1 lieu, 3 histoires : la place de la République

Série

Mise à jour le 23/01/2026

Une cycliste passe sur le Place de la République.
D’abord frontière de la ville, aujourd’hui cœur battant de la capitale, la place de la République a connu plusieurs vies. Au point de devenir un véritable symbole de Paris.

#1 D’un rempart au « boulevard du crime »

Avant de devenir le site emblématique que l’on connaît aujourd’hui, l’actuelle place de la République marquait autrefois la frontière physique de Paris. Sous le règne de Charles V (1364-1380) s’y dressait la porte du Temple, un bastion fortifié destiné à protéger la cité. Au fil des siècles, avec le démantèlement des remparts et les profondes transformations de la capitale, cette ancienne limite urbaine s’est finalement muée en haut lieu du divertissement.
Cela grâce à l’actuel boulevard du Temple (qui débouche au sud-est de la place), surnommé, à la moitié du XIXe siècle, le « boulevard du crime ». Un vocable tiré des innombrables homicides commis chaque soir devant une foule expressément venue pour cela… Il faut dire que l’artère regorgeait alors de salles de théâtre ! Ce Broadway avant l’heure, où se mélangeaient toutes les classes sociales, fut néanmoins rasé en 1862, dans le cadre des percements haussmanniens. Aujourd’hui, seul le Théâtre Déjazet (Paris Centre) subsiste.

#2 Sous le regard de Marianne

La place du Château-d’Eau : c’est sous ce nom que les Parisiens connaissent ce lieu, alors orné de la gigantesque Fontaine aux lions, jusqu’en 1879. Mais la jeune IIIe République a besoin de symboles forts. L’œuvre est donc transférée vers l’actuelle place Félix-Éboué, et une monumentale statue incarnant Marianne – et, à travers elle, la République – prend sa place en 1883. Installée sur un piédestal de pierre de 15,5 m de haut, la statue de bronze, haute de 9,5 m, est tournée vers le cœur de la ville.
Marianne surmonte les allégories de la Liberté, de l’Égalité et de la Fraternité, elles-mêmes placées au-dessus de douze hauts reliefs en bronze : chacun représentant un événement marquant de l’histoire de la République française, du serment du Jeu de paume le 20 juin 1789 à la première fête nationale du 14 juillet 1880.

#3 Un épicentre de la vie citoyenne

C’est une démarche profondément politique qui anime l’aménagement de la place de la République sous la direction du baron Haussmann. Comme le précise l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur), la place a été conçue sous le Second Empire pour incarner un outil de contrôle : de larges avenues y convergent et la caserne Vérines (10e) permet de loger 3 500 soldats prêts à intervenir pour briser les barricades des faubourgs voisins.
Pourtant, au fil des décennies, le peuple parisien s’approprie ce site. La largeur même de la place, pensée pour la surveillance, offre un espace de rassemblement sans équivalent dans Paris. Devenue le pivot entre les quartiers populaires de l’Est parisien et le centre du pouvoir, la place de la République s’impose comme le point névralgique des manifestations et des expressions démocratiques, notamment du fait de sa proximité avec la Bourse du travail (10e), inaugurée en 1892 et lieu de rassemblement privilégié des syndicats.
Ce n’est donc pas un hasard si, après les attentats perpétrés en 2015 dans la capitale, les Parisiennes et les Parisiens se sont rassemblés spontanément place de la République et y ont déposé des fleurs en hommage aux victimes.
Envie d’en savoir plus ?
L’ouvrage Places et portes de Paris est disponible dans les bibliothèques spécialisées de la Ville.
ABC Dates
> 1854 : Napoléon III fait ériger la caserne Vérines pour y loger 3 500 soldats
> 1879 : la place du Château-d’Eau est renommée place de la République
> 1883 : la statue de Marianne est inaugurée
> 4 septembre 1958 : Charles de Gaulle y présente le projet de Constitution de la Ve République
> 2013 : la place de la République est piétonnisée, avant l’arrivée d’autres usages, comme la pratique du skateboard
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