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L’hôtel de Lauzun, trésor caché de l’Île Saint-Louis

Mise à jour le 04/11/2020
C’est un véritable petit joyau méconnu du patrimoine de la Ville de Paris qui se cache derrière une jolie et sobre façade au 17, quai d’Anjou (Paris Centre) sur l’Île Saint-Louis. Visite à travers les siècles.
Impossible de l’extérieur de deviner que l’hôtel de Lauzun, bâti au XVIIe siècle mais maintes fois restauré et transformé, abrite sur ses deux étages et ses 1310 m2 quelques splendeurs dignes des palais vénitiens : plafonds en bois sculptés « à la française » ou plats et peints « à l’italienne », or des boiseries, etc.
Et que dire de la magnifique enfilade de quatre pièces aux tailles décroissantes et aux décors chatoyants – dont un magnifique salon de musique – située au deuxième étage… Ici tout est calme, luxe et volupté. Cheminées, peintures murales, miroirs, plafonds attirent magnétiquement le regard.

Un flamboyant duc de Lauzun

Classé aux Monuments Historiques en 1906, l’hôtel a connu une vie agitée. Le premier propriétaire, Charles Gruyn, un négociant enrichi, voulait montrer sa réussite en se faisant construire un hôtel particulier. Pour ce faire, En 1656, il fait appel à l’architecte Charles Chamois (second architecte de Le Vau). Mais c’est le nom du propriétaire suivant qui donne son nom à l’hôtel : Antonin Nompar de Caumont, flamboyant duc de Lauzun. Un noble connu pour son arrogance et ses frasques multiples qui aurait été le mari secret de la Grande Mademoiselle, cousine germaine de Louis XIV.
Au cours du XVIIIe siècle se succèdent de nombreux acquéreurs mais progressivement, l’hôtel est délaissé. Dans la demeure à l’abandon, des artisans installent leurs ateliers et précipitent la dégradation des lieux.

La bohème et le « club des Haschischins »

En 1842, un amateur d’art fortuné, le baron Pichon, acquiert l’hôtel et lui redonne son lustre d’antan après d’importants travaux de restauration. L’aristocrate loue une partie des lieux à des écrivains : Charles Baudelaire, Théophile Gautier, Roger de Beauvoir qui mènent une vie de bohème et organisent des dîners où ils consomment une confiture verte, notamment à base de haschisch, formant ainsi le fameux « club des Haschischins ». A la mort de Pichon, l’hôtel est encore une fois vendu.
En 1928, la Ville de Paris en fait l’acquisition. Depuis cette date, l’hôtel sert de cadre exceptionnel pour des dîners officiels (réceptions de la reine Élisabeth II d’Angleterre, du roi Juan Carlos d’Espagne, etc.), concerts, tournages de films, enregistrements d’émissions (notamment France Culture), colloques, etc. Depuis 2013, l’hôtel abrite également L’Institut d’études avancées de Paris (IEA), un centre de recherche international de très haut niveau dédié aux sciences humaines et sociales. Autant d’usages qui permettent à cet écrin d’histoire d’émerveiller les époques qu’il traverse.

Un édifice à la pointe de la recherche

L’IEA est un institut de recherche international dédié aux sciences humaines de très haut niveau. Symbole de l’attractivité intellectuelle et scientifique de Paris, il est installé dans les murs de l’hôtel de Lauzun depuis 2013, via une convention de 10 ans (renouvelable) conclue avec la Ville de Paris. Un « agenda partagé » avec la mairie permet une occupation en bonne entente des locaux entre les activités de l’IEA et les autres fonctions de l’hôtel gérées par la Ville.
Annuellement, 25 chercheurs de toutes nationalités, sélectionnés selon des critères très exigeants, sont pris en charge à l’IEA pour une durée de 5 à 10 mois. Libérés de l’obligation d’enseigner, ils peuvent entièrement se consacrer à leurs recherches et bénéficier de nombreux échanges multidisciplinaires : droit, sciences politiques, sociologie, etc.

Un drôle de cadran solaire

Sur le mur nord de l’hôtel, on découvre un cadran solaire où il est encore possible de lire les repères gravés en chiffres romains. Un cadran solaire ? Pas tout à fait. Il reste à Paris très exactement 26 cadrans solaires sur les murs d’anciens hôtels particuliers… dont trois dans l’Île Saint-Louis. Mais la particularité de celui de l’hôtel de Lauzun est d’être, en réalité, une méridienne, c’est-à-dire un cadran ne fonctionnant qu’en milieu de journée, de onze heures du matin à deux heures de l’après-midi.
Et pour cause : faute d’ensoleillement suffisant dans la cour, il n’a pas été possible d’installer un « vrai » cadran solaire avec ses 12 lignes horaires. La méridienne de Lauzun n’est plus en état de marche depuis 1957, année de la disparition du disque perforé qui filtrait la lumière.

Un site peu visité

Si les visites de l’Hôtel de Ville de Paris sont très demandées, il n’en va pas de même pour l’hôtel de Lauzun. « C’est un véritable joyau méconnu », explique Christiane Dijeaux, conférencière de la Ville de Paris, dont le service des relations publiques est rattaché à la Direction de l’information et de la communication (Dicom) de la Ville. « Pourtant, Lauzun peut se visiter en s’inscrivant par mail à ivfvgrf.uqi@cnevf.se[visites.hdv puis paris.fr après le signe @]. Mais en raison de l’exiguïté des lieux et de la crise sanitaire, nous n’accueillons plus que des groupes de 9 personnes ».

La conférencière a néanmoins de quoi s’occuper avec les multiples activités de Lauzun. « On travaille avec la Mission cinéma de la Ville car l’hôtel est très demandé pour des tournages (Vatel, Le Roi danse, etc.), il est aussi privatisé pour des réceptions et de nombreux séminaires y sont organisés. »
À lire : Hôtel de Lauzun, trésor de l’Île Saint-Louis, de Raymond Boulhares et Marc Soléranski (Éd. Artelia).

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