1 lieu, 3 histoires : l’église Saint-Gervais-Saint-Protais
Mise à jour le 11/06/2026
C’est l’une des plus anciennes églises de Paris, et longtemps aussi l’une des plus discrètes. La donne a changé avec l’aménagement, devant ses portes, du jardin mémoriel dédié aux victimes des attentats du 13 novembre 2015. Depuis, l’église Saint-Gervais-Saint-Protais attire un nombre croissant de visiteurs et de curieux.
#1 Victime d’un bombardement
En plein office du Vendredi Saint, le 29 mars 1918, un obus frappe l’église Saint-Gervais-Saint-Protais (Paris Centre). Une partie de la voûte s’effondre sur les fidèles. Bilan officiel : 91 morts et une soixantaine de blessés. C’est un canon allemand de très longue portée – il est installé à 140 kilomètres de la capitale ! –, mais à la précision médiocre, qui a touché le lieu saint… L’objectif des belligérants : terroriser et désorganiser Paris. Le choc émotionnel est majeur dans la Ville Lumière et l’événement a un retentissement à l’international. Aujourd’hui, une chapelle commémorative, située dans l’aile côté sud, est dédiée aux victimes.
Si le bilan humain est lourd, la perte patrimoniale est limitée, les vitraux ayant été déposés par mesure de protection dès le début de la guerre. La charpente est quant à elle reconstruite progressivement dans l’entre-deux-guerres. Quelques impacts et marques du bombardement subsistent sur des piliers du transept sud.
#2 Un nom de jumeaux
Gervais et Protais étaient frères jumeaux. Selon la tradition, ils furent martyrisés à Milan (Italie) durant l’Antiquité romaine pour avoir refusé de renier leur foi et de sacrifier à Jupiter. Depuis, les deux saints demeurent indissociables dans la tradition chrétienne, comme ils le sont, statufiés, aux extrémités de la façade de l’église dominant la place Saint-Gervais. Placé sous leur double patronage, l’édifice témoigne de l’importance de leur culte à Paris dès le haut Moyen Âge. Aujourd’hui, ils veillent sur les victimes des attentats du 13-Novembre. Les deux martyrs sont également représentés à l’intérieur de l’église à travers plusieurs peintures murales, un vitrail et deux statues en bois placées de part et d’autre de l’autel.
Gervais et Protais ont pour attributs la dalmatique ou toge, la palme du martyr, l'épée pour saint Protais et le fouet ou la corde pour saint Gervais. Ils sont fêtés le 19 juin.
#3 Des siècles de vitraux
Le lieu abrite un véritable « kaléidoscope » de verrières, datant de la fin du XVe au XXIe siècle : des vitraux médiévaux colorés représentant des épisodes de la vie de Marie-Madeleine et de la Passion du Christ, des vitraux en verre blanc installés au XVIIIe siècle pour favoriser la luminosité, ainsi que la composition abstraite d’Anne Le Chevallier (1976), intégrée dans la partie basse d’une baie médiévale, en dialogue avec un vitrail du XVIe siècle conservé dans la partie haute.
Le contraste est marqué avec les œuvres de Sylvie Gaudin, commandées en 1990 par les Fraternités monastiques de Jérusalem pour habiller plusieurs baies restées sans décor. L’artiste y déploie des couleurs intenses et un langage formel contemporain pour illustrer des épisodes de la vie du Christ.
Une campagne plus récente, menée dans les années 2000, a permis l’intégration des vitraux du maître verrier Claude Courageux, inspirés de l’Ancien Testament. Sur le vitrail reproduisant Moïse recevant les Tables de la Loi – endommagé lors de l’orage de grêle de mai 2025 –, l’artiste s’est représenté sous les traits du prophète.
> 1616 : la façade est enfin entamée dans un style d’inspiration gréco-latine
> 1644 : Madame de Sévigné se marie à l’église Saint-Gervais-Saint-Protais
> 1827-1844 : le lieu est restauré par Victor Baltard
> 1918 : un obus tiré par les troupes allemandes atteint l’église
> 1975 : les Fraternités monastiques de Jérusalem s’y établissent
Settings Text Html