Internet, un espace pour contester le racisme ? | Recherche
Mise à jour le 24/09/2026
Blogs, forums et réseaux sociaux ne sont pas seulement des espaces où s'exprime le racisme : ils permettent aussi à celles et ceux qui en font l'expérience de le raconter, de le dénoncer ou de le tourner en dérision. La sociologue Lila Belkacem analyse les prises de parole en ligne de jeunes Noirs vivant en région parisienne.
Infos clés
Dispositif : Bourses de recherche sur la xénophobie et l'antisémitisme
Chercheur-se : Lila BELKACEM
Établissement : École des hautes études en sciences sociales (EHESS)
Laboratoire : Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux (IRIS – UMR 8156)
Statut : rapport de recherche remis à la Ville de Paris (2013)
Discipline : sociologie
Présentation
Internet constitue un espace privilégié pour observer la manière dont s'expriment les expériences du racisme et des discriminations. Si les discours racistes y circulent, le web donne également la possibilité aux personnes qui en sont la cible de prendre publiquement la parole, en dehors des formes traditionnelles de mobilisation associative ou politique.
Lila Belkacem s'intéresse aux personnes catégorisées ou se définissant comme « Noires » et vivant en région parisienne. Elle étudie la manière dont elles racontent leur expérience du racisme et de la minoration, mais aussi les façons dont elles répondent aux catégories et aux représentations qui leur sont assignées.
Cette recherche prolonge les travaux menés dans sa thèse de sociologie sur les descendants d'immigrants ouest-africains. L'observation des échanges en ligne avait alors fait apparaître Internet comme un terrain particulièrement riche pour comprendre la construction des appartenances et les expériences du racisme et des discriminations.
Méthodologie
La recherche repose sur l'observation de différents espaces numériques : blogs personnels, forums de discussion, sites internet et espaces ouverts des réseaux sociaux. Lila Belkacem étudie les textes, images et vidéos qui y circulent, mais également les commentaires et les échanges qu'ils suscitent. L'objectif est ainsi de comprendre non seulement ce qui est dit, mais aussi comment les internautes interagissent et comment les contenus circulent d'un espace à l'autre.
Cette enquête en ligne est complétée par des entretiens avec des internautes afin de replacer leurs prises de parole dans leurs parcours personnels et sociaux et d'étudier les liens éventuels entre expression en ligne et engagement associatif. Le projet prévoit également des entretiens avec des représentants d'associations antiracistes afin de comparer ces formes de mobilisation.
Principaux enseignements
L'étude montre d'abord la diversité des manières de parler du racisme sur Internet. La contestation ne prend pas nécessairement la forme d'un discours militant organisé : l'humour, la parodie, les images, les récits personnels ou encore la mise en scène de soi occupent une place importante. Les internautes peuvent ainsi transformer une expérience de stigmatisation en matière à discussion, à critique ou à revendication collective.
Mais Internet n'est pas pour autant un espace libéré des rapports de pouvoir. Les échanges observés font également apparaître des désaccords, des catégorisations et des formes d'exclusion au sein même des groupes qui prennent la parole. Les rapports entre femmes et hommes sont notamment traversés par des normes et des jugements qui peuvent limiter ou disqualifier certaines prises de parole.
La recherche met ainsi en évidence un paradoxe : les espaces numériques peuvent permettre de contester les assignations et les discriminations, tout en reproduisant certaines frontières et certains rapports de pouvoir. L'expérience commune de la minoration peut aussi favoriser l'expression de la fierté, de la solidarité et d'un sentiment de destin partagé.
Apports de la recherche
En s'intéressant aux expressions ordinaires plutôt qu'aux seules mobilisations organisées, cette recherche élargit la manière d'étudier la lutte contre le racisme. Elle montre que la contestation se construit aussi dans des conversations, des récits personnels, des images ou des formes humoristiques qui ne se présentent pas nécessairement comme militantes.
Elle permet également de mieux comprendre Internet comme un véritable espace public, où se construisent et se confrontent des représentations de soi, des appartenances et des expériences de la discrimination. Un enjeu particulièrement important alors que la lutte contre le racisme en ligne constitue déjà, au moment de la recherche, une préoccupation des pouvoirs publics et des associations antiracistes.
Pour aller plus loin
La bourse de la Ville de Paris a notamment permis à Lila Belkacem de présenter ses travaux dans plusieurs colloques et séminaires de recherche et de préparer un article scientifique consacré aux conversations en ligne entre jeunes descendants d'immigrants ouest-africains en région parisienne.
Les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme
Cette recherche a bénéficié du soutien de la Ville de Paris dans le cadre des Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme, qui encouragent les jeunes chercheuses et chercheurs à mieux comprendre ces phénomènes, leurs formes et leurs évolutions.
À travers ce dispositif, la Ville de Paris soutient la production et la diffusion de connaissances afin de contribuer à la lutte contre le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme et d’éclairer les politiques publiques.
En savoir plus sur les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme
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