Au Nigéria, comment les femmes ont-elles fait évoluer leurs droits ? | Recherche
Mise à jour le 13/10/2026
De la lutte pour l'indépendance aux mouvements féministes des années 1980, les Nigérianes ont joué un rôle majeur dans les transformations politiques et sociales de leur pays. Pourtant, leur contribution reste souvent méconnue. À travers l'étude de cinquante années de mobilisations féminines, l'historienne Sara Panata explore la diversité de leurs revendications, leurs stratégies d'action et les liens qu'elles ont tissés avec les mouvements de femmes à travers le monde.
Infos clés
Dispositif : Bourses Études de genre
Année : 2017
Chercheur-se : Sara PANATA
Établissement : Université Paris 1 - Panthéon Sorbonne
Laboratoire : Institut des mondes africains (IMAF)
Discipline : Histoire contemporaine
Présentation
Quelle place les femmes ont-elles occupée dans l'histoire politique et sociale du Nigéria ? Comment se sont-elles organisées pour défendre leurs droits, de la période coloniale aux régimes militaires qui ont suivi l'indépendance ?
Ces questions sont au cœur des recherches de Sara Panata, consacrées aux mouvements féminins nigérians entre 1940 et 1990.
Son travail s'intéresse à une période marquée par de profondes transformations : la domination coloniale britannique, l'indépendance obtenue en 1960, puis la succession de gouvernements civils et militaires dans un contexte d'instabilité politique et économique.
Au fil de ces bouleversements, les femmes se mobilisent pour défendre leur place dans la société, accéder aux responsabilités politiques, améliorer leurs conditions de travail ou remettre en question les normes qui encadrent leur vie quotidienne.
Mais ces mobilisations ne constituent pas un mouvement uniforme. Elles rassemblent des femmes issues de milieux sociaux, religieux et politiques différents, dont les revendications et les stratégies évoluent au cours du temps.
À travers sa recherche doctorale intitulée Mouvements féminins, dynamiques de genre et circulations des féminismes au Nigéria (1940-1990), Sara Panata cherche ainsi à comprendre comment les femmes ont participé à la construction de l'histoire nigériane et comment leurs luttes se sont inscrites dans des réseaux féministes internationaux.
Méthodologie
La recherche repose sur une enquête historique associant l'étude d'archives et le recueil de témoignages.
Sara Panata a effectué plusieurs séjours de terrain au Nigéria, notamment à Ibadan, Lagos et Abeokuta, afin de consulter des archives publiques et privées, des documents administratifs, des journaux et des fonds conservés par des organisations féminines.
Elle a également mené des recherches dans les archives de presse de la British Library, à Londres, ainsi que dans des fonds documentaires britanniques consacrés à la période coloniale.
Ces sources écrites sont complétées par des entretiens avec d'anciennes militantes ou leurs descendants, permettant de reconstituer les parcours individuels et collectifs des femmes engagées.
La chercheuse accorde par ailleurs une attention particulière à des matériaux moins traditionnellement mobilisés dans les études historiques, comme les photographies et les chants militants.
Les vêtements, les postures adoptées sur les photographies ou encore les paroles des chants constituent autant de moyens d'étudier la manière dont les femmes affirmaient leur identité et exprimaient leurs revendications.
Enfin, l'enquête s'appuie sur l'étude des échanges entre organisations nigérianes et mouvements internationaux, afin de comprendre la circulation des idées et des pratiques militantes.
Principaux enseignements
Des femmes actrices de la lutte politique et sociale
Dès les années 1940, dans un contexte de montée des revendications indépendantistes, des Nigérianes développent des formes d'organisation collective pour défendre leurs intérêts.ensemble d'attentes particulièrement fortes.
Elles s'engagent notamment en faveur de l'accès à l'éducation, de la participation à la vie politique et de l'amélioration de leurs droits économiques et sociaux.
Leurs mobilisations prennent des formes diverses : création d'associations, participation à des organisations politiques, manifestations, grèves ou actions collectives dans les marchés.
Ces engagements montrent que les femmes ne sont pas restées à l'écart des transformations qui ont accompagné la décolonisation et la construction de l'État nigérian.
Des formes de mobilisation qui évoluent avec le contexte politique
L'enquête met en évidence plusieurs transformations des mouvements féminins au cours de la période étudiée.
Dans les années 1940 et 1950, certaines associations se structurent autour d'appartenances locales et de réseaux urbains, avant de développer des revendications politiques plus larges à l'échelle nationale.
Après l'indépendance de 1960, puis l'arrivée au pouvoir de régimes militaires à partir de 1966, les possibilités d'action et les stratégies militantes se transforment.
Des organisations professionnelles féminines prennent davantage de place, tandis que de nouveaux mouvements émergent dans les années 1980, notamment en réponse aux difficultés économiques et sociales.
Ces évolutions soulignent la capacité des militantes à adapter leurs formes d'engagement à des contextes politiques parfois autoritaires.
Des mouvements féminins traversés par des différences sociales et idéologiques
Les mobilisations féminines nigérianes ne reposent pas sur une vision unique de la place des femmes dans la société.
Les appartenances sociales, religieuses et politiques influencent les revendications défendues, les alliances nouées et les moyens d'action privilégiés.
Certaines organisations cherchent à améliorer la condition des femmes dans le cadre des institutions existantes, tandis que d'autres défendent des transformations plus profondes des rapports de pouvoir et des normes de genre.
Les premiers travaux de Sara Panata invitent ainsi à dépasser l'idée d'un mouvement féminin homogène et à prendre en compte la diversité des conceptions de l'émancipation.
Des féminismes nigérians en dialogue avec le reste du monde
L'un des axes majeurs de la recherche concerne les relations entre les mouvements de femmes nigérians et les organisations féministes étrangères.
Les militantes participent à des rencontres internationales, entretiennent des correspondances, circulent entre plusieurs pays et s'inspirent de revendications développées dans d'autres contextes.
Ces échanges concernent aussi bien les mouvements de femmes africains que les réseaux européens, américains ou issus de pays musulmans.
La chercheuse s'intéresse notamment à la manière dont les Nigérianes se réapproprient certaines idées venues de l'étranger, en les adaptant à leurs réalités politiques, sociales et culturelles.
Cette approche permet d'interroger les relations entre féminismes africains et occidentaux, sans réduire les premiers à de simples prolongements des seconds.
Apports de la recherche
Les travaux de Sara Panata contribuent à redonner toute leur place aux femmes dans l'histoire politique et sociale du Nigéria.
En étudiant leurs mobilisations sur une longue période, la recherche montre que les transformations du pays ne peuvent être comprises sans prendre en compte les initiatives, les revendications et les stratégies développées par les organisations féminines.
Elle souligne également l'intérêt d'une approche historique attentive aux parcours individuels, aux différences entre militantes et aux multiples formes que peut prendre l'engagement collectif.
L'étude des circulations internationales permet, quant à elle, de dépasser une histoire des féminismes centrée sur l'Europe et l'Amérique du Nord. Elle invite à considérer les mouvements de femmes africains comme des acteurs à part entière de la construction et de la transformation des idées féministes.
Plus largement, cette recherche contribue à une meilleure compréhension des liens entre genre, mobilisation politique, décolonisation et transformations sociales, tout en mettant en lumière la diversité des luttes pour les droits des femmes à travers le monde.
Pour aller plus loin
Un article consacré à la participation des militantes nigérianes aux revendications politiques pendant la période coloniale.
Une étude des parcours militants et des stratégies d'engagement des femmes à Ibadan.
Une analyse de la photographie et du vêtement comme formes d'expression politique.
Les Bourses de recherche en études de genre
Cette recherche a bénéficié du soutien de la Ville de Paris dans le cadre des Bourses de recherche en études de genre, qui encouragent depuis 2006 les travaux consacrés aux questions de genre, d’égalité, de féminisme et aux droits des personnes LGBTQIA+.
À travers ce dispositif, la Ville de Paris soutient les jeunes chercheuses et chercheurs et contribue à la production et à la diffusion des connaissances sur ces enjeux.
En savoir plus sur les Bourses de recherche en études de genre
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