Olivier Py, metteur en scène de « La Cage aux Folles », aux commandes du Bal de l'amour

Interview

Mise à jour le 13/05/2026

Portrait de Olivier Py, directeur du Théâtre du Châtelet.
À la tête de la programmation du « Bal de l’amour », l’équipe du Théâtre du Châtelet propose une soirée pensée comme un espace de fête et de réflexion. Entre héritage de « La Cage aux Folles », culture cabaret et engagement pour les droits LGBTQIA+, la programmation revendique une approche joyeuse et non normative du « queer », tout en inscrivant l’événement dans une histoire politique plus large des luttes et des représentations.

Au « Bal de l’amour », vous êtes, avec le Théâtre du Châtelet, aux commandes de la programmation queer. Quels ont été vos choix ?

La Ville de Paris m’a fait cette proposition il y a un peu plus d’un mois. C’est évidemment lié à « La Cage aux Folles », présenté au Théâtre du Châtelet : le cabaret est à la fois festif et politique, notamment sur les questions LGBTQIA+, et j’y suis sensible depuis longtemps. Cela relève aussi, selon moi, des responsabilités d’un théâtre public, au service de la Ville de Paris. Je suis donc heureux de cet engagement pour l’arc-en-ciel et d’y apporter ma contribution.
D’abord, il y aura un moment DJ qui permettra de se réunir, de se retrouver, de se faire la bise. Puis viendra un moment plus cabaret, davantage tourné vers le spectacle. Et ensuite, place à la fête !

Je suis heureux que vous utilisiez le mot « queer », qui est important. Il y a un débat dans la communauté sur sa place.

Olivier Py
metteur en scène
Le « Q » peut signifier beaucoup de choses, notamment une ouverture à d’autres formes de vie. Cela ne peut pas être normatif. Nous avons voulu célébrer cela, grâce à notre programmation.
Enfin, il y a aussi une dimension politique. La gauche a joué un rôle majeur dans l’acquisition des droits LGBTQIA+. Aujourd’hui encore, dans plusieurs pays, les discours populistes et d’extrême droite utilisent ces sujets comme instruments politiques.

On retrouvera notamment sur scène les artistes de « La Cage aux Folles », les Cagelles. Ce cabaret interroge le regard de la société sur la famille. Le « Bal de l’amour », lui, a été créé à l’occasion des dix ans du mariage pour tous : quel lien faites-vous entre ces deux propositions ?

Les thèmes présents dans la pièce de Jean Poiret et dans l’œuvre de Jerry Herman étaient déjà là à une époque où le mot « homoparentalité » n’existait pas encore. Nous sommes alors dans une forme de préhistoire des questions liées aux familles LGBTQIA+, et c’est assez saisissant.
Cela m’a toujours frappé dans cette œuvre. Même si certains aspects de la pièce de Poiret peuvent aujourd’hui être discutés, on y retrouve déjà des thèmes très actuels : la montée de l’extrême droite contre les personnes LGBT, la question de l’homoparentalité, ou encore celle de la fluidité des genres. C’est fou, car dans les années 1980, ces sujets n’étaient pas encore centraux dans les luttes, notamment parce que la crise du sida occupait entièrement l’agenda et les urgences de la communauté.

« La Cage aux Folles », derrière le rire et l’absurde, a toujours porté un discours très fort sur la liberté d’être soi-même. Est-ce que jouer ce spectacle aujourd’hui prend une dimension politique ?

Je vais vous faire une confidence. Il y a un an et quelques mois, j’essayais de traduire une des chansons phares du spectacle : « I Am What I Am », et je n’y arrivais pas. Je voulais trouver une formule politiquement forte, mais rien ne venait. À tel point que j’ai cru devoir abandonner, en me disant que si je n’arrivais pas à lui donner une portée politique juste, cela ne valait pas la peine de monter le cabaret.
Et puis, une nuit, soudain : paf. Comme touché par la grâce. Je me suis réveillé avec cette phrase : « J’ai le droit d’être moi. » Et là, tout s’est aligné. En plus, cela collait parfaitement à l’arythmie de la chanson.
Dans mon interprétation, je n’ai pas voulu en faire davantage, simplement être à la hauteur politique des auteurs américains. Jerry Herman n’est plus en vie, mais Harvey Fierstein nous a envoyé beaucoup de messages d’amour.
C’est de la politique, mais pas à coup de marteau ni à coups de leçons de morale. Et d’ailleurs, dans notre mise en scène, les « Dindons », cette famille d’extrême droite, finissent par être transformés : ils ne restent pas figés dans leurs positions d’intolérance. Je crois qu’ils changent.

Laurent Lafitte a récemment reçu un Molière, et dans son discours, il rappelait aussi que dans de nombreux pays, l’homosexualité reste criminalisée…

En France, c'est tout de même moins compliqué qu’à l’époque où j’avais 20 ans. J’ai connu des descentes de police dans les bars gays. On contrôlait nos identités, on relevait nos numéros… On savait qu’on était plus ou moins fichés. Les choses ont donc évolué très vite, finalement, à l’échelle de l’histoire. Sincèrement, je ne pensais pas que ce combat avancerait aussi rapidement, lui qui était encore totalement invisibilisé jusque dans les années 1990.
Mais malheureusement, la courbe de l’histoire peut aussi s’inverser. Et je crois que c’est ce qui est en train de se produire aux États-Unis, avec cette évolution vers une forme de démocratie illibérale, où la haine des personnes LGBTQIA+ redevient un argument central dans le discours de la droite radicalisée.
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Il faut donc continuer à lutter et faire la fête ?

Oui. Continuer à être fier de ce que l’on est. Continuer à faire la fête. Et surtout, il faut rappeler quelque chose d’extrêmement important : ces combats ont presque toujours été menés sans violence.

Il existe très peu de luttes pour les droits qui aient été aussi profondément pacifiques.

Olivier Py
metteur en scène
Et moi, j’en suis assez fier. Ce combat a été porté par le « soft power », autrement dit, par la culture. Par le théâtre, la musique, les œuvres, les récits. Il faut continuer ainsi : croire que l’on peut changer le monde sans passer par la violence, quelle qu’elle soit.
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