Les Journées d'arts plastiques fleurissent dans de nouveaux lieux de création

Reportage

Mise à jour le 07/05/2026

un petit garçon et une petite fille en train de coller des formes de toutes les couleurs sur leur grande feuille noire
Organisées par les professeurs de la Ville de Paris (PVP) chaque année, les JAP invitent des milliers d'enfants du CP au CM2 à explorer leur créativité. L'édition 2026 est placée sous le thème des « Correspondances », telle une invitation à tisser des liens entre disciplines et générations dans des lieux symboliques, voire inédits.

Faire danser les pinceaux au musée Montmartre

Niché en haut de la butte, à deux pas de la célèbre place du Tertre (18e), le musée Montmartre accueille pour la première fois les JAP grâce à Emilie Modrzyk, responsable de l'administration et des publics du musée. 59 élèves de CE1 sont au rendez-vous, venus de quatre écoles du 18e : Championnet, Poissonniers et Dorléac A et B.
Après avoir visité les collections, ils se préparent à accomplir une performance artistique dans la charmante salle Poulbot où s'exposent des tableaux du french cancan. Par terre, devant eux, des feuilles blanches. À la main, une craie grasse ou un feutre de couleur. Les oreilles s'ouvrent à la musique qui envahit la pièce… Une seule consigne est donnée : laisser la main danser sur le papier au rythme des notes !

En accord avec le thème de cette année, l'idée est de faire correspondre musique et geste artistique.En séance préparatoire, on a étudié plusieurs peintres qui faisaient celien entre musique et peinture, tels Paul Klee, Vassily Kandinsky ou encore Jackson Pollock.

Priscilla Cluzel
professeure de la ville de Paris en arts plastiques
Mais ceci n'est qu'un échauffement. La véritable performance s'organise en équipe et s'exprime en peinture ! Pinceaux dans les mains, les duos d'élèves déambulent le long d’une toile de 10 mètres. « Attention, il est interdit de recouvrir le travail des autres, alerte Priscilla Cluzel avec ses deux autres collègues PVP arts plastiques Aude Anquetil et Caroline Hoepffner. Mais, on a le droit de faire se rencontrer les formes et les couleurs, en accord avec son binôme. » C’est ainsi qu’apparaissent des fresques bouillonnantes et colorées. « Franchement, j'adore, s'enthousiasme une maman accompagnatrice. C'est une journée très éducative. Moi-même, j'ai appris plein de choses sur la peinture ! »
Après avoir séché au soleil dans les jardins du musée, les fresques ont été exposées à la mairie du 18e, du 8 au 13 avril.

Composer autour de Matisse et Delaunay au musée d'Art moderne de Paris

Henri Matisse dessinait avec ses ciseaux tandis que Robert Delaunay dessinait avec la couleur ! Aujourd'hui, vous allez faire pareil.

Pascale Manns
professeure de la ville de Paris en arts plastiques
Issus des écoles des Bauches (16e), de Saint-Lambert (15e) et des Épinettes (17e), les 63 élèves présents se mettent alors rapidement au travail dans les sous-sols du Musée d'art moderne. En équipe de quatre, ils découpent, collent, composent, superposent formes et couleurs… « J'avais peur de faire n'importe quoi, confie Lancina, élève en CE1. Mais en fait, ça va, et j'aime vraiment beaucoup ! »
En amont, chaque classe a eu la chance de visiter les collections du musée. L'une a exploré en particulier La Danse de Matisse et l'autre Rythme 1 de Delaunay. Dans une seconde étape, chaque classe a écrit à l'autre pour lui raconter l'œuvre étudiée, puis a élaboré un répertoire de formes à la manière de Matisse ou de couleurs à la manière de Delaunay. Et c'est avec ce matériel qu'ils sont aujourd'hui en train de créer leurs propres œuvres.
« C'est super sympa à faire ! Ça permet aux enfants de travailler sur l'imaginaire, confie Magali, une maman accompagnatrice. Ils se projettent dans un autre monde et ça leur fait du bien ! »
Cette opération a été possible grâce à la collaboration étroite entre la PVP Cécile Bringuier et le service culturel et pédagogique du MAM : Claire Legal et Sophie Leromain.
Une fois les œuvres achevées, les élèves les embarquent avec fierté dans les salles du musée pour les comparer à celles de leurs grands maitres. La boucle est bouclée !

À l'hôpital Necker, une broderie géante pour relier les enfants

Le projet « Tisser des liens » réunit enfants hospitalisés et élèves de l’école Falguière (15e) autour d’une œuvre collective : une grande broderie réalisée à plusieurs mains. Encadrés par des PVP, les enfants découvrent et pratiquent des techniques de couture inspirées du savoir-faire professionnel.
Point de chaînette, point continu ou encore point de torsade : autant de gestes précis que les enfants apprennent à maîtriser, tout en développant leur motricité fine, leur concentration et leur créativité. Pour certains, comme Rayan, 7 ans, hospitalisé en pédiatrie, c’est une première : enfiler une aiguille, démêler un fil, recommencer lorsqu’un nœud bloque le geste… autant d’étapes qui deviennent de petites victoires.
L’activité révèle aussi des bienfaits immédiats : le calme s’installe, les enfants se concentrent, s’entraident et s’apaisent.

C’est un espace pour l’imaginaire dédié aux arts visuels. Les enfants tissent des liens au sens propre comme au figuré. La broderie rassemble : c’est un geste ancestral qui allie créativité et savoir-faire.

Bénédicte Delaroche
PVP arts plastiques à l’hôpital Necker
Cette dimension collective est au cœur du projet orchestré par la PVP Laura De Sanctis : chacun contribue à relier des « îles » brodées sur une grande toile, faisant émerger peu à peu un paysage commun. « On a fait une forêt, une grotte et des îles ! », s’enthousiasme Tiffanie, élève de CM1.
Carine Weben, PVP arts plastiques à l'école Falguière, avait pu initier ses élèves aux rudiments de la couture : « On a entamé le travail sur les continents en classe autour du thème de la correspondance car il y aura un spectacle de chants du monde lors des prochaines journées d’éducation musicale (JEM) où ils pourront performer avec leur œuvre collective derrière eux. On a fabriqué des maquettes d’îles aussi en amont en classe qui pourront être placées sur la toile. » Une manière de prolonger l’expérience artistique et de créer des correspondances entre les disciplines.

Au Palais Galliera, les élèves réinventent les costumes du XVIIIe siècle

Autre temps fort des JAP : le projet mené au Palais Galliera. Au musée de la Mode de la Ville de Paris, Laure Bernard et Evren Adanir, du service des publics et de la communication du musée, ont collaboré avec le trio complice de PVP Stéphanie Rivray, Laura De Santis et Cécile Bringuier. Près de 200 élèves participent à la création de costumes inspirés du XVIIIe siècle, avant de défiler dans un cadre exceptionnel, au cœur même du musée.
Guidés par leurs PVP arts plastiques et leurs enseignants, les enfants découvrent les codes vestimentaires de cette époque grâce à des supports pédagogiques adaptés. Ils apprennent à utiliser des patrons, puis conçoivent leurs costumes à partir de matériaux variés, souvent issus de récupération : tulle, papier bulle, carton, aluminium ou tissus.
Ce travail manuel développe à la fois la créativité, le sens de l’observation et la compréhension de l’histoire de la mode. Il s’inscrit pleinement dans le thème des correspondances en tissant des liens entre passé et présent, mais aussi entre les élèves des quatre écoles présentes, Aragot (14e), Blomet (15e), Bellefeuille (16e) et Eugénie Cotton (19e).
Le moment du défilé constitue l’aboutissement du projet. Dans une ambiance festive, les enfants présentent leurs créations devant les visiteurs du musée, entre émerveillement et fierté. « C’est une super découverte de pouvoir créer des vêtements nous-mêmes et de défiler avec » confie Sarah, élève à l'école Blomet.

J’avais un peu le trac dans les marches, mais c’était incroyable de passer au milieu des vraies robes de l’exposition.

Mila
élève à l'école blomet (15e)
Laure Bernard, chargée des publics du musée, partage les raisons de cette seconde collaboration avec les publics scolaires de la Ville : « Nous avons renouvelé cette année le partenariat avec les 4 PVP à l’enthousiasme communicatif. Nous apprécions leur créativité et leur professionnalisme et la thématique de cette édition correspondait tout justement avec l’exposition en cours ».
Les JAP dépassent les frontières
Le projet « Echo Jardin », mené à Podgorica, au Monténégro, est porté par Amandine Schwoerer, ancienne PVP arts plastiques. Cette initiative réunit près de 90 élèves de la maternelle au collège au sein de l’École française européenne. Dans un esprit de coopération entre les âges, les plus grands accompagnent les plus jeunes dans leurs expérimentations artistiques en produisant une immense fresque collective représentant un jardin et prolongeant ainsi le thème des correspondances à l'international.