« Islamophobie » : comment ce terme s’est-il imposé dans le débat public ? | Recherche
Mise à jour le 24/09/2026
Apparu au début du XXe siècle mais longtemps peu utilisé, le terme « islamophobie » se diffuse largement à partir de la fin des années 1990. Houda Asal étudie son histoire, ses différentes définitions et les controverses qui entourent son utilisation dans la recherche, les médias et le débat public.
Infos clés
Dispositif : Bourses de recherche sur la xénophobie et l'antisémitisme
Chercheur-se : Houda ASAL
Établissement : École des hautes études en sciences sociales (EHESS)
Laboratoire : Centre de recherches historiques (CRH)
Statut : thèse soutenue (2011)
Discipline : histoire, socio-histoire
Présentation
Depuis les années 2000, la place de l’islam et des musulmans fait l’objet de nombreux débats en France, autour notamment de la laïcité, des discriminations ou encore de la visibilité religieuse. Dans ce contexte, le mot « islamophobie » est de plus en plus employé, tout en faisant lui-même l’objet de controverses.
La recherche de Houda Asal ne cherche pas à mesurer directement l'islamophobie comme phénomène social. Elle étudie plutôt la manière dont cette notion est construite comme un problème public : qui emploie ce terme, avec quelle définition, dans quels contextes et pourquoi certains acteurs choisissent-ils au contraire de le récuser ? Pour cela, la chercheuse s'intéresse à la circulation du mot entre les sphères universitaire, médiatique et militante.
Méthodologie
La recherche repose d'abord sur une revue de la littérature scientifique française et internationale consacrée à l'islamophobie, afin de comparer les différentes définitions du terme et les débats suscités par son utilisation.
Houda Asal analyse également sa circulation dans la presse et le débat public français, en étudiant aussi bien les discours qui revendiquent son usage que ceux qui le contestent. Une enquête ethnographique auprès d'organisations antiracistes en région parisienne a par ailleurs été engagée en 2012, mais cette partie de la recherche s'est poursuivie au-delà de la bourse de la Ville de Paris.
Principaux enseignements
La recherche montre d'abord que le mot « islamophobie » est plus ancien que sa diffusion contemporaine. Des occurrences en français sont attestées dès le début du XXe siècle, notamment dans le contexte colonial. Après une utilisation longtemps marginale, le terme connaît une diffusion beaucoup plus importante à partir de 1997, avec la publication au Royaume-Uni d'un rapport du Runnymede Trust, puis après les attentats du 11 septembre 2001. Il est alors repris dans de nombreux travaux scientifiques, rapports associatifs et textes d'organisations internationales.
L'étude met surtout en évidence l'absence d'une définition unanimement partagée. Les débats portent notamment sur la nature du phénomène désigné : hostilité envers une religion, rejet des personnes musulmanes, discrimination ou forme de racisme liée à un processus de racialisation. Certains chercheurs préfèrent ainsi parler de « racisme anti-musulman », tandis que d'autres défendent l'utilisation du terme « islamophobie ».
En France, une autre controverse porte sur la frontière entre la critique d'une religion et les discours ou pratiques visant les personnes musulmanes. Ces désaccords expliquent en partie pourquoi le terme s'est imposé dans le débat public tout en demeurant lui-même un objet de discussion.
Apports pour la Ville
En retraçant l'histoire du terme et la diversité de ses usages, cette recherche permet de mieux comprendre pourquoi la notion d'islamophobie fait elle-même débat. Elle distingue les différentes réalités que les chercheurs et les acteurs publics cherchent à désigner et montre que le choix des mots participe à la manière dont un phénomène de discrimination est défini et rendu visible dans l'espace public.
Plus largement, le travail contribue à l'étude de la construction et de la circulation des discours sur l'islam et les musulmans en France, ainsi qu'à celle des formes contemporaines de racisme et de discrimination.
Pour aller plus loin
Sa thèse, Se dire arabe au Canada. Un siècle de vie associative, entre constructions identitaires et mobilisations politiques (1882-1975), a été soutenue le 3 février 2011 à l'EHESS, sous la codirection de Nancy Green et Denise Helly.
En 2014, Houda Asal publie dans la revue Sociologie l’article « Islamophobie : la fabrique d’un nouveau concept. État des lieux de la recherche », qui prolonge le travail mené dans le cadre de la bourse sur l’histoire du terme, sa diffusion et les débats scientifiques autour de sa définition.
La même année, elle publie avec Marwan Mohammed le chapitre « Islamophobie en France : formes, définitions et mesures », dans l’ouvrage Migrations et mutations de la société française, consacré aux différentes approches et aux enjeux de définition et de mesure du phénomène.
Les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme
Cette recherche a bénéficié du soutien de la Ville de Paris dans le cadre des Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme, qui encouragent les jeunes chercheuses et chercheurs à mieux comprendre ces phénomènes, leurs formes et leurs évolutions.
À travers ce dispositif, la Ville de Paris soutient la production et la diffusion de connaissances afin de contribuer à la lutte contre le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme et d’éclairer les politiques publiques.
En savoir plus sur les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme
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