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Reportage

Dans les coulisses du périphérique

Mise à jour le 29/10/2019
Superstructure, hors-normes, titanesque… Les superlatifs foisonnent pour qualifier le périphérique parisien, l'axe le plus fréquenté d’Europe. Peu le savent, mais c’est un service de la Ville de Paris qui en assure la gestion et la maintenance. Nous avons suivi l’une des équipes de nuit qui réparent notre chaussée. Reportage.
De nuit et sans trafic automobile, le périphérique dévoile un autre visage. Il est 21 heures en ce lundi d’octobre. Au moment où beaucoup dînent encore, les équipes de la Ville entrent en action pour préparer une fermeture. Ce soir-là, c'est le tronçon porte de Bagnolet - porte Maillot qui est concerné, soit à peu près 15 km de voirie. Quittant le poste de commandement (PC), les voitures des agents de la Direction de la voirie et des déplacements (DVD) s’élancent aux côtés de celles de la police, gyrophares allumés. Car Ville et Préfecture travaillent main dans la main pour assurer la bonne gestion du périphérique ; ils partagent d'ailleurs le même PC dans le 13e, porte d’Ivry.

63 agents, 6 nuits par mois

Ils ne sont que 63 agents à appartenir au service de la section des tunnels, des berges et du périphérique. Ce sont eux qui sont à la tâche six nuits par mois, de 22h30 à 5h, sur le bitume. A eux l’entretien de la chaussée et des équipements - 198 caméras, 50 000 sources d’éclairage -, tandis que la police interviendra en cas d’accidents ou d’infractions.
Durant ces quelques heures, le périphérique leur appartient. Ils y ont leurs habitudes. Les nombreux professionnels (soudeurs, électriciens, ingénieurs, conducteurs de travaux, etc) peuvent s'apercevoir de loin mais chacun semble apprécier sa tranquillité dans son coin de périph. L’atmosphère y est chaleureuse et sobre. Peut-être en raison du temps qui est compté, de la dureté d’évoluer en extérieur ou de la multitude d’entreprises présentes ?

Une heure pour tout mettre en place

Le temps presse. Les agents disposent d’une heure pour bloquer les accès et aiguiller les automobilistes vers une sortie. Là encore, c’est un travail commun avec les policiers qui installent un barrage mobile pour ralentir la circulation et dirigent ensuite les automobilistes vers une sortie. Juste devant les véhicules de police, les agents de la Ville entament un surprenant ballet de dépôt de plots, de mise en place de barrières cadenassées avec lampes et panneaux annonçant la fermeture temporaire. Rapidité et précision.
A 22h15, après des vérifications par téléphone, le secteur est balisé et désert. Faute de repères habituels, on se croirait dans un jeu vidéo ou une mégapole du 22e siècle. Une - relative - tranquillité, des voitures circulant toujours dans le sens opposé, qui déconcerte. Avec une sortie tous les 900 m, il est difficile de se repérer sur cet anneau de 35 km lorsqu’il est vide.
C’est alors qu’entrent en piste les engins de chantier, véritables mastodontes urbains. La Ville a recours également à des sociétés de travaux publics pour la réfection de la chaussée (l’enrobage). Des travaux réalisés sous le contrôle des responsables de cette section des tunnels, des berges et du périphérique de la DVD, présents sur place.
11 tunnels sous surveillance Mont-Blanc
Avec 23 tunnels à gérer dont 11 de plus de 300 mètres, les agents municipaux gèrent des ouvrages potentiellement dangereux. Soumis à la législation dite "Mont-Blanc", tout tunnel de plus de 300 mètres nécessite des équipements et une maintenance accrue (issues de secours, éclairage renforcé, énormes ventilateurs pour dissiper les fumées en cas d'incendie, mais aussi des exercices grandeur nature de scénario catastrophe, plusieurs fois dans l'année). C'est à la suite de l'incendie du tunnel du Mont-Blanc en 1999 (39 victimes) qu'a été adopté un ensemble de mesures techniques pointues. Et même avec un trafic record, il n'y a que 5 accidents et 15 pannes par jour en moyenne sur le périphérique parisien.

10 000 arbres et 44 hectares d'espaces verts

Impossible à réaliser de jour sans créer des embouteillages monstres qui paralyseraient l’activité, la maintenance consiste à entretenir le bitume, réparer les joints de dilatation, l’éclairage et à prendre soin des 10 000 arbres répartis sur les 44 hectares d’espaces verts que compte cette infrastructure. Et ce n’est pas tout : surveiller le niveau de la Seine et la sécurité des tunnels font partie également des attributions de la Ville. Pendant que la cité dort, les agents s'activent pour que les usagers bénéficient le lendemain matin d'une chaussée dégagée d’obstacles.

Nous avons eu un
poney sur la chaussée qui
s’était échappé d’un cirque !
Et même un adulte
en fauteuil roulant à contre-sens…

Un policier sur le périphérique
La fermeture a beau avoir été annoncée dans la presse depuis plusieurs jours et sur les 332 panneaux lumineux qui équipent le périph, des personnes tenteront quand même de franchir les barrages. C’est ainsi, et les agents et policiers y sont habitués. Malgré une surveillance vidéo du PC par deux policiers et deux agents de la Ville 24h/24, 7 j/7 et l’appui de caméras « intelligentes » qui repèrent toute anomalie (véhicule à contre-sens, fumée, etc…), on croisera lors de cette soirée des « égarés », dont deux à roller et un en scooter. La présence humaine n’est donc pas superflue sur une voie où circulent à tout moment des engins de chantier en sens inverse. Un policier confie : « Nous avons eu un poney sur la chaussée qui s’était échappé d’un cirque ! Et même un adulte en fauteuil roulant à contre-sens… ».

Une source d'économies pour tous

Si elles sont pénibles aux automobilistes qui peuvent se sentir piégés, ces fermetures leur assurent en fait une chaussée sécurisée et entretenue. Elles sont sources d’économies pour l’entretien de leurs véhicules, mais aussi pour les finances publiques. Il est préférable de «réaliser régulièrement ces petits travaux de quelques milliers d’euros que d’attendre le gros pépin qui engagerait très vite des travaux très coûteux, proches du million d’euros. L’eau de pluie suivie du gel est notre hantise. Lorsqu’elle s’infiltre dans les joints et qu’il gèle ensuite, le revêtement peut exploser» indique l’ingénieur Stéphane Lagrange, responsable du service et « Monsieur périph' » de la Ville.
Concrètement, un agent municipal remonte à pied les voies pour repérer à l’oeil nu les fissures que d’autres nettoieront ensuite et prépareront au chalumeau avant d’apposer une pâte noire pour calfeutrer la chaussée : un « pontage de fissure », dans le jargon. Une opération qui concerne les 1 380 000 m² de chaussée et bretelles du périph (10 % à lui seul de l’ensemble de la chaussée parisienne).

600 mètres d’enrobé en 3 nuits

Sachant qu’il faut en général 3 nuits pour réaliser 600 mètres d’enrobé, 6 nuits de travail et fermetures mensuelles ne sont pas de trop. La première d’entre elles consiste à raboter le bitume grâce à des machines imposantes ; la seconde à installer les boucles de comptage - si précieuses pour analyser le trafic en temps réel - et la dernière sera le moment où l’on appliquera le nouvel enrobé (durée de vie 15 ans). A ce jour, 50 % du périph est recouvert d’enrobé phonique, ce qui s’additionne aux 14 km de murs antibruit. Il faut néanmoins rénover constamment… et nettoyer.
Selon l’endroit, certains nettoyages peuvent être réalisés de jour. D’autres par contre ne sont accessibles que de nuit avec des pelleteuses. En cette soirée, après avoir raboté la chaussée du côté de la porte Maillot, il faut remonter à contre-sens jusqu’aux portes de St-Ouen et de La Chapelle pour rencontrer sur les bas-côtés les équipes de propreté. Boue, enjoliveurs, canettes et immondices douteux doivent être enlevés.

Un quotidien aux problématiques nombreuses

Et, là, dans l’obscurité, on aperçoit des dizaines de tentes alignées sous les arbres. Depuis la crise migratoire, les campements font partie du quotidien des gestionnaires du périphérique. Lorsque est prévue une opération de mise à l’abri des personnes migrantes, la section des Tunnels, des Berges et du Périphérique participe au dispositif. Comme les associations, les agents de la Ville connaissent aussi les endroits les plus sensibles, là où il y a des risques d’accidents ou les pires situations sanitaires. De même, les dispositifs de restriction de circulation tels que « Paris respire » ou les festives « Nuits Blanches » doivent intégrer à leur organisation celle du périph. L’implication de ses gestionnaires est indispensable à la réussite de toutes ces opérations.

Comme les associations, les agents connaissent les endroits
les plus sensibles, là où
il y a risque d’accidents ou
les pires situations sanitaires.

Engoncés dans leurs blousons fluorescents, malgré le vent qui se lève, les agents ne semblent pas souffrir du froid. Leurs gestes restent calmes et le mouvement d’ensemble coordonné. Il est 4h, la réouverture approche… Les hommes n’ont plus qu’une demi-heure pour réintégrer leurs véhicules et suivre le balisage policier tandis que sont levées les barrières de sécurité. Ca y est, 5h a sonné ! Les moteurs peuvent vrombir à nouveau et chacun d'avoir son avis sur le périph'…
Quelques chiffres sur le périph' :
> 464 capteurs de pollution
> 46 issues de secours
> 175 ventilateurs
> 249 dispositifs de fermeture
> 520 caméras classiques et "intelligentes" DAI (détection automatique d’incidents) et postes d’appel d’urgence
> 17 locaux techniques en tunnels
> 150 ouvrages d’art, 44 ha d’espaces verts
> 1,1 million de véhicules l'empruntent chaque jour
> 30 % de la circulation parisienne à lui seul
> 400 000 Parisiens et résidents de la métropole vivent à ses abords
> 2 % du trafic français

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