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Reportage

Un été aux côtés des personnes sans-abri

Mise à jour le 26/08/2020
Pour les personnes démunies, vivre dans la rue reste difficile, l'hiver comme l'été. Reportage avec l'association « Aux captifs, la libération » qui part en maraude par tous les temps, quel que soit le niveau du mercure.
Tout au long de l'année, les services de la Ville contribuent, avec ces différents acteurs notamment associatifs, à l’accompagnement des personnes sans-abri et à la lutte contre l’exclusion. Nous avons rencontré récemment les membres de l'association « Aux captifs, la libération ». Reportage.
Lorsqu'on vit dans la rue, l'été apporte son lot de difficultés, parfois méconnues ou sous-estimées. Pour que la période estivale ne rime pas avec une exclusion encore plus grande, l’association « Aux captifs, la libération » va à la rencontre de ces personnes toute l'année. Au programme, discussions et échanges pour recréer du lien social. « Notre mission est de faire le lien entre les personnes démunies et les associations ou structures compétentes pour les aider », explique Blanche Renoul, responsable de secteur dans le 16e arrondissement. Chaque semaine, deux bénévoles empruntent le même parcours et discutent avec les personnes qui s’y trouvent. En tout, 25 bénévoles assurent 8 maraudes hebdomadaires, par binômes ou trinômes, et accompagnent plusieurs dizaines de personnes sans-abri.

Des habitudes bouleversées par les fermetures estivales

Personne sans abris assis sur un trottoir
Les maraudes hebdomadaires sont l'occasion de faire le point sur les besoins de chacun.
François Grunberg / Ville de Paris
« Pendant l’été, les habitudes des personnes à la rue sont perturbées », indique Blanche. Il suffit qu’une association ou un restaurant solidaire ferment pour les congés estivaux et toute l’organisation est à revoir. « On ne s’en rend pas compte, mais les personnes à la rue sont très en mouvement. Elles doivent se rendre à un endroit pour manger, à un autre pour se laver et à un dernier pour rencontrer l’assistante sociale. » À ces déplacements et ces fermetures estivales s'ajoute la difficulté de prendre des douches régulières, isolant davantage les personnes précarisées, honteuses de ne pas pouvoir prendre soin de leur hygiène.
Les maraudes hebdomadaires sont l'occasion de faire le point sur les besoins de chacun : santé physique et mentale, approvisionnement en eau et en nourriture, hygiène, liens avec la famille, les amis et les travailleurs sociaux, etc. Selon les échanges, les bénévoles rappellent quels bains-douches sont ouverts ou invitent à se rendre dans tel restaurant solidaire. Et face à la barrière de la langue, un seul réflexe : « Je sors mon téléphone et lance le traducteur automatique ! », s'exclame Blanche.
Certains sont des habitués, à l’image de Vlad* et Carl*, ou encore Benoit* et Eliott*, des hommes d’une quarantaine d’années originaires de Pologne, Roumanie ou Lituanie. « Cet homme-là ne voulait pas nous parler au début. Mais aujourd’hui, il nous a souri pour la première fois », se réjouit Mahault, en service civique dans l'association depuis le début du mois de mars 2020. Les petites victoires de ce type se savourent, malheureusement irrégulières et trop peu nombreuses.
D’autres sont des personnes encore jamais identifiées par l’association. Les premiers contacts sont parfois difficiles : certains ne veulent pas parler parce qu’ils n’en voient pas l’intérêt ou n’assument pas leur situation. Semaine après semaine, les bénévoles engagent la conversation, sans jamais s’imposer ni forcer le dialogue. Dans certains cas, c’est une réussite : les personnes à la rue acceptent de venir à la permanence prendre un café et entamer des démarches. « D’autre fois, il faut accepter son impuissance », admet Blanche.

Engager le dialogue avant tout

Mahault et Blanche en maraude
Blanche et Mahault de l'association "Aux captifs, la libération ".
François Grunberg / Ville de Paris
« Notre principe de base, c'est de venir "les mains nues". Nous nous contentons de discuter avec les personnes et les invitons à venir d'elles-mêmes à nos permanences », ajoute Blanche. L'idée est que les personnes précaires fassent la démarche de se présenter au local de l'association pour être ensuite orientées vers des structures d'aide sociale. « C'est un processus long qui demande de l'engagement sur la durée mais qui permet d'éviter de retourner à la rue deux semaines après avoir obtenu un logement social », assure la responsable du secteur.
Lors des permanences, c'est « l'accueil inconditionnel » qui prime : personnes avec et sans abri sont les bienvenues pour échanger autour d'une boisson chaude et d'une part de gâteau. « Des habitants du quartier, âgés et isolés socialement, viennent chaque semaine. Les personnes sans-abri sont aux petits soins avec eux, ils ont le sentiment d'être utiles et de pouvoir donner de la joie à quelqu'un d'autre, c'est précieux », confie Blanche. L'occasion de renverser les rôles entre les « aidants » et les « aidés ». Mais la crise sanitaire est passée par là et ne permet plus de se rassembler comme avant, au grand regret des uns et des autres.
Personne sans abris assis sur un trottoir
Les premiers contacts peuvent être difficiles, mais parfois, un simple sourire prend la forme d'une petite victoire pour les bénévoles.
François Grunberg / Ville de Paris
* Les prénoms ont été changés.

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