La renaissance de l'église Saint-Augustin

4,2 millions d'euros sont consacrés à la restauration de l'église Saint-Augustin (8e). Reportage aux côtés des ouvriers et artisans d'art (tailleurs, sculpteurs, couvreurs...) qui redonnent vie à cet édifice emblématique du Second Empire.

C'est la renaissance d'un chef d'œuvre : l'église Saint-Augustin (8e) construite de 1860 à 1871 sur des plans de Victor Baltard –l'architecte des Halles– est l'un des édifices religieux emblématiques du Second Empire. Débutée en septembre 2016, la restauration de sa façade principale est en cours d'achèvement. Ce chantier d'envergure de 4.2 millions d'euros (financé par la Ville et par le ministère de la Culture) s'inscrit dans le plan de la Ville de Paris en faveur du patrimoine cultuel : de 2014 à 2020, 80 millions sont ainsi consacrés à sa sauvegarde et à sa restauration, auxquels s'ajoutent des financements de l'État et des fonds privés. Par exemple, la pose d'une bâche publicitaire sur la façade de Saint-Augustin a permis de couvrir un tiers du montant des travaux.

Au cœur du chantier

Pour découvrir l'ampleur des travaux, prenons de la hauteur. Casque sur la tête, nous gravissons les 19 niveaux d'échafaudages posés le long de la façade principale de Saint-Augustin. Les équipes s'affairent pour redonner vie aux maçonneries en pierre de taille, aux décors mais aussi aux sculptures dont certaines étaient très dégradées.  Premiers concernés : les tailleurs de pierre.

Benjamin, chef d'équipe des tailleurs de pierre à Saint-Augustin

«Nous avons reposé 70 m3 de pierre, sans compter les sculptures», détaille Benjamin, chef d'équipe chez Chevalier (en photo ci-dessus), l'une des entreprises investies sur le chantier. Le lift (ascenseur) a fonctionné à plein régime, pour monter les pierres : certaines pesaient jusqu'à 600 kilos l'unité !    

Tailleurs et sculpteurs de pierre

Puis, c'est un travail de précision qui s'engage. Et à chacun sa spécialité: «Les tailleurs n'ont pas la même approche de la matière que les sculpteurs, décrypte Benjamin. Notre travail est plus géométrique : on fournit la pierre et on la taille, pour des moulures, des faces droites et des colonnes. Eux travaillent davantage dans la profondeur». Ultime étape : la pose d'une patine (un mélange de chaux et de cumin) pour harmoniser la couleur de la pierre sur les parties restaurées ou non.

Emilie, sculptrice sur pierre à Saint-Augustin

Au pied d'une statue de Saint-André, une jeune femme manie un mini marteau piqueur avec dextérité. La mission d'Émilie (en photo ci-dessus) : ressusciter la main de l'apôtre. «J'ai d'abord fait une proposition en plâtre à l'architecte, explique la sculptrice. Une fois qu'elle a été validée, je taille directement dans le bloc». Un travail d'une grande précision, en suivant l'ultime consigne de l'architecte: «faire attention au raccord entre le pouce et le poignet». 

Il y a peu d'églises où l'on retrouve autant de statues

Émilie,
sculptrice sur pierre

Pour Émilie, Saint-Augustin est une restauration exceptionnelle : «Il y a peu d'églises où l'on retrouve autant de statues», se réjouit-elle. Si certaines, très dégradées, ont été patiemment restaurées, d'autres sont entièrement remplacées, tels des groupes de chérubins, des anges et des statues de saints. Vous pourrez d'ailleurs découvrir ces sculptures devant l’église le vendredi 3 novembre (place Saint-Augustin), avant qu'elles soient hissées pendant le week-end suivant sur l'édifice.

Eric et Daniel restaurateurs des vitraux sur Saint-Augustin

Une rosace de 8 mètres de diamètre à 20 mètres de hauteur : l'espace de travail d'Éric et Guillaume est l'un des plus spectaculaires du site. Leur mission : la restauration et le nettoyage de la grande verrière. Pièce par pièce, c'est un vaste puzzle de 85 éléments qu'ils ont dû reconstituer ! «La nouveauté est la pose d'une verrière de doublage pour protéger l'ensemble de la rosace», précise Éric. La couleur orange actuelle –celle d'un antirouille– laissera bientôt la place à de la feuille d'or, appliquée prochainement.

Du verre, de la pierre... et du plomb : c'est la spécialité de Christian et Daniel. Les deux couvreurs ont, eux aussi, beaucoup utilisé le «lift» pour monter les matériaux dans les hauteurs de Saint-Augustin. «Certaines plaques pèsent 300 kilos», explique Christian. Un travail de longue haleine. Avant la pose du plomb (réputé pour sa  très grande résistance), un long travail de préparation a été nécessaire depuis juin dernier.

En images: la renaissance de Saint-Augustin

Trois questions sur une restauration majeure


«On ne pouvait pas laisser les pierres fondre comme des sucres»

Interview de Laurence Fouqueray, chef du département des édifices cultuels et historiques de la Ville de Paris.

Pourquoi une rénovation d’ampleur était-elle nécessaire ?

On ne pouvait pas laisser les pierres de Saint-Augustin fondre comme des sucres : c’est un édifice emblématique des bâtiments religieux construits sous le Second Empire. L’église joue un rôle important pour l’urbanisme du quartier, sur l’une des plus grandes perspectives de Paris, le boulevard Malesherbes. Depuis l’an 2000, on a cherché à rénover des bâtiments du XIXe siècle : auparavant, on reprenait en priorité les plus anciens. Il y avait déjà eu des réparations et des nettoyages, mais aucune restauration majeure. Si on n’avait pas engagé ce chantier, il y avait le risque, par exemple, de voir disparaître des sculptures en façade.

Pourquoi un tel budget pour cette restauration ?

Sur un tel bâtiment, on intervient sur des grandes hauteurs, ce qui entraîne des installations conséquentes. Le renouvellement des pierres avec des décors sculptés représente aussi un budget important pour la taille. Les personnels du chantier ont à la fois une connaissance fine des matériaux et du style dans lequel ils travaillent. Autre particularité de Saint-Augustin : on restitue à l’identique des groupes de chérubins et différentes statues en pierre. Cette statuaire a un rôle important pour la lecture architecturale et liturgique de l’église.

Et les prochains chantiers ?

La rénovation de Saint-Eustache (1er) devrait s’achever en mars, celle de l’église de la Madeleine (8e) en avril prochain. En 2018, nous débuterons les travaux à Saint-Merri (4e), à Sainte-Croix des Arméniens (3e) et à Saint-Philippe-du-Roule (8e).     

Plus d'infos sur le plan de Paris pour la sauvegarde du patrimoine cultuel

Dernière mise à jour le mercredi 4 octobre 2017
Crédit photo : François Grunberg / Mairie de Paris

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