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Picpus, le cimetière très privé des nobles guillotinés

Mise à jour le 26/05/2020
Dans le 12e arrondissement, sur l'emplacement d'anciennes fosses communes, se trouve l'un des deux seuls cimetières privés de Paris, réservé essentiellement aux descendants des nobles guillotinés durant la Révolution. Le fameux marquis de La Fayette se trouve parmi eux. Histoire d’un lieu peu ordinaire.
C’est un lieu assez secret, souvent inconnu des Parisiens eux-mêmes ! Au 35 de la rue de Picpus, dans le 12e arrondissement, derrière une discrète façade, se cache le cimetière de Picpus, l’un des deux seuls cimetières privés de Paris avec celui des Juifs Portugais dans le 19e arrondissement. Autre caractéristique, c’est l’un des quatre sites parisiens où sont enterrés des guillotinés de la Révolution française. On y trouve ainsi les sépultures des plus grandes familles de la noblesse française.
Rosbespierre guillotinant le boureau après avoir fait guillotiner tous les français.
Robespierre guillotinant le bourreau après avoir fait guillotiner tous les Français.
CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet
Tout commence en juin 1794, en pleine Terreur. La guillotine, alors installée place de la Révolution (devenue depuis place de la Concorde), n’en finit pas de couper des têtes. Environ cinquante-cinq personnes par jour y sont exécutées… Plus de 1 300 au total, âgées de 14 à 90 ans, entre le 14 juin et le 27 juillet !
Plaque à l'emplacement de la porte de la Chapelle Picpus
Plaque à l'emplacement de la porte de la Chapelle Picpus
CC0 Domaine public
Problème, les Parisiens supportent de moins en moins de voir – et surtout de sentir – les corps des suppliciés transportés dans des carrioles vers les fosses communes du cimetière des Errancis (près de ce qui était alors le village de Monceau). Et ces fosses communes commencent aussi vraiment à empester. Alors, les autorités décident de déplacer la guillotine, d’abord place de la Bastille, puis place du Trône-Renversé, devenue depuis place de l’Île-de-la-Réunion (12e arrondissement). Mais il faut vite trouver un endroit à proximité où inhumer les corps.

A l'origine: de sinistres fosses communes…

Les fosses communes aujourd'hui. Les espaces en gravier marquent l'emplacement des fosses.
Les fosses communes aujourd'hui. Les espaces en gravier marquent l'emplacement des fosses.
CC0 Domaine public
Or à quelques centaines de mètres de la sinistre guillotine se trouve un terrain disponible, le jardin de l’ancien couvent des religieuses chanoinesses de Saint-Augustin, chassées des lieux par la Révolution en 1792. Ce bien devenu « national » est constitué d’un vaste enclos de 300 mètres de long sur 70 mètres de large. Protégé par de grands murs, l’endroit semble convenir parfaitement et, très vite, relativement secrètement, une première fosse commune y est creusée, puis une seconde. Une troisième sera mise à l’étude mais ne servira pas. Au total, les fosses contiendront les corps de 1306 personnes dont 197 femmes. Parmi les victimes, 159 nobles, 178 militaires, 136 moines et 23 nonnes.
Puis la Terreur se termine, Robespierre lui même est exécuté. Vient le temps du Directoire. A compter de septembre 1795, le domaine est vendu. Curieusement, peu de monde sait ce qu’il contient… Seuls quelques officiels sont au courant de l’existence des fosses. Parmi les initiés, une certaine princesse Amélie de Hohenzollern-Sigmaringen. Elle rachète discrètement en 1797 une parcelle du terrain, celle où, justement, se trouvent les deux fosses communes. Ce n’est bien sûr pas un hasard. Le frère de la princesse, le prince Frédéric III de Salm-Kyrbourg, faisait partie des guillotinés de 1794 jetés dans l’une des fosses. Tout comme d’ailleurs l’amant de la princesse, un certain Alexandre de Beauharnais qui laissera une veuve, Joséphine, appelée à devenir plus tard impératrice…

… puis les familles de la noblesse créent un cimetière

Le cimetière de Picpus et le champ des Martyrs, où furent enterrées les victimes de la Révolution guillotinées à la barrière du Trône.
Le cimetière de Picpus et le champ des Martyrs, où furent enterrées les victimes de la Révolution guillotinées à la barrière du Trône.
Victor Marec (1862-1920), huile sur toile. Paris, musée Carnavalet.
Mais la « conjuration des nobles » continue pour acquérir l’ensemble du domaine. Et, encore une fois, ce sont des femmes qui sont à la manœuvre. Ainsi, cinq ans plus tard, sous le consulat, en 1802, Madame de Montagu et sa sœur la marquise de La Fayette, épouse du… fameux marquis de La Fayette, héros de l’indépendance des Etats-Unis, lancent une souscription pour acquérir l’ensemble du domaine de l’ex-couvent.
Les deux sœurs ont de quoi être motivées : leur grand-mère, leur mère et leur sœur aînée, guillotinées, ont été inhumées dans l’une des fosses communes. Grâce à la souscription, tout le terrain est donc acquis. Les familles de nobles exécutés fondent alors le Comité de la Société de Picpus. Un cimetière est créé à côté des sinistres fosses communes – il en est juste séparé par une grille –, destiné à accueillir les seuls descendants des familles de suppliciés de la Révolution. Ce qui est toujours le cas aujourd’hui et qui fait la singularité de ce lieu désormais la propriété de " la Fondation de l’Oratoire et du cimetière de Picpus.

La tombe de La Fayette

La tombe de La Fayette, pavoisée d'un drapeau américain.
La tombe de La Fayette
CC0 Domaine public
Dans le cimetière, parmi les tombes célèbres, on trouve celle de Gilbert du Motier, marquis de La Fayette, général de l’armée américaine et lieutenant général de l’armée française, député de Seine-et-Marne. Plus connu sous le seul patronyme de « La Fayette ». Il repose à côté de son épouse.
Particularité, son cercueil est recouvert avec de la terre ramenée des Etats-Unis et un drapeau américain flotte au dessus de sa tombe. Chaque 4 juillet, jour de la fête nationale américaine, l’ambassadeur des Etats-Unis vient lui rendre hommage, accompagné de représentants de la Ville de Paris, du Sénat et d’autres associations.
D’autres familles (ou membres de familles) célèbres ont également leurs sépultures ici. On citera les familles de Montalembert, de la Rochefoucauld, etc.
A noter que l’on trouve également dans le cimetière des plaques commémoratives en mémoire des membres des familles descendantes de suppliciés qui ont été déportés et sont morts dans les camps nazis durant la Seconde guerre mondiale.
Cimetière de Picpus (inscrit au titre des monuments historiques depuis 1998), 35, rue de Picpus (Paris 12e). Visites (payantes) l'après-midi, de 14 h à 17 h, du lundi au samedi (fermé dimanche et jours fériés)

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