Chirurgie réparatrice et santé sexuelle : quels parcours pour les femmes concernées ? | Recherche

Focus

Mise à jour le 10/09/2026

Dessins de symboles associés à la santé sexuelle (préservatif, stérilet, pilule, calendrier etc.)

En France, la chirurgie réparatrice du clitoris propose une réponse médicale aux femmes ayant subi une excision. À partir d’une enquête menée dans deux hôpitaux franciliens, cette recherche analyse les attentes des femmes qui s’engagent dans cette démarche et la place qu’y occupent le corps, la sexualité et la recherche d’égalité.

Infos clés

Dispositif : Bourses Études de genre
Chercheur-se : Michela VILLANI
Établissement : École des Hautes Etudes en Sciences Sociales
Statut : thèse soutenue (2013)
Discipline : sociologie

À partir de la fin des années 1970, l’excision devient progressivement un objet de mobilisation internationale, puis un enjeu de santé publique et une violence faite aux femmes. Au tournant des années 2000, une nouvelle réponse se développe en France : la chirurgie réparatrice du clitoris, prise en charge par l’Assurance maladie depuis 2004.

La recherche analyse le passage d’une politique centrée sur la lutte contre l’excision à une politique de réparation de la sexualité. Elle s’intéresse aux significations que les femmes concernées donnent à cette démarche, mais aussi à la manière dont les professionnel·les de santé répondent à leurs demandes.

À travers ces parcours, la thèse interroge ainsi les liens entre médecine, sexualité, genre, migration et égalité.

Méthodologie

La recherche repose sur une enquête menée dans deux services hospitaliers de chirurgie réparatrice de la région parisienne. Elle associe trois méthodes complémentaires : une enquête ethnographique fondée sur l’observation participante au sein des équipes médicales, l’analyse quantitative de 109 dossiers médicaux et 30 entretiens approfondis réalisés auprès de femmes excisées ayant engagé une démarche de réparation.

Cette approche permet de croiser les pratiques des professionnel·les de santé avec l’expérience et les motivations des femmes concernées.

Résultats

La recherche montre que le recours à la réparation ne peut pas être réduit à la seule recherche du plaisir sexuel. Les femmes rencontrées apparaissent comme les actrices d’un parcours qu’elles envisagent comme un projet personnel de réappropriation de leur corps.

La sexualité constitue également un espace relationnel, social et politique. Pour certaines femmes, la démarche de réparation s’inscrit ainsi dans une recherche d’égalité avec la population majoritaire.

Du côté médical, la recherche met en évidence la manière dont les mobilisations contre l’excision ont progressivement contribué à transformer les pratiques professionnelles. Les équipes accompagnent des femmes qui expriment l’excision comme une atteinte et revendiquent un droit à réparation.

La réparation clitoridienne apparaît ainsi comme une nouvelle forme de politique de réparation de la sexualité, à la croisée de la médecine, des droits et de l’égalité.

Apports pour la Ville

Menée auprès de services hospitaliers accueillant notamment des femmes vivant à Paris et en Île-de-France, cette recherche éclaire des enjeux qui concernent directement le territoire parisien : accès aux soins, santé sexuelle, égalité entre les femmes et les hommes et accueil des populations migrantes.

Elle permet de mieux comprendre les attentes des femmes ayant subi une excision ainsi que les logiques professionnelles à l’œuvre dans leur accompagnement. Ces connaissances peuvent contribuer à nourrir la réflexion des acteurs publics sur des politiques sociales et de santé publique plus inclusives.

Partenaires

Cette recherche a été menée à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), au sein de l’Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux (IRIS), sous la direction de Marc Bessin puis de Didier Fassin.

Elle s’est également appuyée sur l’enquête Excision et Handicap (ExH), menée par l’INED et l’Institut de démographie de l’Université Paris 1, ainsi que sur deux services hospitaliers de chirurgie réparatrice de la région parisienne.

La recherche a par ailleurs bénéficié de financements de l’Association suisse des femmes diplômées des universités (ASFDU) et de la Société académique vaudoise – Université de Lausanne.

Consulter la thèse

Les Bourses de recherche en études de genre

Cette recherche a bénéficié du soutien de la Ville de Paris dans le cadre des Bourses de recherche en études de genre, qui encouragent depuis 2006 les travaux consacrés aux questions de genre, d’égalité, de féminisme et aux droits des personnes LGBTQIA+.
À travers ce dispositif, la Ville de Paris soutient les jeunes chercheuses et chercheurs et contribue à la production et à la diffusion des connaissances sur ces enjeux.
En savoir plus sur les Bourses de recherche en études de genre

Default Confirmation Text
Settings Text Html