Entre Paris et la banlieue, comment se construisent les appartenances ? | Recherche
Mise à jour le 24/09/2026
Comment les jeunes des quartiers populaires se définissent-ils comme membres d'un quartier, d'une ville ou d'une même communauté politique ? À partir d'une longue enquête ethnographique menée aux portes de Paris, Kamel Boukir étudie leurs sociabilités, leurs déplacements et les formes d'appartenance qui se construisent de part et d'autre du périphérique.
Infos clés
Dispositif : Bourses de recherche sur la xénophobie et l'antisémitisme
Chercheur-se : Kamel BOUKIR
Établissement : École des hautes études en sciences sociales (EHESS)
Laboratoire : Centre d'études des mouvements sociaux (CEMS) – Institut Marcel Mauss
Statut : thèse soutenue (2017)
Discipline : sociologie
Présentation
Les jeunes des quartiers populaires sont souvent décrits à travers des catégories liées à leur origine, à leur territoire de résidence ou à la délinquance. Kamel Boukir propose de partir au contraire de leurs expériences quotidiennes pour comprendre comment se forment leurs relations et leurs sentiments d'appartenance.
Sa recherche porte sur les réseaux amicaux de jeunes vivant dans une commune de la petite couronne, anonymisée sous le nom de « Montrimond », et sur leurs déplacements entre la banlieue et Paris. Le périphérique constitue dans cette enquête une frontière géographique et symbolique, mais une frontière constamment traversée pour travailler, pratiquer un sport, assister à un match, fréquenter des cafés ou des lieux de culte.
L'objectif est notamment de comprendre comment les catégories telles que « Français », « Arabes » ou « Noirs » sont mobilisées dans des situations concrètes, sans considérer qu'elles correspondent nécessairement à des groupes homogènes et permanents.
Méthodologie
Kamel Boukir mène une enquête ethnographique fondée principalement sur l'observation participante. Pendant plus de deux ans, il partage le quotidien de groupes de jeunes d'un quartier de la petite couronne parisienne et les suit dans différents espaces de sociabilité, entre leur quartier et Paris : lieux publics, équipements sportifs, cafés ou encore lieux de culte.
Cette immersion lui permet d'observer les relations d'amitié et de voisinage, les déplacements entre Paris et la banlieue et les différentes manières dont les jeunes se définissent et désignent les autres selon les situations. L'enquête est complétée par des entretiens et un travail d'archives, notamment pour replacer ces expériences dans l'histoire des transformations urbaines de Paris et de sa proche banlieue.
Principaux enseignements
L'enquête montre d'abord que les appartenances des jeunes observés sont multiples et changeantes selon les situations. Le quartier peut constituer une référence forte dans certaines interactions, tandis que, dans d'autres contextes, les mêmes jeunes revendiquent une appartenance parisienne ou nationale. Dans les pratiques sportives, par exemple, les frontières se déplacent : des jeunes de banlieue peuvent faire valoir leur « parisianité » face à des visiteurs lorsqu'ils soutiennent le PSG.
La recherche souligne également l'importance des réseaux d'amitié et des solidarités de voisinage. Ceux-ci ne se structurent pas exclusivement autour de critères ethniques ou religieux : l'expérience commune du quartier, les relations nouées depuis l'enfance et les activités partagées participent à la formation de ces groupes.
Enfin, l'étude invite à considérer le périphérique moins comme une séparation absolue que comme une frontière poreuse. Les circulations entre Paris et la petite couronne sont nombreuses et contribuent à redéfinir les appartenances selon les lieux et les situations. L'enquête montre ainsi la difficulté à réduire l'identité des jeunes observés à une origine ou à un territoire unique.
Apports de la recherche
En observant les relations sociales au plus près des situations quotidiennes, cette recherche permet de nuancer les représentations homogènes des jeunes des quartiers populaires. Elle montre que les appartenances territoriales, sociales, religieuses ou liées à l'origine ne sont ni exclusives ni immuables : elles prennent des significations différentes selon les contextes.
Le travail apporte également un éclairage sur les relations entre Paris et sa proche banlieue, en montrant comment les déplacements, les sociabilités et les pratiques quotidiennes traversent une frontière administrative et urbaine pourtant fortement présente dans les représentations.
Pour aller plus loin
Kamel Boukir a poursuivi cette enquête dans sa thèse Les « cités » de Montrimond et ses « bandes de jeunes ». Ethnographie des relations d'amitié, de complicité et d'inimitié dans la proche banlieue parisienne (1970-2015), soutenue à l'EHESS le 19 mai 2017. L'enquête finale s'étend sur plus de six années et étudie notamment la construction des réseaux d'amitié, les formes d'appartenance au quartier et leurs transformations lorsque certaines relations deviennent des relations de complicité dans des activités délinquantes.
Les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme
Cette recherche a bénéficié du soutien de la Ville de Paris dans le cadre des Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme, qui encouragent les jeunes chercheuses et chercheurs à mieux comprendre ces phénomènes, leurs formes et leurs évolutions.
À travers ce dispositif, la Ville de Paris soutient la production et la diffusion de connaissances afin de contribuer à la lutte contre le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme et d’éclairer les politiques publiques.
En savoir plus sur les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme
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