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La « Nueve », ces républicains espagnols qui ont libéré Paris !

Mise à jour le 08/08/2019
Les républicains espagnols de la 9e compagnie, rattachée à la 2e division blindée du général Leclerc, furent les premiers soldats alliés à rentrer dans Paris le 24 août 1944. Le rôle de ces hommes fut longtemps oublié avant d’être salué.
Dans la célèbre histoire de la libération de Paris, un fait reste peu connu : l’arrivée de 160 hommes de la 9e compagnie du Régiment du Tchad, rattaché à la fameuse 2e division blindée du général Leclerc, qui furent les premiers à entrer dans Paris dès le 24 août au soir et, plus tard, à atteindre l’Hôtel de Ville.
Particularité, 146 de ces hommes étaient des républicains espagnols. D’où le surnom de « Nueve » - « 9 » en espagnol – donné à cette compagnie. Les républicains espagnols furent donc à la pointe de la libération de la capitale, ce qui explique pourquoi la « Nueve » est maintenant associée à divers lieux de Paris, y compris aux abords de l’Hôtel de Ville où un jardin public porte son nom. Mais cette reconnaissance a été longue à venir.
Les combattants de cette 9e compagnie, qui avaient fui en Afrique du Nord après la victoire de Franco en 1939, ont rejoint les Forces françaises après le débarquement allié en novembre 1942. Ils participent aux combats à partir de décembre 1942 contre l’Afrika Korp en Tunisie. Intégrée à la 2e DB, la compagnie fut placée sous le commandement du Français Raymond Dronne et de l’Espagnol Amado Granell. Composée d’anarchistes, de socialistes, de communistes, etc., la compagnie fut autorisée à arborer les couleurs du drapeau tricolore adopté par la IIe République espagnole. Mieux, les Espagnols donnent à leurs véhicules blindés des noms rappelant la guerre d’Espagne : « Madrid », « Guernica », « Teruel », « Ebro », etc.

Les blindés « espagnols » furent les premiers devant l’Hôtel de Ville

La « Nueve » débarque en Normandie – sur la plage d’Utah Beach – dans la nuit du 31 juillet au 1er aout 1944, elle participe à la fin de la bataille de Normandie et s’illustre dans des combats violents contre les divisions Waffen-SS Adolph Hitler et Das Reich. Le caractère bien trempé et le courage des hommes de la 9e compagnie sont salués.
Ils vont avoir l’occasion de le prouver à nouveau en se retrouvant à l’avant-garde des forces alliées lors de la libération de Paris.
La capitale s’est soulevée le 20 août contre l’occupation allemande. Pourtant, l’état-major allié préférerait contourner Paris pour foncer à l’Est. Leclerc, lui, au contraire, brûle de foncer sur Paris avec sa 2e DB. Il a le soutien de Charles de Gaulle. Le 23, l’autorisation tombe enfin, la compagnie se met alors en route avec toute la division, en direction de Paris. Le 24 août, vers 20 heures, la 9e compagnie, accompagnée d'un peloton de chars, entre dans Paris par la Porte d’Italie. La section du lieutenant Amado Granell est la première à atteindre le centre de Paris peu avant 21h30. Aussi, contrairement à ce que retiendra l’histoire officielle, les premiers véhicules blindés à entrer sur la place de l’Hôtel de Ville n’étaient pas les chars Romilly, Champaubert et Montmirail mais les half-tracks (blindés plus légers armés de mitrailleuses) pilotés par les Espagnols de la « Nueve » et dénommés « Guadalajara », « Teruel », « Guernica » ou encore « Ebro ». Ce dernier tirera les premiers coups de feu contre un nid de mitrailleuses allemandes.
Et, point encore moins connu, le lieutenant Amado Granell, ex-capitaine de l'Armée républicaine et l’un des dirigeants de la « Nueve », est le premier officier allié à avoir été reçu ce soir-là à l’Hôtel de Ville par les représentants du Conseil national de la résistance.
Le 25 août, en attendant la capitulation des forces allemandes à Paris, la « Nueve » reçoit l’ordre de sécuriser la Chambre des députés (le Palais Bourbon, siège de l’Assemblée nationale) ; l’Hôtel Majestic (avenue Kléber dans le XVIe arrondissement), aujourd’hui disparu et qui était le siège du Haut commandement militaire allemand en France, ainsi que la place de la Concorde.

La « Nueve », escorte du général de Gaulle

Le lendemain, c’est l’apogée pour la 9e compagnie. Le gros des troupes alliées entrent dans Paris en triomphe… Et ce sont les Espagnols de la « Nueve » qui sont chargés de former l’escorte du général de Gaulle lors de sa fameuse descente des Champs-Élysées. Ils défilent en portant les couleurs de la Seconde République espagnole. Autre fait peu connu mais hautement symbolique, pendant quelques minutes, sur la place de l’Étoile, au départ du cortège, la « Nueve » déploie une bannière géante avec les mêmes couleurs de la République. Franco protestera ultérieurement, mais le gouvernement français n’en aura cure.
Mais les aventures de la « Nueve » sont loin d’être terminées. La compagnie repart au combat en septembre. Elle s’illustre le 12 à Andelot (Haute-Marne) où elle fait prisonniers 300 soldats allemands. Le 15, elle franchit la Moselle et établit une tête de pont. À Nancy, le 26 septembre, le général de Gaulle, impressionné par la valeur de ces hommes, remet personnellement des décorations au capitaine Dronne et à plusieurs officiers et sous-officiers espagnols de la compagnie. Le 23 novembre, la « Nueve » participe à la libération de Strasbourg, dernière grande ville française libérée. Le 1er janvier 1945, le capitaine Dronne rend hommage à « ses » Espagnols :
« Les Espagnols se sont remarquablement battus. Ils sont délicats à commander mais ils ont énormément de courage et une grande expérience du combat. Certains traversent une crise morale nette due aux pertes subies et surtout aux événements d'Espagne. »
Après une période au repos, la « Nueve » redevient active pour la fin des combats en Allemagne. Le 5 mai, elle participe à la prise du « Nid d’Aigle » d’Hitler à Berchtesgaden.
Preuve de l’engagement et du courage des hommes : à la fin des hostilités, les pertes de la 9e compagnie s'élevaient à 35 morts et 97 blessés. Il ne restait plus que 16 Espagnols actifs dans la « Nueve »…

Une reconnaissance tardive

Après la guerre, le rôle des Espagnols dans la libération de Paris tombe dans l’oubli. L’histoire officielle préférant glorifier l’action des seuls Français… Soixante ans plus tard, le 25 août 2004, la Ville de Paris a enfin rendu officiellement hommage aux Espagnols de la « Nueve ». Une plaque « Aux républicains espagnols, composante principale de la colonne Dronne » a été inaugurée quai Henri-IV, en présence de Bertrand Delanoë, alors maire de Paris, du président du Sénat espagnol, Francisco Javier Rojo, de l’ambassadeur d’Espagne, Francisco Villar, et de deux survivants, Luis Royo Ibañez et Manuel Fernandez.
Des plaques similaires ont été apposées square Gustave-Mesureur (place Pinel, Paris 13e) et au centre de la place Nationale (Paris 13e).
Le 24 février 2010, la Ville de Paris a remis la Grande Médaille de Vermeil aux survivants de la compagnie : Manuel Fernandez, Luis Royo Ibañez et Raphaël Gomez.
En 2015, à Paris, le jardin de l’Hôtel de Ville est renommé « jardin des Combattants de la Nueve ».

Aller plus loin

  • "La Nueve 24 août 1944 : ces républicains espagnols qui ont libéré Paris", Evelyn Mesquida, éd. Le Cherche-midi, Paris, 2011.
  • "La Nueve ou les oubliés de la victoire". Un film d'Albert Marquardt.

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