Comment est né le mythe du « complot judéo-maçonnique » en France ? | Recherche
Mise à jour le 24/09/2026
Comment s'est construite l'idée d'un prétendu complot associant juifs et francs-maçons ? Fruit de près de dix années de recherche, le travail d'Emmanuel Kreis retrace la naissance et la diffusion de cet imaginaire conspirationniste sous la IIIe République.
Infos clés
Dispositif : Bourses de recherche sur la xénophobie et l'antisémitisme
Chercheur-se : Emmanuel KREIS
Établissement : Ecole pratique des hautes études (EPHE)
Statut : thèse soutenue (2011)
Discipline : histoire, sciences religieuses
Présentation
À la fin du Second Empire, le polémiste Henri-Roger Gougenot des Mousseaux développe l'idée d'une prétendue alliance entre juifs, francs-maçons et occultistes visant à détruire le monde chrétien. Cette construction trouve progressivement sa place dans certains milieux catholiques contre-révolutionnaires et antimodernistes.
Emmanuel Kreis étudie la manière dont cet amalgame se transforme et se diffuse sous la IIIe République. D'abord développé dans des écrits théoriques et religieux, il est repris et simplifié par des propagandistes antisémites jusqu'à devenir le prétendu « complot judéo-maçonnique ».
Menée de 2003 à 2011 à l'École pratique des hautes études, cette recherche au long cours a bénéficié de plusieurs soutiens, notamment de la Ville de Paris en 2007 et de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah. La Fondation présente le travail publié à partir de la thèse comme le fruit d'une décennie de recherches.
Méthodologie
La recherche repose sur l'étude historique d'un vaste corpus de textes et de publications. Emmanuel Kreis retrace la circulation des discours associant judaïsme, franc-maçonnerie et occultisme et étudie les auteurs et les mouvements qui les produisent et les diffusent.
Il s'intéresse ainsi à la fois à la construction intellectuelle de ces représentations, aux trajectoires de leurs principaux promoteurs et à leur transformation en discours de propagande, en les replaçant dans le contexte politique et religieux de leur époque.
Principaux enseignements
La recherche montre que le mythe du « complot judéo-maçonnique » résulte d'une construction progressive. À la fin du XIXe siècle, certains auteurs rapprochent judaïsme, franc-maçonnerie et occultisme dans une lecture conspirationniste de la société et du monde moderne.
Ces constructions complexes sont ensuite reprises par des propagandistes antisémites. Une partie de leur contenu religieux et occultiste disparaît alors au profit d'une formule plus simple opposant « juifs » et « francs-maçons », bientôt réunis sous le terme de « judéo-maçonnerie ». Cette simplification facilite sa transformation en slogan et sa diffusion comme outil de propagande.
La recherche montre toutefois que ces discours simplifiés coexistent avec une littérature théorique qui continue à développer et renouveler cet imaginaire. Leur étude permet ainsi de comprendre des phénomènes historiques dépassant les seuls milieux antimaçonniques et anti-occultistes.
Apports pour la Ville
En retraçant la généalogie du prétendu « complot judéo-maçonnique », cette recherche permet de mieux comprendre la formation et la circulation des imaginaires conspirationnistes antisémites.
Elle met notamment en évidence la manière dont des représentations issues de différents courants religieux et politiques peuvent être rapprochées, simplifiées et transformées en une explication globale fondée sur l'existence supposée d'un ennemi caché.
Ces travaux se prolongent aujourd'hui dans les recherches d'Emmanuel Kreis sur l'antijudéo-maçonnisme, les mouvements antisémites et le conspirationnisme au sein du Groupe Sociétés, Religions, Laïcités (GSRL – CNRS/EPHE).
Partenaires
La thèse « Quis ut Deus ? » Antijudéo-maçonnisme et occultisme en France sous la IIIe République a été menée à l'École pratique des hautes études (EPHE), section des sciences religieuses, sous la direction de Jean-Pierre Brach, puis soutenue en 2011.
La recherche a notamment bénéficié du soutien financier de la Ville de Paris en 2007 et d'une bourse de recherche de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.
Pour aller plus loin
La recherche a donné lieu à l'ouvrage en deux volumes « Quis ut Deus ? » Antijudéo-maçonnisme et occultisme en France sous la IIIe République, publié aux Belles Lettres en 2017 avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.
Emmanuel Kreis a également publié chez CNRS Éditions Les Puissances de l'ombre. Juifs, jésuites, francs-maçons, réactionnaires… La théorie du complot dans les textes, une anthologie qui remonte aux sources historiques du conspirationnisme, de la Révolution française aux lendemains de Vichy.
Les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme
Cette recherche a bénéficié du soutien de la Ville de Paris dans le cadre des Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme, qui encouragent les jeunes chercheuses et chercheurs à mieux comprendre ces phénomènes, leurs formes et leurs évolutions.
À travers ce dispositif, la Ville de Paris soutient la production et la diffusion de connaissances afin de contribuer à la lutte contre le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme et d’éclairer les politiques publiques.
En savoir plus sur les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme
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