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Série

Rima Ayadi : « La boxe est un sport où il faut se relever, comme dans la vie »

Mise à jour le 25/02/2021
Nouvel épisode de notre série « Ils et elles font le sport à Paris », qui met en valeur les clubs et les sportifs parisiens. Rencontre avec Rima Ayadi, championne de boxe anglaise, envers et contre tous.
Montée sur le ring pour la première fois en 2017, Rima Ayadi s’est emparée du titre de championne de France de boxe anglaise en décembre 2020, et vise désormais les Championnats du Monde. Un parcours atypique pour celle qui prétendait « ne pas aimer le sport », et une ascension fulgurante, alors que personne ne la voyait réussir dans ce « sport d’homme » qu’elle a commencé sur le tard. La rage aux poings, Rima Ayadi se bat aujourd’hui pour mettre en avant le sport féminin et encourager les femmes au dépassement de soi.

Vous êtes aujourd’hui championne de France de boxe anglaise. Quel est votre parcours ?

J’ai commencé la boxe en 2016. J’avais alors 26 ans, et 20 kilos en plus ! Je vivais à l’époque une épreuve personnelle difficile, et un ami entraîneur de boxe thaï m’a proposé d’essayer. Je suis donc entrée dans une salle de sport un peu par hasard, sans être vraiment convaincue, parce que je n’aimais pas le sport.
Quand j’ai découvert le sac de frappe, j’ai ressenti des sensations très fortes. J’avais besoin de me défouler, j’ai vraiment eu un coup de cœur. Dès la première frappe, j’ai su que je n’allais plus lâcher la boxe. J’ai décidé de m’inscrire dans un club à Aubervilliers, celui qui a formé la médaillée olympique Sarah Ourahmoune.

Quand j’ai gagné mon premier combat, tout le monde a compris de quoi j'étais capable.

Rima Ayadi
Championne de France de boxe anglaise
Dès que j’ai commencé à m’entraîner, j’ai eu l’ambition de faire un combat. Mon entourage me disait pourtant que c’était impossible. On me conseillait de rester dans une pratique de loisir sauf mon père qui n’est plus là aujourd’hui.
Je me suis mise corps et âme dans l’apprentissage de ce sport et je me suis challengée en m’inscrivant seulement deux mois après mes débuts à une compétition. Ce jour-là, quand j’ai gagné mon premier combat, tout le monde a compris de quoi j'étais capable.

Tout ce qu'on vit sur un ring de boxe, on le vit dans la vie de tous les jours.

Rima Ayadi
Championne de France de BOXE ANGLAISE
Après avoir atteint mon premier objectif, je m’en suis fixée un deuxième : devenir sportive de haut niveau. Je me suis entrainée extrêmement dur dans les mois qui ont suivi et j’ai enchainé énormément de compétitions à travers la France. J’ai été repérée par le sélectionneur national d’équipe de France féminine, et à 27 ans je suis entrée en équipe de France. J’ai fait une quarantaine de combats amateurs avec plus d’une trentaine de victoires. Je suis allée jusqu’en quart de finale aux championnats d’Europe. Par la suite, j’ai été sélectionnée dans les rangs professionnels. Aujourd’hui, j’ai à mon actif quatre combats, quatre victoires, et je suis championne de France !

Vous qui n’aimiez par le sport, qu’avez-vous trouvé dans la boxe ?

La boxe est véritablement le sport qui demande le plus fort dépassement de soi. Ce n’est pas qu’un effort physique, c’est aussi un effort mental. C’est un sport où on peut prendre des coups, et où on doit en mettre. C’est un sport où il faut se relever, comme dans la vie. C’est un sport où quand l’adversaire est plus fort, il faut trouver des alternatives pour prendre le dessus. Tout ce qu’on vit sur un ring de boxe, on le vit dans la vie de tous les jours.

Votre carrière de boxeuse professionnelle a-t-elle impliqué des sacrifices ?

Quand je prépare une compétition, je n’ai pas beaucoup de moment de plaisir et je dois suivre un régime drastique parce que j’ai une catégorie de poids à respecter. Il faut oublier les repas de famille ou entre amis. J’ai une vie sociale un peu réduite en période de préparation parce que je ne peux pas me permettre de faire n’importe quoi. J’ai une hygiène de vie et un rythme de sommeil à respecter. Ma vie est à la salle. En ce moment je m’entraine deux fois par jour et comme je n’ai pas les moyens de me loger à côté de ma salle d’entrainement, je me repose sur place.

Quel est votre moteur, ce qui vous fait avancer ?

Mon plus gros moteur, ça a été de vouloir étonner tout le monde. Maintenant que j’ai pris ma revanche sur les personnes qui ne croyaient pas en moi, je suis animée par la volonté de rendre hommage à mon papa. Je souhaite également mettre en avant le sport féminin et être porteuse d’un message positif.

J'ai l'intention de créer ma propre association. L'objectif sera d'encourager le public féminin et les jeunes à des projets de remobilisation de soi par le sport.

Rima Ayadi
Championne de France de Boxe anglaise
J’ai l’intention de créer ma propre association. L’objectif sera d’encourager le public féminin et les jeunes à des projets de remobilisation de soi par le sport. Le sport m’a redonné confiance en moi, et je voudrais transmettre cela.

Quels sont vos prochains objectifs ?

Le premier objectif, c’est les championnats d’Europe et juste après, les championnats du Monde. Je pense également à Paris 2024.
Je voudrais aussi être représentante du sport féminin. Je pense que mon parcours un peu atypique peut être un exemple pour pas mal de femmes qui aimeraient se lancer mais qui n’osent pas.

Rencontre-t-on encore des difficultés quand on est une femme et qu’on veut faire de la boxe ?

On en rencontre encore mais c’est à nous de nous imposer par nos résultats. Je vois bien la différence maintenant que j’ai un titre de championne de France. Avant j’avais droit à des remarques comme « tu n’as pas peur de te faire mal ? » ou « c’est un sport de mec »…. C’est à nous, les femmes, de montrer qu’on peut faire des prestations de très haut niveau et qui vont plaire à tout le monde. Il ne faut pas se cacher derrière le fait qu’on a moins de chance, même si c’est vrai.

C'est à nous, les femmes, de montrer qu'on peut faire des prestations de très haut niveau et qui vont plaire à tout le monde.

Rima Ayadi
Championne de France de Boxe anglaise
Il a été difficile pour moi de trouver un entraineur au début. Celui que j’ai contacté ne voulait pas de moi quand je l’ai appelé. J’ai insisté en lui disant que j’étais sûre que je deviendrai une championne et il m’a laissé faire une séance d’essai. Aujourd’hui, j’ai rejoint le club BAM L’héritage aux Mureaux (78), le meilleur club de France, une institution de champions.
Aujourd’hui, je m’entraîne dans une salle où il y a majoritairement des garçons. On est seulement trois filles avec Amina Zidani et Wassila Lkhadiri. L’entraineur Abadila Hallab, très connu dans le monde de la boxe, n’avait jamais encadré de filles et n’était pas très emballé parce qu’il avait des préjugés. Il nous a testées sur quelques séances et aujourd’hui, il est très content d’avoir des filles dans son club. Il avoue même qu’on est plus déterminées que les garçons !

Avez-vous le sentiment que les gens ont des idées reçues concernant les boxeuses ?

Oui. Il y a deux types d’idées reçues. D’un côté celle que la boxe est un sport masculin, trop compliqué pour une femme. De l’autre, l’idée qu’une femme boxeuse peut être défigurée, devenir trop masculine ou avoir du mal à avoir des relations amoureuses.
Tous ces clichés qu’on entend depuis des années proviennent de personnes qui ne connaissent pas le sport. La boxe n’est pas un sport d'homme, c’est un sport tout simplement. Il faut casser ces idées reçues en s’intéressant au sport féminin. Je suis entourée de beaucoup de boxeuses et j’en connais très peu qui correspondent à cette image de femme masculine.

Comment vivez-vous la crise sanitaire en tant que boxeuse ?

Avec la crise sanitaire, tout a été annulé. La fermeture des billetteries a entrainé l’arrêt total des compétitions de boxe. On dépend des promoteurs qui organisent les évènements et donc, du public. Pour les Championnats de France, j’ai dû me débrouiller toute seule et devenir mon propre promoteur. J’ai été frapper à la porte d’entreprises pour leur demander de m’aider financièrement. Grâce à Créo et Créative, deux associations qui aident les personnes voulant développer un projet, j’ai pu récolter les fonds nécessaires et par la suite obtenir ma ceinture de championne de France.

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