Commémorer la Shoah dans le Paris d’après-guerre | Recherche
Mise à jour le 24/09/2026
Dès la Libération, de nombreuses organisations juives parisiennes organisent des cérémonies en mémoire des victimes de la Shoah. Cette recherche étudie ces commémorations entre 1944 et 1967 et montre le rôle qu’elles ont joué dans la reconstruction de la vie juive à Paris après la guerre.
Infos clés
Dispositif : Bourses de recherche sur la xénophobie et l'antisémitisme
Chercheur-se : Simon PEREGO
Établissement : Institut d’études politiques de Paris
Laboratoire : Centre d’histoire de Sciences Po
Statut : thèse soutenue (2016)
Discipline : histoire contemporaine
Présentation
Quelle place la mémoire de la Shoah occupait-elle dans la vie juive parisienne au lendemain de la Seconde Guerre mondiale ?
Pendant longtemps, l’idée selon laquelle les organisations juives auraient peu évoqué la Shoah dans les premières décennies de l’après-guerre a été largement répandue. La recherche de Simon Perego propose de réexaminer cette période à travers les nombreuses cérémonies commémoratives organisées à Paris entre 1944 et 1967.
Elle s’intéresse à la manière dont ces commémorations ont accompagné la reconstruction d’une vie collective après le génocide. Pour renouveler cette histoire, le chercheur mobilise notamment des sources en yiddish produites par des Juifs originaires d’Europe de l’Est installés à Paris, longtemps peu prises en compte dans les travaux historiques.
Méthodologie
La recherche s’appuie sur l’étude de nombreux fonds d’archives, dont des sources en yiddish produites par des Juifs originaires d’Europe de l’Est installés à Paris.
Le chercheur analyse les cérémonies organisées entre 1944 et 1967 sous différents angles : leurs organisateurs et leurs publics, les lieux et dates choisis, les rituels mis en place ainsi que les discours prononcés. Cette approche permet de comparer différentes organisations et de suivre l’évolution des pratiques commémoratives sur plus de vingt ans.
Résultats
La recherche montre que la mémoire de la Shoah était bien présente dans la vie juive parisienne dès les premières années de l’après-guerre. Entre 1944 et la fin des années 1960, de nombreuses organisations ont mis en place des cérémonies commémoratives.
Ces rassemblements permettaient à la fois de rendre hommage aux victimes, d’accompagner le deuil individuel et collectif et de transmettre la mémoire du génocide aux nouvelles générations.
Ils participaient également à la reconstruction d’une communauté profondément marquée par la guerre. Dans un monde juif parisien divers et traversé par différents courants politiques, culturels et religieux, les commémorations permettaient aussi aux participants d’affirmer leur identité et leur rapport à la France, à Israël et à la tradition juive.
Ces travaux invitent ainsi à reconsidérer l’idée d’un silence généralisé autour de la Shoah dans les communautés juives parisiennes de l’après-guerre.
Apports pour la Ville
Cette recherche contribue à mieux connaître l’histoire de la population juive parisienne après la Seconde Guerre mondiale, en mettant en lumière sa diversité et la vitalité de sa vie collective.
Elle documente également une histoire profondément inscrite dans la géographie parisienne. Les commémorations se déroulaient aussi bien dans des synagogues, des locaux associatifs ou des salles de spectacle que dans l’espace public.
Certaines avaient notamment lieu dans des sites eux-mêmes marqués par les persécutions antisémites, comme le Vélodrome d’Hiver ou le gymnase Japy, faisant de la ville un lieu à la fois d’histoire et de transmission de la mémoire.
Partenaires
La recherche a été menée au Centre d’histoire de Sciences Po, avec le soutien de la Fondation pour la mémoire de la Shoah et de la Ville de Paris.
Pour aller plus loin
Les résultats de cette recherche ont donné lieu à l’ouvrage Pleurons-les. Les Juifs de Paris et la commémoration de la Shoah, 1944-1967, publié aux éditions Champ Vallon en 2020.
Les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme
Cette recherche a bénéficié du soutien de la Ville de Paris dans le cadre des Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme, qui encouragent les jeunes chercheuses et chercheurs à mieux comprendre ces phénomènes, leurs formes et leurs évolutions.
À travers ce dispositif, la Ville de Paris soutient la production et la diffusion de connaissances afin de contribuer à la lutte contre le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme et d’éclairer les politiques publiques.
En savoir plus sur les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme
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