ville de Paris dans le cadre des Bourses de recherche en études de genre, qui encouragent depuis 2006 les travaux consacrés aux questions de genre, d’égalité, de féminisme et aux droits des personnes LGBTQIA+.
À travers ce dispositif, la Ville de Paris soutient les jeunes chercheuses et chercheurs et contribue à la production et à la diffusion des connaissances sur ces enjeux.
En savoir plus sur les Bourses de recherche en études de genre

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