Santé mentale : un enjeu collectif au cœur des priorités parisiennes

Interview

Mise à jour le 10/04/2026

Santé mentale
Amplifiés par la crise sanitaire, les troubles psychiques concernent tous les publics. Face à cet enjeu, Paris renforce la coordination des acteurs, développe des initiatives et facilite l’accès aux soins. Interview d’Anaëlle Couillet, cheffe du pôle santé mentale à la Ville de Paris.

La santé mentale a été désignée grande cause nationale l’an dernier et reconduite cette année, avec un fort engagement de la Ville. Pourquoi cet intérêt aujourd’hui ?

Selon moi, cette attention accrue s’explique en grande partie par les effets de la crise du Covid-19. Elle a agi comme un révélateur et un amplificateur de troubles déjà existants, notamment les troubles anxieux et dépressifs, en particulier chez les jeunes. Cela a contribué à rendre la problématique beaucoup plus visible et à susciter un véritable portage politique.
Pour autant, les difficultés dans le champ de la santé mentale ne datent pas d’hier. Le secteur de la psychiatrie est en tension depuis longtemps. La crise sanitaire est venue accentuer des fragilités déjà présentes. Quant à la reconduction de cette priorité, elle tient aussi au contexte politique de l’an passé, qui n’a pas permis de s’en saisir pleinement.

On observe aussi une multiplication des initiatives dans le cadre du Mois de la santé mentale. Une volonté de toucher un public plus large ?

Oui, et cela traduit surtout une réalité essentielle : la santé mentale ne relève pas uniquement du champ médical. C’est un véritable enjeu de santé publique, mais aussi un sujet profondément sociétal. Elle concerne tous les secteurs : le social, le médico-social, l’éducation, la culture…

La programmation du Mois de la santé mentale reflète cette mobilisation collective : tous les acteurs ont un rôle à jouer pour améliorer la qualité de vie des Parisiennes et des Parisiens.

Anaëlle Couillet
cheffe du pôle santé mentale à la Ville de Paris
À la Ville de Paris, nous travaillons avec de nombreuses directions. Certaines peuvent sembler éloignées de ces enjeux, comme la direction des Affaires culturelles (DAC), et pourtant, elles jouent un rôle important. Les bibliothèques, par exemple, accueillent des publics variés, dont des personnes en souffrance psychique. Elles doivent donc adapter leur accueil et leurs pratiques.
La programmation du Mois de la santé mentale reflète cette mobilisation collective : tous les acteurs ont un rôle à jouer pour améliorer la qualité de vie des Parisiennes et des Parisiens.
Mois de la santé mentale : 30 jours pour déstigmatiser
Du mercredi 01 avril 2026 au jeudi 30 avril 2026

Existe-t-il des populations plus particulièrement concernées par les troubles psychiques ?

La santé mentale concerne tout le monde. Néanmoins, certaines populations sont davantage exposées à des risques de souffrance psychique. Les jeunes, par exemple, font l’objet d’une attention particulière, principalement en raison de la hausse des troubles anxieux et dépressifs observée depuis la crise sanitaire.
D’autres publics présentent des vulnérabilités spécifiques. Les personnes âgées, par exemple, sont particulièrement concernées par le décès par suicide, les hommes en particulier.
De manière générale, il faut raisonner selon les facteurs de risque. Plus une personne cumule des fragilités – précarité sociale, isolement, violences, parcours de protection de l’enfance –, plus le risque de développer des troubles psychiques augmente. Certains troubles touchent davantage certains groupes (selon le genre, la profession, etc.).

Malgré cette prise de conscience, certaines personnes restent éloignées des dispositifs d’aide. Pourquoi ?

Il existe encore des obstacles importants. L’accès à l’information est parfois limité, spécialement pour les publics les plus éloignés du soin. La stigmatisation joue également un rôle majeur : la honte ou la peur du regard des autres peuvent freiner le recours à l’aide. Et, évidemment, l’accessibilité pour des raisons de manque de lisibilité des différentes offres d’accompagnement et pour des raisons économiques, ou encore le manque de disponibilité de certaines ressources.
Même si la parole se libère, elle reste souvent portée par des profils déjà visibles médiatiquement, ce qui peut invisibiliser les situations les plus précaires. Il reste donc un travail de fond à mener : informer, déstigmatiser, former les professionnels et encourager des témoignages variés. C’est un travail de long terme.

Quel rôle joue la Ville de Paris dans ce domaine ?

La Ville agit à plusieurs niveaux. L’un des axes majeurs est la coordination entre les acteurs. Cela passe notamment par les conseils locaux de santé mentale (CLSM), présents dans certains arrondissements. Ils permettent de structurer les échanges, d’identifier les besoins et de développer des réponses adaptées à l’échelle locale. La Ville agit aussi en matière de prévention, d’information et de déstigmatisation, ainsi que dans le soutien aux professionnels de première ligne.

Dans les centres médico-sociaux, ces consultations sont ouvertes à tous, y compris aux personnes sans couverture maladie.

Anaëlle Couillet
cheffe du pôle santé mentale à la Ville de Paris
En parallèle, elle développe des dispositifs complémentaires, comme les consultations psychologiques dans les centres de santé municipaux, sur prescription, mais accessibles sans avance de frais. Dans les centres médico-sociaux, ces consultations sont ouvertes à tous, y compris aux personnes sans couverture maladie.
Plus largement, l’offre en santé mentale est présente dans de nombreux dispositifs municipaux : établissements pour la petite enfance ou pour personnes âgées, structures d’hébergement, services sociaux… Elle est intégrée de manière transversale, ce qui permet de toucher des publics variés.

À partir de quand faut-il envisager de demander de l’aide ?

Dès lors qu’un mal-être s’installe et dure dans le temps. La santé mentale s’inscrit dans un continuum : chacun peut, au cours de sa vie, osciller entre bien-être et mal-être, avec ou sans trouble psychique. Ce n’est pas uniquement la présence d’une pathologie qui compte, mais le ressenti de la personne.
Les premières ressources peuvent être les proches. Mais il existe aussi des dispositifs à Paris pour s’informer et s’orienter : centres de ressources, lignes d’écoute, professionnels de santé. Le premier réflexe reste souvent le médecin traitant, comme pour tout problème de santé.
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