La Foire du Trône, d'une abbaye à la pelouse de Reuilly, une histoire royale
Le saviez-vous ?
Mise à jour le 24/03/2026
Sommaire
La Foire du Trône revient du 27 mars au 25 mai ! Vous connaissez forcément son nom, mais saviez-vous qu’à l’origine, c’était une foire au pain d’épices, que le trône en question est vraiment celui d’un roi, et qu’elle a aussi une vocation caritative ? Retour sur l’histoire savoureuse (et rocambolesque) de la plus grande fête foraine de France.
La Foire du Trône est de retour !
Foire du Trône - Pelouse de Reuilly - Porte dorée, Paris 12e
Du vendredi 27 mars 2026 au lundi 25 mai 2026
Tout est parti d’une abbaye
C’est à Lothaire, roi des Francs de 954 à 986, que l’on
attribue l’origine d’une tradition ayant donné naissance à la Foire du Trône.
Nous sommes en 957 : une famine touche les habitants du village de Picquepuce (l’actuel
quartier de Bel-Air Picpus). Pour y remédier, des moines de l’abbaye
Saint-Antoine-des-Champs distribuent un pain de leur composition, à base de
miel, de seigle et d’épices – l’ancêtre
du pain d’épices que nous connaissons.
Pour les remercier et renflouer leurs caisses, le roi Lothaire accorde aux religieux le droit de vendre ces petits pains lors des fêtes de Pâques. Cette pratique
s’inscrit durablement dans les traditions du faubourg Saint-Antoine et devient
le cœur d’un marché organisé chaque année dans l’enceinte de l’abbaye. Son
succès est tel qu’il attire progressivement marchands et camelots, donnant
naissance à la foire de Saint-Antoine, puis à la foire aux pains d’épices.
Son emblème est le cochon en pain d’épices
À l’occasion du millénaire de leur foire, en 1957, les forains, déguisés en
moines, offrirent aux passants des petits cochons en pain d’épices. C’est sous
cette forme que les moines antonins auraient créé leur pain d’épices, en
l’honneur de leur saint, Antoine le Grand,
souvent représenté accompagné de cet animal.
Mais il existe une autre interprétation, datant du XIIe siècle. Un important
marché aux porcs se tenait alors sur le parvis de la cathédrale Notre-Dame (Paris Centre), et les animaux
circulaient librement dans les rues. En 1131, le fils du roi Louis VI le Gros, renversé de son cheval par un
troupeau de pourceaux, trouva la mort. Dès lors, une ordonnance royale interdit les
cochons dans la rue, à l’exception de ceux des disciples de Saint-Antoine, qui
durent porter une clochette à leur cou pour se signaler. En remerciement, ils
donnèrent la forme de cochons à leur pain d’épices. Ces petits pains d’épices
sont toujours vendus à la Foire du Trône.
"Le baptême des cochons", pâtissier décorant des cochons en pain d'épice, foire du Trône.
Crédit photo :
Roger Schall / Musée Carnavalet / Roger-Viollet
La place du Trône fut son cœur battant
En 1790, l’abbaye Saint-Antoine-des-Champs est
en partie détruite, avant d’être transformée en hôpital. Mais, dès 1805,
réapparaît une petite fête foraine où le commerce ne constitue plus l’essentiel
de l’activité : des saltimbanques se mêlent désormais à la foire. Occupant une
partie du faubourg Saint-Antoine, ils s’étendent vers la place de Reuilly et la
place de Montreuil, en direction de la barrière du Trône (voir encadré
ci-dessous).
En 1841, les forains sont autorisés à occuper le rond-point de la place du
Trône (future place de la Nation), qui
devient le centre de la foire au pain d’épices. Le nombre de forains ne cessant
d’augmenter, d’autres emplacements sont ajoutés entre 1857 et 1866 dans les
rues avoisinantes. Les Parisiens associent alors cet événement à cette place,
et la foire prend le nom de Foire du Trône.
Promenade de Sa Majesté l'Empereur à la Foire au pain d'épice, barrière du Trône.
Crédit photo :
Musée Carnavalet / Roger-Viollet
Un trône pour le Roi Soleil
Le trône de la Foire est bien celui d’un roi ! En 1660, à l’occasion de l’entrée solennelle de Louis XIV et de son épouse Marie-Thérèse d’Autriche à Paris, un trône est érigé à l’entrée du faubourg Saint-Antoine. Ce lieu devient alors la place du Trône, aujourd’hui connue sous le nom de place de la Nation (mais qui ne prendra ce nom que le 14 juillet 1880). Une porte monumentale, la barrière du Trône, y fut construite plus tard, marquant l’une des limites de la ville.
Elle a failli disparaître
Un droit d’occupation de place est instauré par le préfet Haussmann en 1861. Objectif ? Réguler ce qui devient une foire gigantesque jusqu’en 1880, où l’on recense
plus de 2 000 forains. Elle décline ensuite, mise à mal par les deux
guerres successives. Mais, en 1957, les forains célèbrent son millénaire et la
fête repart en fanfare !
Dans les années 1960, elle est pourtant menacée de disparaître, les
riverains se plaignant des nuisances qu’elle génère. La Ville de Paris propose
alors de ne pas la supprimer, mais de la déplacer. Pour cela, elle cède un
terrain en bordure du bois de Vincennes (12e), appelée pelouse de
Reuilly. La « nouvelle » Foire du Trône est inaugurée en 1964.
On y croisait des phénomènes de foire
Fini la simple dégustation de pains d’épices ! C’est au tour des femmes à barbe, des
frères siamois, des hommes-canon et des dompteurs de fauves de s’approprier la
Foire du Trône. Les trains fantômes font ensuite leur apparition, puis les
carrousels avec des manèges de toutes sortes. Avec l’arrivée de l’électricité
et l’électronique, les machines deviennent de plus en plus techniques et
imposantes. Aujourd’hui, la foire est d’ailleurs le plus important rendez-vous forain de France, avec le plus grand huit démontable de l’Hexagone (entre autres). De quoi faire palpiter les cœurs !
D’ailleurs, en signe de générosité, l’intégralité des bénéfices des entrées de la soirée inaugurale est reversée chaque année à une association caritative. En 2026, ce sera au profit de Princesse Margot, qui soutient les
enfants atteints de cancer et leurs familles.
Manège de chevaux de bois à la Foire du Trône. Paris, 1908.
Crédit photo :
Jacques Boyer / Roger-Viollet
Manège de la Foire du Trône, place de la Nation. Paris, 1941.
Crédit photo :
LAPI / Roger-Viollet
Foire aux pains d'épices. Paris, vers 1930.
Crédit photo :
Roger-Viollet / Roger-Viollet
Les baraques de la Foire au pain d'épice, place du Trône vers 1894-1895.
Crédit photo :
Léon & Lévy / Roger-Viollet
Manège avec dirigeables "Astra" et "Adjudant Vincenot", Foire du Trône. Paris (12e arr.), 1933.
Crédit photo :
Roger Schall / Musée Carnavalet / Roger-Viollet
Foire aux Pains d'Epices. Paris, 1921.
Crédit photo :
Maurice-Louis Branger / Roger-Viollet
Bibliographies
> De la Foire au pain d’épice à la Foire du trône, Agnès Rosolen et Lionel Mouraux, Éditions L.M, 1985
> 50 ans de la foire du Trône, livre d’or, Édition de la Ville de Paris, 2014
> 50 ans de la foire du Trône, livre d’or, Édition de la Ville de Paris, 2014
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