Quand le sport inspire les artistes contemporains

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Mise à jour le 10/04/2024
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Certaines œuvres du Fonds d’art contemporain – Paris collections ont pour thème le sport, ou s’en inspirent. La collection municipale, qui soutient la création artistique contemporaine, présente une sélection d’œuvres autour de cette thématique. Certaines d’entre elles sont exposées dans le cadre de l’Olympiade culturelle dans plusieurs lieux municipaux, à découvrir ci-dessous.
De sa stricte représentation à des formes plus conceptuelles, la collection municipale illustre l’évolution de ces corps sportifs et en mouvement, sources d’inspiration pour les artistes.
Les représentations de corps saisis en plein effort physique existent depuis les origines de l’art : dès la période antique, on trouve des athlètes en pleine action dans la statuaire, sur les vases, les mosaïques ou encore les fresques murales… La géométrie des corps, les muscles saillants, la beauté du geste rappellent la nécessité d’une harmonie parfaite entre le corps et l’âme.
À partir du XIXe siècle, la représentation du sport dans l’art réapparaît plus largement. Il s’agit de célébrer le corps en mouvement, l’effort physique et l’avènement des loisirs portés par les activités en plein air.
L’art contemporain poursuit cette représentation du réel et renouvelle le genre par l’utilisation de techniques propres à l’époque et par un regard nouveau vis-à-vis du corps.

Des techniques et matériaux contemporains

Epsylon Point

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C’est dans les années 1990 qu’Epsylon Point, l’un des pionniers de l’art urbain en France, a peint le tableau Les Grimpeurs libres, installé au gymnase Léon-Mottot (17, cité Moynet, 12e) dans le cadre du projet « Ex-aequo : 24 œuvres dans 24 centres sportifs ».
Quatre grimpeurs y représentent de grandes figures de l’escalade, parmi lesquelles Patrick Edlinger, réputé pour ses ascensions en solitaire. Le mur, un fond abstrait et coloré, est à la fois un support de création pour le street artist et un support de performance physique pour les sportifs.
L’escalade, nouvelle discipline olympique depuis les Jeux de Tokyo 2021, sera présente aux Jeux de Paris 2024.

Xavier Veilhan

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La natation est présente au sein de la collection municipale grâce à Xavier Veilhan et sa Grande Machine lumineuse, le Plongeon. Cette œuvre fait partie de la série des Light Machine, composée de courts films.
Ces ensembles de panneaux lumineux constitués d’ampoules réparties sur une trame, tels des pixels, forment une image en basse résolution. Elle représente la silhouette d’une nageuse effectuant un plongeon. La séquence est extraite d’un entraînement de l’équipe nationale féminine junior de plongeon.
Les formes se recomposent sur la rétine du spectateur quand il se trouve suffisamment loin, tandis qu’en s’approchant, l’œuvre paraît abstraite. L’artiste y questionne notre rapport aux images et à la technologie.
Cette œuvre a été réalisée dans le cadre d’une commande de la Ville de Paris en 2005.

Géraldine Pastor Lloret

Dans la série Le Corps actif, Géraldine Pastor Lloret donne à voir, non sans humour, des corps dans différentes postures, notamment sportives : dans l’eau, faisant de la gymnastique, du yoga… Il ne s’agit pas de magnifier les corps, mais de les montrer tels qu’ils sont. Les personnages, montrés dans diverses situations et dans des attitudes étranges, apparaissent isolés dans leur univers.

La danse comme marqueur de représentations sociales

Virginie Barré

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Avec Bee Jackson, championne du monde de charleston, Virginie Barré rend hommage à cette femme qui a popularisé le charleston à New York et a eu une autonomie financière grâce à cette activité.
Inventée aux États-Unis par la communauté afro-américaine, cette danse est le reflet du contexte historique des années 1920 et de l’émancipation des femmes. Elles ont donc commencé à avoir plus de liberté et à porter des vêtements plus courts, ce qui leur a permis de mieux danser et de se mouvoir plus facilement.
L’artiste s’est inspirée de photographies historiques pour réaliser ses œuvres.

Mélanie Manchot

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Pour sa vidéo Dance (All night Paris), Mélanie Manchot a invité danseurs amateurs et professionnels à investir la cour d’un lycée parisien aux faux airs de guinguette. Ils et elles évoluent au son de la musique diffusée dans leurs casques audio pour offrir un ballet d’une dizaine de danses différentes : du tango à la valse en passant par le rock et le breakdance – discipline qui fait son entrée aux Jeux de Paris 2024.
Chaque participant est identifiable par une codification des gestes ou des vêtements. Dans la lignée des mobile clubbing actuels, l’œuvre fait également référence aux bals populaires des années 1940 et 1950. Une manière pour l’artiste de dévoiler le rôle social de la danse. Les chorégraphies s’entremêlent sans se confondre dans un même espace, comme autant de communautés différentes qui cohabitent.

Kenny Dunkan

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Dans la vidéo et performance UDRIVINMECRAZ, on observe Kenny Dunkan danser sur la place du Trocadéro, devant la tour Eiffel, sous les regards à la fois médusés et amusés des touristes. La chorégraphie qu’il réalise s’inspire des danses guadeloupéennes traditionnelles et rappelle les parades du carnaval. L’artiste porte une sculpture-parure composée de porte-clés en forme de tour Eiffel, clin d’œil au lieu et aux vendeurs de la place.
Le bruit dû à l’entrechoquement des bibelots, le rythme, la durée de la danse, qui devient peu à peu une vraie épreuve physique, ouvre la voie à une forme de transe contemporaine et urbaine. D’ailleurs, le titre de la vidéo signifie en argot américain : « You driving me crazy » (« Tu me rends fou »).
Simple et empreinte d’humour, la vidéo soulève des questions identitaires complexes, notamment sur la place d’un jeune homme noir, et la sienne, dans notre société postcoloniale.

Sabrina Belouaar

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Dans la vidéo Battle, Sabrina Belouaar emprunte à un format issu de l’histoire de l’art – le diptyque – qu’elle réinvestit par la pratique performative du battle. Indissociable de la culture hip-hop, cet affrontement par la danse met généralement en présence deux performeurs qui se challengent à tour de rôle, jusqu’à l’abandon de l’un d’eux.
Ici, pourtant, l’artiste filme moins une confrontation qu’un combat commun : celui de deux danseurs, Gwendal – homosexuel – et Brahim – amputé dans l’enfance –, pour imposer leur identité face à une société hostile.
Culture, patrimoine, nouveaux projets de la Ville, Jeux olympiques, bons plans…
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Le détournement d’objets sportifs

La représentation contemporaine du sport dans l’art ne répond plus à l’image du corps en action comme auparavant, mais privilégie un travail basé sur les objets, les formes, les gestes et les espaces liés à sa pratique. C’est ainsi que les ballons, les balles, les maillots, les drapeaux ou les trophées sont détournés pour constituer la matière même de certaines œuvres.

Jacques Julien

Le Fonds possède deux sculptures de l’artiste Jacques Julien : Les Figurants #8 et Patères #1. Ces deux œuvres sont installées au sein du centre sportif Jacqueline-Auriol (7, allée Louis-de-Funès, 8e) dans le cadre du projet « Ex-aequo : 24 œuvres dans 24 centres sportifs ».
Jacques Julien travaille principalement par assemblage en manipulant des fragments de matériaux ou d’objets, dont beaucoup sont issus du sport. Par des jeux d’échelle et de confrontation des matières, il développe un travail poétique teinté d’humour, dans la lignée des ready-mades de Marcel Duchamp.
Dans Les Figurants #8, l’artiste joue avec les codes de la sculpture traditionnelle, comme avec l’élément du socle. Réalisée lors d’une résidence à la Villa Médicis, l’œuvre s’inspire des sculptures classiques présentes dans le jardin.
Patère #1 fait partie d’une série se fixant au mur. Il s’agit d’une analogie entre la patère, ce porte-manteau sans pied à fixer au mur, et le jeu de fléchettes ou le mikado.

Richard Fauguet

Avec Sans titre (table de ping-pong), Richard Fauguet semble retourner le réel pour nous en montrer le revers. Toutes les balles d’un jeu de ping-pong ont perforé la table-sculpture, qui a gardé trace de chacun de ces impacts.
Comme en négatif, l’artiste nous fait voir ce qui n’est habituellement pas visible : la trajectoire des balles et leurs rebonds. Ainsi détournée, cette table de ping-pong matérialise le souvenir d’un jeu, qu’il revient à l’imagination du spectateur de reconstituer.

Tom Shannon

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Sur une toile de lin, Tom Shannon illustre le rebond d’une balle en caoutchouc. Habituellement invisible dans notre environnement, le tracé de la balle prend forme grâce au trait de peinture de l’artiste. L’œuvre, Bell Ball, fait partie d’une série de peintures, Trajectories, réalisée entre 1973 et 1989. Elle illustre l’une des préoccupations majeures de l’artiste, le magnétisme, dont dépendent les forces de gravité et d’apesanteur.
Le terme de magnétisme désigne l’ensemble des phénomènes physiques dans lesquels les objets exercent des forces attractives ou répulsives sur d’autres matériaux.

Prosper Legault

Dans Knock Out, de Prosper Legault, s’affrontent une « expo » et un spectacle de Guignol, un combat fictionnel avec l’énergie de personnages du manga Dragon Ball et de gants de boxe annonçant le « K.-O. » final.
L’artiste collecte des panneaux publicitaires et signalétiques, des néons et des enseignes commerciales abandonnés. Il leur redonne vie en les assemblant et crée des sculptures composites et des installations proliférantes. Ces œuvres mêlent les symboles, les écritures et les langues dans de nouvelles juxtapositions accidentées, néanmoins réparées, et revitalisées par leur nouvel emploi.

Laurent Duthion

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Pour Caméra musculaire, Laurent Duthion a fixé une caméra Bolex H16 sur le cadran d’un vélo. L’enregistrement de l’image se déclenche avec la rotation de la roue avant. Le cadrage de cette caméra s’effectue en fonction des inclinaisons et des mouvements du vélo. Elle prend plus ou moins d’images suivant la vitesse à laquelle il se déplace.
L’usage de ce vélo est plutôt d’ordre citadin avec une vitesse moyenne correspondant à 24 images par seconde, soit la vitesse moyenne d’un cycliste en ville. À chaque fois que la vitesse passe au-dessus de cette valeur, cela se traduit dans le film par un ralenti, s’il passe en dessous, on obtient un accéléré lors de la projection.
L’artiste a laissé cet objet-œuvre à la disposition de cyclistes-réalisateurs qui peuvent être des artistes, des cyclistes professionnels ou toute autre personne désirant l’utiliser pour créer un film.

Bruno Peinado

Le skateboard, discipline olympique depuis 2020, a une belle place au sein de la collection municipale. Bruno Peinado a produit un ensemble de planches en faïence selon les techniques ancestrales, appelé Influenza, Rainbow warriors, lors d’une résidence à Faenza, ville italienne célèbre pour ses céramiques.
L’artiste procède par appropriation et détournement de formes issues de la culture populaire (jeux vidéo, musique, cinéma), de l’art classique ou encore du marketing (publicité, marques, logos). Détournée de sa fonction, cette reprise d’un skate devient un objet décoratif. L’ornement composé de fleurs parmi lesquelles se dissimule une fleur de lys stylisée ajoute une note kitsch.
Influenza, Rainbow warriors est installée au sein du centre sportif Jacqueline-Auriol (7, allée Louis-de-Funès, 8e) dans le cadre du projet « Ex-aequo : 24 œuvres dans 24 centres sportifs ».

Les lieux dédiés au sport

Olivier Masmonteil

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Sur la toile Le Stade de France, mai 2008, Olivier Masmonteil peint cet équipement sportif connu pour être le plus grand de l’Hexagone. Cette œuvre fait partie de la série Quelle que soit la minute du jour, ensemble de 1 000 tableaux de paysages de format identique (27 x 35 cm), réalisée entre 2007 et 2010.
Les premières toiles de la série sont des paysages de Corrèze tirés des albums photos d’enfance de l’artiste. Souhaitant agrandir la série, l’artiste part en voyage cinq mois autour du monde. Il réalise des croquis rapides, des photographies, prend des notes sur le paysage qu’il observe et peint à son retour dans son atelier. En résulte un assemblage de paysages à la fois oniriques et introspectifs. Cette toile semble être une vue de ses trajets sur la route.

Elsa et Johanna

Le duo de photographes Elsa et Johanna s’invite dans les stades et autres espaces urbains dédiés aux pratiques sportives – des endroits qui sont utilisés comme lieux de décor et de mise en situation. En 2014, elles ont initié la série A Couple of Them, un projet évolutif qui se compose de 88 portraits de personnages incarnés par les artistes elles-mêmes.
Adoptant les attitudes et les postures d’adolescents occidentaux, elles reprennent les codes vestimentaires et les attitudes stéréotypées. Elles deviennent tour à tour spectatrices et pratiquantes dans des attitudes désinvoltes ou nonchalantes.

Nicolas Moulin

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Volontairement plus énigmatique, la démarche artistique du photographe Nicolas Moulin porte un intérêt pour la modernité et les espaces urbains contemporains. Son travail cherche à nous désorienter. Ainsi, on peut reconnaître un skatepark sur cette photographie, intitulée Novomond, qui se veut mystérieuse.
Entre réalité et fiction, l’artiste navigue dans une sorte d’intermonde où les repères s’effacent, laissant notre personnalité se confronter au doute.