1 lieu, 3 histoires : la place Rodin

Série

Mise à jour le 02/03/2026

La place Rodin dans le 16e.
Située dans le quartier d’Auteuil, la place Rodin a eu de multiples usages : industriel, royal, religieux, puis résidentiel. Un véritable condensé d’histoire à ciel ouvert, qui vaut largement le détour.

#1 Une histoire de tuiles

Avant de devenir cet élégant carrefour résidentiel de l’Ouest parisien, l’actuelle place Rodin (16e) a connu plusieurs vies, toujours rythmées par son emplacement géographique. Parce qu’elle était située en périphérie de la capitale, on y a d’abord trouvé une usine de tuiles, idéalement placée à proximité des carrières qui exploitaient l’argile présente massivement dans les sols. Puis, au début du XVIe siècle, le roi François Ier y fait construire un « rendez-vous de chasse » : il faut dire que l’emplacement est sur le chemin menant du centre de Paris aux domaines de chasse royaux du bois de Boulogne ! En 1782, le marquis de la Tour du Pin Gouvernet acquière le terrain et fait construire, à la place de l’ancien relais de chasse, le château de la… Tuilerie, en référence à l’usine de tuiles. La boucle est bouclée !

#2 « Le château invisible »

En 1855, le château accueille de nouvelles occupantes, puisqu’il devient une propriété de la congrégation religieuse des Augustines de l’Assomption. Elles y établissent un pensionnat de jeunes filles, installent des salles de classe dans le château et construisent un monastère. Jusqu’à ce que la loi du 7 juillet 1904 interdise l’enseignement aux membres des congrégations et que la congrégation soit dissoute par décret en 1906.
Les bonnes sœurs parties, le lieu est laissé à l’abandon pendant deux décennies. La végétation est telle que le château de la Tuilerie est alors surnommé le « château invisible » par les habitants ! Charles Leroux-Cesbron, historien local, en parle comme l’un des « derniers ilots de verdure qui rappellent l’Auteuil d’autrefois, lorsqu’Auteuil était encore la campagne ». Ce quartier, qui était un village jusqu’à son rattachement à Paris en 1860, connaît de profonds changements depuis plusieurs décennies. Et le domaine de l’ancien château de la Tuilerie ne fera pas exception.

#3 Un lotissement de prestige

Dans les années 1920, le terrain de l’ancien domaine des religieuses, dont la surface équivaut à plus de huit terrains de football, attise l’intérêt des constructeurs qui veulent y édifier un tout nouveau lotissement. En 1927, le château et l’ancien couvent sont démolis tandis que débutent les travaux pour construire ce lotissement, « peut-être le plus luxueux de Paris », selon les termes du quotidien La Liberté, du 30 mai 1928. Au centre des immeubles ? Une place centrale, nommée place Mozart sur le plan d’aménagement, mais qui prend finalement le nom de « place Rodin » en décembre 1929.
Un cahier des charges très complet est signé en 1928 et chaque bâtiment construit devra s’y conformer. Cela permet à cette place de conserver une cohérence architecturale d’ensemble alors que ses constructions s’étendent des années 1930 aux années 1970. Parmi les contraintes imposées se trouve notamment la nécessité que les façades soient exécutées uniquement « en pierre de taille ou pierre de taille et brique se rapprochant d’un style Louis XIII ». Ce qui pousse, par exemple, l’architecte Jean Ginsberg à recouvrir la structure de son bâtiment, initialement en béton, d’un revêtement de pierre !
ABC Dates
> 1782 : le château de la Tuilerie est construit sur l’ancien relais de chasse
> 1855 : les Augustines de l’Assomption deviennent propriétaires du lieu
> 1928 : Un projet de lotissement de prestige est lancé
> 1931 : Un moulage de la sculpture L’Âge d’airain, de Rodin, est installé au centre de la place
Default Confirmation Text
Settings Text Html