Contraception et avortement : comment ces droits se sont-ils imposés en France ? | Recherche

Focus

Mise à jour le 24/09/2026

Entre 1956 et 1979, la contraception puis l'interruption volontaire de grossesse passent progressivement du statut de pratiques interdites à celui de droits reconnus par la loi. La recherche de l'historienne Bibia Pavard retrace cette transformation politique et culturelle et montre le rôle déterminant joué par les mobilisations collectives et féministes.

Infos clés

Dispositif : Bourses Études de genre
Chercheur-se : Bibia PAVARD
Établissement : Institut d'Etudes Politiques de Paris
Statut : thèse soutenue (2010)
Discipline : histoire

Présentation

Au milieu des années 1950, la contraception et l'avortement sont encore fortement réprimés en France. En un peu plus de vingt ans, leur place dans la société française va pourtant profondément évoluer : la contraception est légalisée en 1967 avec la loi Neuwirth, tandis que l'interruption volontaire de grossesse est autorisée en 1975 avant que la législation ne soit pérennisée en 1979.

La recherche de Bibia Pavard retrace cette transformation entre 1956 et 1979. Elle s'intéresse aux mobilisations militantes, aux débats publics et aux processus politiques qui ont progressivement fait évoluer les normes et les représentations entourant la maîtrise de la fécondité.

Elle analyse en particulier la manière dont ces questions sont progressivement devenues des enjeux concernant directement les droits et l'autonomie des femmes, alors qu'elles étaient initialement davantage abordées sous l'angle de la famille, de la médecine ou de la santé publique.

Méthodologie

La recherche repose sur une histoire sociale et politique de la contraception et de l'avortement. Bibia Pavard croise différentes catégories de sources : archives produites par les organisations militantes, entretiens et tracts, sources issues des débats et processus législatifs, documents administratifs et sources médiatiques.

Cette diversité permet de suivre à la fois les mobilisations collectives, l'évolution des discours publics et la manière dont ces revendications sont progressivement inscrites à l'agenda politique. La recherche mobilise également des archives audiovisuelles, notamment celles de l'INA.

Principaux enseignements

La recherche montre que la légalisation de la contraception et de l'avortement ne résulte pas d'une évolution linéaire. Les arguments mobilisés, les acteurs impliqués et la manière de présenter ces questions évoluent fortement au cours de la période.

Dans les années 1950 et 1960, la contraception est notamment défendue comme un moyen permettant aux couples de choisir les naissances et de favoriser une vie familiale heureuse. Ce cadrage contribue à rendre possible l'adoption de la loi Neuwirth en 1967.

Après 1968, contraception et avortement sont davantage associés aux revendications de libération sexuelle et aux mobilisations féministes. La libre disposition de leur corps par les femmes devient progressivement un enjeu central. À partir de 1973, l'avortement s'affirme de plus en plus comme une question portée par et pour les femmes.

La recherche met ainsi en évidence une féminisation progressive de ces enjeux, tout en montrant que celle-ci n'a rien d'automatique ni de linéaire : médecins, responsables politiques, associations et mouvements féministes occupent successivement des places différentes dans la construction du débat public.

Apports de la recherche

En retraçant plus de vingt ans de mobilisations et de débats, cette recherche permet de mieux comprendre comment des pratiques autrefois interdites ont progressivement été reconnues comme relevant de la liberté et des droits des femmes.

Elle montre également que les évolutions législatives sont indissociables des transformations sociales, culturelles et militantes qui les accompagnent. L'histoire de la contraception et de l'avortement apparaît ainsi non seulement comme celle d'un changement du droit, mais aussi comme celle d'une transformation de la place accordée aux femmes dans les décisions concernant leur corps et leur sexualité.

Les Bourses de recherche en études de genre

Cette recherche a bénéficié du soutien de la Ville de Paris dans le cadre des Bourses de recherche en études de genre, qui encouragent depuis 2006 les travaux consacrés aux questions de genre, d’égalité, de féminisme et aux droits des personnes LGBTQIA+.
À travers ce dispositif, la Ville de Paris soutient les jeunes chercheuses et chercheurs et contribue à la production et à la diffusion des connaissances sur ces enjeux.
En savoir plus sur les Bourses de recherche en études de genre

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