Après l'accouchement, comment mieux accompagner les mères ? | Recherche

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Mise à jour le 20/10/2026

Bébé et son doudou

Fatigue, bouleversements physiques et émotionnels, manque de soutien : la période qui suit l'accouchement peut être particulièrement éprouvante pour les femmes. Comment vivent-elles ces premiers mois et de quel accompagnement disposent-elles ? Lauréate des Bourses de recherche pour les études de genre de la Ville de Paris en 2021, l'anthropologue Mounia El Kotni a mené une enquête auprès de mères à Paris et à Mexico pour mieux comprendre leurs expériences du post-partum.

Infos clés

Dispositif : Bourses Études de genre
Année : 2021
Chercheur-se : Mounia EL KOTNI
Laboratoire : Centre de recherche médecine, sciences, santé, santé mentale, société (Cermes3)
Discipline : santé des femmes, maternité, post-partum, accompagnement périnatal, études de genre

Présentation

Le post-partum, une période encore trop peu étudiée

Si la grossesse et l'accouchement font l'objet d'un suivi médical important, les semaines et les mois qui suivent la naissance d'un enfant restent souvent moins visibles. Pourtant, cette période, appelée post-partum, s'accompagne de transformations physiques, psychologiques et sociales majeures.

Douleurs persistantes, fatigue, difficultés liées à l'allaitement, manque de sommeil ou réorganisation de la vie familiale : les expériences des mères sont multiples et ne correspondent pas toujours à l'image idéalisée de la maternité.

En 2020, le mouvement #MonPostPartum a contribué à rendre ces réalités plus visibles. Sur les réseaux sociaux, de nombreuses femmes ont partagé leurs expériences et dénoncé le manque d'information et d'accompagnement après l'accouchement.

C'est dans ce contexte que Mounia El Kotni, anthropologue spécialiste de la santé reproductive et des études de genre, a souhaité étudier le vécu des femmes au-delà des seules dimensions médicales.

Son projet, intitulé Vécu du post-partum à Paris et Mexico : une enquête ethnographique comparée, s'intéresse à la manière dont les mères vivent cette période, aux difficultés qu'elles rencontrent et aux soutiens dont elles disposent.

Une expérience qui dépasse les premières semaines après la naissance

La durée du post-partum est généralement définie à partir de critères médicaux. Mais le retour à un équilibre physique, émotionnel et familial ne suit pas nécessairement ce calendrier.

Pour certaines femmes, les effets de la grossesse et de l'accouchement se prolongent plusieurs mois, voire davantage. Le sommeil de l'enfant, la reprise du travail, l'organisation des tâches quotidiennes ou encore la récupération physique peuvent influencer la manière dont elles vivent cette transition.

La recherche s'appuie sur la notion de matrescence, qui désigne le processus de transformation associé au fait de devenir mère. Cette approche permet d'envisager la maternité comme une expérience qui s'inscrit dans le temps long et qui ne se limite pas à l'événement de la naissance.

L'objectif de Mounia El Kotni est ainsi de mieux comprendre le post-partum comme une expérience à la fois corporelle, intime et sociale.

Paris et Mexico : deux contextes pour interroger les pratiques de soin

La comparaison entre Paris et Mexico permet d'examiner la diversité des pratiques d'accompagnement des mères.

En France, le suivi postnatal s'inscrit dans un système de soins associant maternités, sages-femmes, professionnels de santé et services de protection maternelle et infantile (PMI). Malgré ces dispositifs, certaines femmes témoignent de difficultés à obtenir l'aide dont elles ont besoin une fois rentrées à leur domicile.

Au Mexique, différentes pratiques familiales et communautaires peuvent accompagner les semaines qui suivent la naissance. La cuarentena, par exemple, désigne une période de repos et de soins traditionnellement organisée autour de la mère pendant les quarante premiers jours après l'accouchement.

En confrontant ces contextes, la chercheuse souhaite comprendre comment les normes sociales, les systèmes de santé et les réseaux de solidarité influencent les expériences du post-partum.

La recherche interroge notamment la place accordée aux besoins des mères, la répartition des responsabilités familiales et les possibilités d'accéder à un accompagnement adapté.

Méthodologie

Mounia El Kotni a mobilisé les méthodes de l'anthropologie pour recueillir et analyser les expériences des femmes. Son enquête s'est appuyée sur des questionnaires, des entretiens approfondis et l'analyse de témoignages publiés sur les réseaux sociaux.

Une enquête auprès de mères ayant accouché à Paris

Entre le 11 mars et le 11 avril 2022, la chercheuse a diffusé un questionnaire auprès de femmes ayant vécu leur post-partum à Paris.

Après sélection des réponses correspondant au périmètre de l'étude, elle a analysé 53 expériences d'accouchement rapportées par 49 participantes.

À partir de ces réponses, cinq femmes présentant des parcours différents ont été sélectionnées pour des entretiens semi-directifs approfondis, d'une durée moyenne d'une heure et quarante-cinq minutes.

Ces échanges ont permis d'aborder les conséquences physiques et émotionnelles de l'accouchement, les attentes des mères, les difficultés rencontrées au quotidien et les différentes formes de soutien reçues.

Un premier terrain comparatif à Mexico

Pour le volet mexicain, le questionnaire a été traduit en espagnol et diffusé durant l'été 2022.

Six femmes y ont répondu et deux entretiens approfondis ont été réalisés à distance.

La chercheuse souligne dans son rapport final les difficultés rencontrées pour constituer un échantillon plus diversifié à Mexico, notamment pour rencontrer des femmes ayant accouché dans les établissements publics.

Ce premier terrain a donc permis d'amorcer la comparaison entre les deux villes, sans constituer une enquête de même ampleur dans chacun des contextes.

L'analyse des témoignages en ligne

En complément, Mounia El Kotni a étudié 676 publications diffusées sur Twitter entre février et avril 2020 autour du mot-dièse #MonPostPartum.

L'analyse de ces témoignages a enrichi les données recueillies lors des entretiens et permis d'examiner la manière dont les femmes expriment publiquement leur vécu de l'après-accouchement.

Cette approche associe ainsi récits individuels, expériences partagées et réflexion sur les normes sociales entourant la maternité.

Principaux enseignements

Le rapport final met en évidence plusieurs enseignements sur la durée du post-partum, les attentes des mères et les conditions de leur accompagnement.

Une période plus longue que ne le suggèrent les repères médicaux

L'un des premiers résultats concerne la durée du post-partum telle qu'elle est perçue par les participantes.

Dans le questionnaire français, les réponses varient d'un mois à deux ans, avec une durée moyenne déclarée de neuf mois.

Pour les femmes interrogées, la fin de cette période ne correspond pas nécessairement à une date précise. Elle peut être associée à la disparition des douleurs, à l'amélioration du sommeil, à la fin de l'allaitement ou à l'installation d'un nouvel équilibre familial.

Ces résultats invitent à considérer les besoins des mères au-delà des premières semaines suivant la naissance.

Un décalage entre les attentes et la réalité

L'enquête révèle également que le post-partum ne correspond pas toujours à ce que les femmes avaient imaginé.

Parmi les expériences recueillies dans le questionnaire français :

  • 43 % ont été vécues comme plus difficiles que prévu ;
  • 47 % ont correspondu à peu près ou exactement aux attentes ;
  • 9 % ont été vécues plus favorablement qu'anticipé.

Ces résultats, issus d'un échantillon limité et non représentatif, mettent en lumière la diversité des expériences et l'importance de mieux préparer les futures mères aux réalités de cette période.

La chercheuse souligne également le poids des injonctions au bonheur maternel. Les difficultés peuvent être difficiles à exprimer lorsque la naissance est socialement présentée comme un événement qui devrait être exclusivement heureux.

Un besoin important d'écoute et d'accompagnement

Le manque de soutien apparaît comme un thème récurrent des entretiens.

Plusieurs participantes décrivent un contraste entre l'attention reçue pendant la grossesse et le sentiment d'être moins accompagnées après la naissance.

Ce manque peut concerner aussi bien l'entourage familial que les professionnels de santé. Certaines femmes évoquent des difficultés à obtenir des réponses à leurs questions, à être écoutées ou à recevoir une aide concrète dans leur quotidien.

Dans le questionnaire français, 50 % des réponses expriment le souhait de bénéficier de davantage de visites de professionnels de santé.

La recherche montre cependant que les besoins ne sont pas identiques pour toutes. L'enjeu est donc de proposer un accompagnement accessible, adapté et respectueux des souhaits de chacune.

Le rôle essentiel de l'entourage et du deuxième parent

Les résultats soulignent l'importance des soutiens matériels et affectifs.

La prise en charge des tâches domestiques, la préparation des repas, l'aide apportée pour les autres enfants ou la simple possibilité de parler de ses difficultés peuvent améliorer sensiblement l'expérience du post-partum.

L'implication du conjoint apparaît également déterminante dans les entretiens réalisés.

Les participantes interrogées soulignent notamment l'intérêt d'un congé du deuxième parent plus long et de conditions de travail permettant une meilleure répartition des responsabilités familiales.

Des effets contrastés de la crise sanitaire

L'enquête s'intéresse enfin aux expériences des femmes ayant accouché pendant la pandémie de Covid-19.

Les restrictions sanitaires ont parfois accentué l'isolement des mères, limité l'aide de leurs proches et compliqué l'accès à certains professionnels de santé.

À l'inverse, le recours au télétravail a pu permettre une présence accrue des conjoints au domicile. Certaines participantes ont également apprécié de pouvoir se reposer à la maternité sans recevoir de nombreuses visites.

Ces témoignages montrent que les effets des restrictions ont été variables selon les situations familiales et les besoins individuels.

Apports de la recherche

En donnant la parole aux femmes sur leur expérience de l'après-accouchement, cette recherche contribue aux réflexions sur la santé périnatale, l'égalité entre les femmes et les hommes et l'accompagnement des familles.

Elle met en évidence plusieurs enjeux susceptibles de nourrir les politiques publiques locales :

  • Mieux prendre en compte les besoins des mères après la naissance, y compris plusieurs mois après l'accouchement.
  • Favoriser l'accès à une information adaptée, afin de mieux préparer les futurs parents aux transformations physiques, émotionnelles et sociales du post-partum.
  • Renforcer l'écoute et l'orientation des femmes, notamment lorsqu'elles rencontrent des difficultés à leur retour à domicile.
  • Prendre en considération les inégalités de ressources et de soutien, qui peuvent influencer la capacité des familles à faire face aux premières semaines avec un enfant.
  • Encourager une meilleure répartition des responsabilités parentales, en soulignant le rôle du deuxième parent et de l'entourage dans l'accompagnement des mères.

Ces enseignements peuvent notamment alimenter les réflexions autour des services de protection maternelle et infantile, de l'information aux familles et des dispositifs locaux de soutien à la parentalité.

La recherche rappelle enfin que l'accompagnement du post-partum ne relève pas uniquement des soins médicaux : il concerne également les conditions de vie, les solidarités et la place accordée aux besoins des femmes.

Partenaires

  • Centre de recherche médecine, sciences, santé, santé mentale, société (Cermes3) : laboratoire d'accueil de la recherche.
  • Centre national de la recherche scientifique (CNRS) : établissement de tutelle du laboratoire.
  • Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) : établissement de tutelle du laboratoire.
  • École des hautes études en sciences sociales (EHESS) : établissement de tutelle du laboratoire.
  • Université de Paris : établissement de tutelle du laboratoire au moment de la recherche.

Les Bourses de recherche en études de genre

Cette recherche a bénéficié du soutien de la Ville de Paris dans le cadre des Bourses de recherche en études de genre, qui encouragent depuis 2006 les travaux consacrés aux questions de genre, d’égalité, de féminisme et aux droits des personnes LGBTQIA+.
À travers ce dispositif, la Ville de Paris soutient les jeunes chercheuses et chercheurs et contribue à la production et à la diffusion des connaissances sur ces enjeux.
En savoir plus sur les Bourses de recherche en études de genre

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