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Entretien

Sylvie Zaidman: "Les Parisiens voulaient participer à leur propre libération"

Mise à jour le 12/08/2019
Sylvie Zaidman, directrice du musée de la Libération de Paris - musée du général-Leclerc - musée Jean-Moulin, revient sur les journées précédent le 25 août 1944 et le rôle des Parisiens dans cet événement historique.
Sylvie Zaidman, directrice du musée de la Libération de Paris-Musée du Général Leclerc-Musée Jean Moulin.
Emilie Chaix / Ville de Paris

A quoi ressemblait la vie des Parisiens avant la Libération?

Pendant quatre ans, les Parisiens ont vécu une période d’occupation. Leur vie était profondément modifiée par la présence de l’occupant. Dans toute la ville, dans les magasins, il y avait les troupes et des services allemands.
C’est aussi un quotidien pénible de pénurie parce que le ravitaillement est assez mal organisé, avec des tickets et des rations établies en fonction de l’âge et de la situation de chacun. Les arrivages sont approximatifs. Le marché noir permet aussi de se fournir. C’est une vie assez difficile, pesante, avec des couvre-feux et des alertes.

Quel rôle a joué la population civile parisienne?

Le Débarquement a eu lieu le 6 juin 1944 et la population l’attendait, elle savait bien que les Alliés allaient débarquer. A Paris, les Allemands restent en poste. Même si les troupes commencent à être en repli pour aller combattre un peu plus loin, il y a encore une présence allemande assez importante. La tension monte parce que les Parisiens veulent être libérés.

Avec le temps qui s’écoule et les armées alliées qui se rapprochent, les Parisiens ont envie de participer

Sylvie Zaidman
Directrice du musée de la Libération de Paris – Musée du Général-Leclerc – Musée Jean-Moulin
Bien sûr, des collaborateurs ont fait des affaires avec les Allemands, mais dans la majorité des cas, les Parisiens veulent en finir avec cette occupation. Cela ne veut pas dire pour autant qu’ils ne vont pas tous être acteur de la Libération. Certains vont entrer dans la Résistance, ceux qui y étaient déjà vont aller plus loin. Avec le temps qui s’écoule et les armées alliées qui se rapprochent, les Parisiens ont envie de participer et de faire quelque chose. Un climat d’attente et d’action se crée. D’abord, les grèves : celle des cheminots, des ambulanciers, les exploitants du métro. Puis, avec la déclaration du mouvement de résistance des Forces françaises de l’Intérieur (FFI) à se lancer dans la mobilisation et l’action, des Parisiens décident d’ériger des barrières, des barricades et de prendre un fusil, un vieux revolver pour essayer de participer à leur propre libération.
La 2e division blindée place Denfert-Rochereau, le 25 août 1944.
Musée de la Libération de Paris - musée du général Leclerc - musée Jean Moulin

Comment cette insurrection s’est manifestée?

Près de 650 barricades ont été comptées dans Paris. Cela ne veut pas dire 650 points de défense, mais 650 endroits, rues, dans lesquels on a essayé d’empêcher les Allemands de passer. Face à un char, la barricade ne tient pas. Mais il y avait cette volonté d’empêcher les Allemands de circuler dans Paris et de les piéger. Les Allemands étaient dans les points forts, dans les endroits stratégiques, comme au Sénat, et ils tenaient ces endroits-là. Mais ils ne tenaient pas la rue.
Lors de cette insurrection parisienne, il y a d’une part des soldats, puisque les FFI sont considérées comme des forces combattantes. Ils représentent une armée pas très bien équipés, disons-le. Mais il y a aussi des civils qui prennent des sacs de sable de la défense passive, entassent des bris d’arbres, des matelas… tout ce qu’ils trouvent pour empêcher les Allemands de franchir ces barricades. Il y a une volonté de faire quelque chose, une effervescence absolument incroyable jusqu'au 25 août 1944.
Libération de Paris, rue de Rivoli, 25 août 1944.
National Archives and Records Administration

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