Aux origines de la lutte contre le racisme en France | Recherche
Mise à jour le 24/09/2026
Comment s'organise la lutte contre l'antisémitisme dans la France des années 1930 ? L'historien Emmanuel Debono retrace l'histoire de la Ligue internationale contre l'antisémitisme (LICA), première grande organisation antiraciste française et ancêtre de l'actuelle LICRA.
Infos clés
Dispositif : Bourses de recherche sur la xénophobie et l'antisémitisme
Chercheur-se : Emmanuel DEBONO
Établissement : Institut d'études politiques de Paris
Statut : thèse soutenue (2010)
Discipline : histoire contemporaine
Présentation
Créée à la fin des années 1920 autour du journaliste Bernard Lecache, la Ligue internationale contre l'antisémitisme (LICA) est la première grande organisation française à faire de la lutte contre l'antisémitisme et le racisme le cœur de son action. D'abord mobilisée contre les persécutions antijuives en Europe orientale, elle concentre progressivement son action sur la France, dans un contexte marqué par la montée de l'antisémitisme et l'arrivée des nazis au pouvoir en Allemagne.
Emmanuel Debono retrace l'histoire de cette organisation jusqu'en 1940 et s'intéresse aux différentes formes prises par son combat : campagnes de presse et de contre-propagande, réunions publiques, interventions auprès des pouvoirs publics ou encore actions militantes sur le terrain. Au fil des années 1930, la LICA élargit également son action à la lutte contre le racisme et la xénophobie ainsi qu'à la défense des réfugiés politiques et des populations colonisées.
À travers l'histoire de la Ligue, la recherche pose une question plus large : comment la société française réagit-elle à la progression de l'antisémitisme ? Elle étudie aussi bien les mobilisations antiracistes que les réactions des responsables politiques, des administrations, de la société civile et des milieux juifs.
Méthodologie
La recherche s'appuie principalement sur les archives internes de la LICA, un fonds de 224 cartons couvrant ses activités jusqu'en 1940. Longtemps conservées à Moscou après leur saisie pendant la Seconde Guerre mondiale, ces archives sont revenues en France en 2000 et ont été confiées au Centre de documentation juive contemporaine, aujourd'hui intégré au Mémorial de la Shoah.
Correspondances, photographies, listes d'adhérents, rapports, discours, documents comptables ou encore matériel de propagande et de contre-propagande permettent de reconstituer le fonctionnement de la Ligue et les actions de ses militants, mais aussi les manifestations antisémites et xénophobes auxquelles ils sont confrontés.
Ces documents sont croisés avec de nombreux fonds complémentaires : archives de la police, des ministères de l'Intérieur, de la Justice et des Affaires étrangères, archives de l'Alliance israélite universelle ou encore fonds privés de militants. Leur confrontation permet de comparer le regard porté par la LICA sur les événements avec celui des autorités publiques et d'autres organisations.
Principaux enseignements
La recherche montre d'abord que l'antisémitisme des années 1930 ne se limite pas aux discours des militants et organisations d'extrême droite. Les archives de la LICA donnent à voir ses manifestations dans la vie quotidienne : insultes, violences, graffitis, discriminations ou abus de pouvoir sont signalés dans les écoles, les entreprises, les commerces, les cafés ou encore les casernes.
Face à ces manifestations, la LICA développe un répertoire d'action particulièrement large. Elle organise des meetings et des campagnes de presse, interpelle les autorités, intervient dans des affaires individuelles et cherche à structurer une véritable contre-propagande antiraciste. L'organisation ne se contente donc pas de dénoncer l'antisémitisme : elle tente de construire des moyens collectifs pour le combattre.
L'étude met également en évidence la place particulière de Paris et de sa proche banlieue. La LICA demeure largement une organisation parisienne : le département de la Seine concentre une part importante de ses sections et de ses activités, dans une région où les manifestations racistes et antisémites sont particulièrement nombreuses et diverses.
Enfin, Emmanuel Debono montre que l'antiracisme qui se construit durant cette période est loin d'être uniforme. Les militants débattent des méthodes à employer, cherchent à élaborer une doctrine et combinent interventions institutionnelles, mobilisation publique et actions plus directes. La recherche permet ainsi d'en restituer les différentes formes, mais aussi les tensions, les succès et les limites.
Apports de la recherche
En retraçant l'histoire de la LICA, cette recherche permet de mieux comprendre la naissance d'un militantisme antiraciste organisé en France. Elle redonne notamment une place à des militants et militantes aujourd'hui moins connus et montre comment une organisation tente, dès l'entre-deux-guerres, de structurer une réponse collective à l'antisémitisme et au racisme.
Le travail renouvelle également l'étude de l'antisémitisme des années 1930 en ne s'intéressant pas uniquement à ceux qui le produisent et le diffusent. Les archives de la Ligue permettent d'observer comment il est vécu, signalé et combattu, mais aussi la manière dont les institutions et la société réagissent lorsqu'elles y sont confrontées.
La recherche éclaire ainsi conjointement deux histoires étroitement liées : celle des différentes manifestations de l'antisémitisme dans la société française et celle de la construction progressive des moyens utilisés pour lui répondre.
Pour aller plus loin
La recherche d'Emmanuel Debono a abouti à une thèse de doctorat en histoire soutenue en 2010 à l'Institut d'études politiques de Paris, intitulée La Ligue internationale contre l'antisémitisme (1927-1940) : la naissance d'un militantisme antiraciste.
Ces travaux ont ensuite donné lieu à l'ouvrage Aux origines de l'antiracisme. La LICA, 1927-1940, publié en 2012 chez CNRS Éditions.
Les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme
Cette recherche a bénéficié du soutien de la Ville de Paris dans le cadre des Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme, qui encouragent les jeunes chercheuses et chercheurs à mieux comprendre ces phénomènes, leurs formes et leurs évolutions.
À travers ce dispositif, la Ville de Paris soutient la production et la diffusion de connaissances afin de contribuer à la lutte contre le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme et d’éclairer les politiques publiques.
En savoir plus sur les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme
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