Comment les jeunes des quartiers populaires apprennent-ils à aimer ?

Focus

Mise à jour le 10/09/2026

Une brise d’amour dans la nuit a passé

Comment se construisent les premières relations amoureuses à l’adolescence ? À partir d’une enquête menée dans quatre cités d’habitat social de la banlieue parisienne, cette recherche analyse les expériences amoureuses des jeunes et la manière dont elles sont façonnées par les normes de genre, de sexualité et de couple.

Infos clés

Dispositif : Bourses Études de genre
Chercheur-se : Isabelle CLAIR
Établissement : Université Paris Descartes (actuelle Université Paris Cité)
Statut : thèse soutenue (2006)
Discipline : sociologie

Cette recherche s’intéresse à l’expérience hétérosexuelle de l’amour chez des adolescentes et adolescents vivant dans des quartiers populaires. Elle cherche à comprendre leurs représentations des relations entre filles et garçons, de la sexualité et du couple.

Elle étudie notamment les attentes et les injonctions différentes qui pèsent sur les filles et les garçons et structurent ce que la chercheuse désigne comme un « ordre du genre ».

La thèse s’intéresse également à la manière dont se construisent de véritables relations de couple à un âge où les jeunes vivent encore dans le monde familial. Sans cohabiter, ils expérimentent des relations faites de rencontres régulières, de rapports de pouvoir et d’échanges physiques, sentimentaux et intellectuels.

Méthodologie

La recherche repose sur une enquête menée dans quatre cités d’habitat social de la banlieue parisienne. Une soixantaine d’entretiens ont été réalisés auprès de filles et de garçons de différentes origines, âgés de 14 à 20 ans.

Ces entretiens ont été complétés par des observations ethnographiques conduites pendant deux ans et demi, afin d’étudier au plus près les pratiques, les interactions et les normes qui structurent les expériences amoureuses des jeunes rencontrés.

Résultats

La recherche montre le poids des normes de genre et de sexualité dans la vie quotidienne des adolescentes et adolescents. Les figures stigmatisantes de la « pute » et du « pédé » contribuent notamment à définir les comportements considérés comme acceptables pour les filles et les garçons.

L’enquête met également en évidence les effets de l’enclavement géographique et social sur la réputation sexuelle et le contrôle exercé sur les filles. Elle montre comment les rapports de classe et l’expérience du racisme participent également, chez de nombreux garçons rencontrés, à l’importance accordée à la « pureté » sexuelle des filles de leur famille et de leur entourage.

Mais la recherche souligne aussi combien le couple constitue une norme importante dès l’adolescence. Les jeunes apprennent progressivement les manières d’être en couple et d’aimer. Une enquête menée ultérieurement par Isabelle Clair dans d’autres milieux sociaux a confirmé que cette norme conjugale dépasse les seuls quartiers populaires.

Apports pour la Ville

Cette recherche documente une dimension de la vie adolescente longtemps considérée comme relevant exclusivement de la sphère privée : les relations amoureuses et sexuelles.

Elle permet de mieux comprendre comment se construisent, dès la jeunesse, les normes de genre et de sexualité, mais aussi leurs transgressions et leurs contestations. Ces mécanismes éclairent des enjeux désormais centraux pour l’action publique, notamment les inégalités entre filles et garçons, le poids des normes de genre et les violences sexuelles.

En donnant à voir concrètement les expériences et les pratiques des jeunes, la recherche contribue ainsi à mieux comprendre les mécanismes qui peuvent durablement façonner leurs relations sociales et affectives.

Partenaires

La thèse a été réalisée à l’Université Paris Descartes, devenue depuis Université Paris Cité.

Elle a bénéficié d’une allocation doctorale du ministère chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

Consulter la thèse

Les résultats de cette recherche ont notamment donné lieu à l’ouvrage Les jeunes et l’amour dans les cités, publié chez Armand Colin en 2008.

Les Bourses de recherche en études de genre

Cette recherche a bénéficié du soutien de la Ville de Paris dans le cadre des Bourses de recherche en études de genre, qui encouragent depuis 2006 les travaux consacrés aux questions de genre, d’égalité, de féminisme et aux droits des personnes LGBTQIA+.
À travers ce dispositif, la Ville de Paris soutient les jeunes chercheuses et chercheurs et contribue à la production et à la diffusion des connaissances sur ces enjeux.
En savoir plus sur les Bourses de recherche en études de genre

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