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Entretien

« Les décors de ces écoles sont des témoins de la IIIe République »

Mise à jour le 11/09/2020
Certaines écoles parisiennes sont de véritables témoins historiques. Pour la plupart construites sous la IIIe République, elles gardent les traces de cette époque où l'éducation est devenue gratuite, laïque et obligatoire. Rencontre avec Stéphane Allavena, conservateur du patrimoine à la Ville de Paris.
Stéphane Allavena est conservateur du patrimoine à la Conservation des œuvres d'art religieuses et civiles (COARC) depuis 2019. Après avoir travaillé au Centre national des arts plastiques et à l’Inventaire général du patrimoine culturel, il s’attelle désormais à la restauration du patrimoine parisien. À commencer par les écoles, symboles et témoins de la IIIe République, à l’image de l’école maternelle de la rue de Romainville (19e), dont les décors datant des années 1930 ont été restaurés cet été.

Quelle est l’histoire de ces décors restaurés ?

En 1933-1934, la direction des Beaux-Arts de la Ville de Paris passe une commande aux artistes alors en difficulté économique. Le préau de l’école de la rue de Romainville (19e) doit être décoré sur le thème des chansons traditionnelles. Jules-Émile Zingg, paysagiste et fresquiste reconnu, remporte l’appel d’offre et réalise 24 panneaux.
On retrouve les illustrations d’airs familiers tels « Meunier, tu dors », « Sur le pont d’Avignon », « Le bon roi Dagobert » ou encore « Il était un petit navire ». Le thème des chansons traditionnelles est original. D’habitude, les illustrations portent plutôt sur les fables de La Fontaine ou les contes de Perrault.
 Le roi Dagobert, illustré par Jules Emile Zingg
Le roi Dagobert, illustré par Jules-Emile Zingg
Claire Pignol/Jean-Marc Moser / Ville de Paris, COARC

Comment s’est déroulée la restauration ?

La restauration des décors du préau a été entreprise cet été, elle avait été votée au Budget Participatif de 2019. Elle visait le nettoyage et le retrait de rebouchages effectués avec du plâtre pour cacher des gaines de câbles électriques. Des lacunes ont également été reprises à l’aquarelle. Maintenant, les décors sont beaucoup plus visibles et les couleurs ont retrouvé leur vivacité.
L’équipe comptait cinq restauratrices qui ont rencontré deux défis principaux. Tout d’abord, elles ne disposaient que de trois semaines pour restaurer les décors, en jonglant entre l’absence des enfants et l’ouverture de l’école durant l’été. Ensuite, nous n’étions pas certains de ce que nous allions trouver en dessous des plâtrages. Heureusement, des esquisses des dessins conservés au Petit Palais nous ont permis de restaurer à l’identique les décors recouverts.
Meunier tu dors, illustré à la demande de la direction des Beaux-Arts de la Ville de Paris par Jules Emile Zingg en 1933-1934
Meunier tu dors, illustré à la demande de la direction des Beaux-Arts de la Ville de Paris par Jules Emile Zingg en 1933-1934
Claire Pignol/Jean-Marc Moser / Ville de Paris, COARC

Existe-t-il des écoles aux décors similaires ?

Bien sûr ! Même si les décors n’ont pas tous eu la chance d’être conservés, car dans les années 1960, on ne leur trouvait déjà plus beaucoup d’intérêt. Aujourd’hui, ce sont des symboles de la IIIe République que l’on cherche à entretenir. Ces décors reflètent les valeurs de la République centrées autour du travail, de la nation et de la famille. Pour les écoles maternelles, les décors portent plutôt sur les loisirs. Mais dans les écoles primaires, c'est plus souvent le travail qui est mis en avant.
Visites de l'école
Dans le cadre des Journées européennes du Patrimoine, Stéphane Allavena et Ariel Bertrand (restauratrice) présenteront les restaurations des décors de l’école de la rue de Romainville le samedi 19 septembre à 10 h 30 puis à 11 h 30.
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