Les Tsiganes en région parisienne face aux politiques de contrôle | Recherche
Mise à jour le 24/09/2026
De la fin du XIXe siècle aux années 1930, les populations tsiganes font l’objet en France de dispositifs administratifs et policiers de plus en plus contraignants. L’historien Ilsen About retrace cette évolution en région parisienne et étudie ses effets sur des familles pourtant implantées de longue date sur le territoire.
Infos clés
Dispositif : Bourses de recherche sur la xénophobie et l'antisémitisme
Chercheur-se : Ilsen ABOUT
Établissement : École des hautes études en sciences sociales (EHESS)
Laboratoire : Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux (IRIS)
Statut : thèse soutenue (2008)
Discipline : histoire contemporaine
Présentation
À partir de la fin du XIXe siècle, les pouvoirs publics français développent progressivement des dispositifs spécifiques pour identifier, contrôler et surveiller les populations alors désignées comme « nomades ». Cette évolution s’accompagne de la diffusion, dans la presse, les discours politiques et les administrations, de représentations négatives associées aux populations tsiganes.
La recherche d’Ilsen About s’intéresse particulièrement à la région parisienne, où des familles tsiganes sont présentes depuis longtemps. Elle cherche à comprendre comment les politiques de contrôle ont transformé leurs conditions de circulation et d'installation, mais aussi comment s'est progressivement construite une catégorie administrative spécifique autour des « nomades ».
L'étude accorde notamment une place importante à la loi du 16 juillet 1912, qui instaure un carnet anthropométrique destiné aux « nomades » et renforce leur identification et leur surveillance par les autorités.
Méthodologie
Menée en 2011, la recherche repose sur l’exploration de nombreux fonds d’archives, en région parisienne mais également à Lyon, Marseille, en Belgique, en Autriche et en Italie. Ilsen About étudie notamment les documents produits par les administrations et les forces de police afin de retracer l’évolution des pratiques d’identification et de surveillance.
Il confronte ces archives à des sources de presse et des documents illustrés. Leur analyse permet d’étudier parallèlement les politiques publiques et la construction d’une image publique des Tsiganes, ainsi que les stéréotypes qui leur sont associés.
Principaux enseignements
La recherche met d’abord en évidence une réalité longtemps peu visible : la présence des populations tsiganes dans la région parisienne ne se résume pas à une population constamment itinérante. Les archives témoignent au contraire, dès le XIXe siècle, d’un ancrage durable de familles dans le paysage social et économique de Paris et de ses environs.
Plusieurs lieux d’implantation apparaissent notamment aux portes de Paris et autour de l'ancienne enceinte des fortifications, dans la « Zone ». Des campements et habitats sont documentés au nord-est de la capitale, notamment vers Saint-Ouen et Montreuil, mais aussi au sud de Paris.
En parallèle, les pouvoirs publics renforcent progressivement les dispositifs de contrôle. La loi de 1912 constitue un tournant avec la création du carnet anthropométrique des nomades, qui comporte notamment photographies, empreintes digitales et signalement anthropométrique. Des techniques issues de l'identification policière sont ainsi appliquées spécifiquement à une catégorie administrative de population.
L’étude montre enfin que cette évolution administrative s’accompagne de la construction de stéréotypes dans la presse et les représentations publiques, contribuant à présenter les populations tsiganes comme un enjeu de sécurité malgré la diversité de leurs situations et de leurs modes de vie.
Apports pour la Ville
En croisant l’histoire des populations tsiganes avec celle des pratiques policières et administratives, cette recherche permet de mieux comprendre la manière dont se sont construites, entre la fin du XIXe siècle et l’entre-deux-guerres, des politiques spécifiques à l’égard des populations qualifiées de « nomades ».
Elle met également en lumière le décalage entre l'ancienneté de la présence de familles tsiganes en région parisienne et les représentations qui les associent principalement à l'itinérance. Elle permet ainsi d’inscrire l’histoire des discriminations dans celle, plus large, des transformations administratives, sociales et urbaines de la région parisienne.
Pour aller plus loin
La recherche soutenue par la Ville de Paris a donné lieu à plusieurs publications et communications scientifiques. Ilsen About a notamment publié en 2012 « Identifier et exclure. Le fichage des Tsiganes en République dans l’entre-deux-guerres », consacré au carnet anthropométrique et aux dispositifs de contrôle mis en place à partir de la loi de 1912.
Il a également publié « Underclass Gypsies. An Historical Approach on Categorisation and Exclusion in France, 19th-20th Century », dans l’ouvrage collectif The Gypsy Menace. Populism and the New Anti-Gypsy Politics en 2012.
Les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme
Cette recherche a bénéficié du soutien de la Ville de Paris dans le cadre des Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme, qui encouragent les jeunes chercheuses et chercheurs à mieux comprendre ces phénomènes, leurs formes et leurs évolutions.
À travers ce dispositif, la Ville de Paris soutient la production et la diffusion de connaissances afin de contribuer à la lutte contre le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme et d’éclairer les politiques publiques.
En savoir plus sur les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme
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