Comment raconter les frontières autrement ? | Recherche

Focus

Mise à jour le 30/09/2026

Que devient une frontière lorsqu'elle est racontée par celles et ceux qui la traversent ? Avec la CartoMobile, Morgane Dujmovic propose aux personnes exilées de cartographier elles-mêmes leurs parcours et leurs expériences des frontières européennes.

Infos clés

Dispositif : Bourses de recherche sur la xénophobie et l'antisémitisme
Chercheur-se : Morgane DUJMOVIC
Établissement : École des hautes études en sciences sociales (EHESS)
Laboratoire : Laboratoire d'Anthropologie Politique (LAP – CNRS/EHESS)
Discipline : géographie

Présentation

Les cartes des migrations représentent souvent les frontières comme des lignes et les déplacements comme des flux. Mais que montrent-elles des détours, des attentes, des violences ou des relations qui jalonnent réellement un parcours migratoire ?

Morgane Dujmovic propose de déplacer le regard en partant des savoirs et des représentations des personnes exilées elles-mêmes, notamment de celles dont la situation administrative ou les conditions de séjour contribuent à invisibiliser la parole. Son objectif est de comprendre ce que leurs expériences permettent de révéler des frontières contemporaines.

La recherche repose ainsi sur un principe : ne pas considérer uniquement les personnes migrantes comme des personnes enquêtées, mais leur permettre de participer à la production des connaissances et des représentations de leurs parcours.

Méthodologie

Pour mener cette recherche, Morgane Dujmovic a développé la CartoMobile, un véhicule bleu aménagé en atelier mobile. Il contient du matériel de cartographie et de dessin ainsi que des équipements d'enregistrement sonore et vidéo et se déplace sur différents terrains frontaliers pour accueillir des ateliers participatifs.

Dans ces ateliers, la carte n'est pas simplement produite par la chercheuse à partir d'un témoignage : les personnes participantes interviennent dans sa fabrication, depuis le choix de ce qu'elles souhaitent représenter jusqu'aux formes graphiques employées. Le projet initial prévoyait notamment de croiser ces récits avec les observations de terrain de la chercheuse.

D'abord envisagée aux frontières franco-italienne et franco-espagnole, la CartoMobile a ensuite circulé sur d'autres terrains. Des ateliers ont notamment été organisés à Briançon, dans les Balkans et à bord de l'Ocean Viking en Méditerranée centrale.

Principaux enseignements

Cette recherche montre d'abord les limites de certaines représentations conventionnelles des migrations. Les grandes flèches utilisées sur de nombreuses cartes peuvent donner l'impression de déplacements linéaires, uniformes et immédiats. Elles laissent difficilement apparaître les attentes, les retours, les détours, les ancrages, les relations et les émotions qui composent les parcours.

Les cartes produites avec les personnes exilées permettent au contraire de représenter la frontière comme une expérience vécue, qui ne se réduit pas nécessairement à une ligne séparant deux États. Les parcours recueillis font apparaître des contrôles, des immobilisations ou des violences rencontrés à différents moments du voyage.

La démarche montre également que la cartographie peut devenir un outil de recherche participatif. Le véhicule constitue à la fois un atelier et, dans certains contextes frontaliers difficiles, un espace de répit permettant de dessiner, raconter et réfléchir à son parcours.

Apports de la recherche

En faisant participer les personnes concernées à la fabrication des cartes, la CartoMobile interroge qui produit les représentations des migrations et depuis quel point de vue.

La recherche propose ainsi une autre manière de documenter les frontières européennes : les savoirs issus de l'expérience des personnes exilées sont considérés comme des connaissances à part entière et peuvent être mis en dialogue avec ceux produits par la recherche.

Cette démarche se prolonge dans une exposition itinérante et participative présentant les productions réalisées lors des ateliers. Le public est à son tour invité à participer à des exercices cartographiques et à répondre aux cartes réalisées par les personnes exilées.

Pour aller plus loin

The CartoMobile Project: moving and experiential border mapping with exiled people

Dans cette présentation déposée sur HAL en 2026, Morgane Dujmovic revient sur la démarche, les terrains et les expérimentations cartographiques développées dans le cadre du projet. Le document est particulièrement chouette parce qu'il est très illustré : on voit le camion, les ateliers et plusieurs cartes produites au cours de la recherche.

La CartoMobile : se mouvoir, s'émouvoir, faire carte ensemble

Le laboratoire Pacte présente la CartoMobile, ses ateliers de cartographie sensible et plusieurs terrains sur lesquels le dispositif a été expérimenté.

La cartographie sensible et participative

Dans une présentation proposée par la plateforme Mate-SHS du CNRS, Morgane Dujmovic revient sur les méthodes de co-écriture cartographique et sur l'exposition participative issue de la CartoMobile.

Les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme

Cette recherche a bénéficié du soutien de la Ville de Paris dans le cadre des Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme, qui encouragent les jeunes chercheuses et chercheurs à mieux comprendre ces phénomènes, leurs formes et leurs évolutions.
À travers ce dispositif, la Ville de Paris soutient la production et la diffusion de connaissances afin de contribuer à la lutte contre le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme et d’éclairer les politiques publiques.
En savoir plus sur les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme

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