Crack à Paris : quelles représentations des usagers et des dealers ? | Recherche

Focus

Mise à jour le 24/09/2026

Piste cyclable Place de la bataille de Stalingrad.

Depuis les années 1990, les usages et trafics de crack dans le nord-est parisien occupent régulièrement le débat public. Cette recherche analyse la manière dont les personnes concernées sont représentées dans les médias et le discours politique, et s’intéresse à la place qu’y occupent les stéréotypes raciaux et les discriminations.

Infos clés

Dispositif : Bourses de recherche sur la xénophobie et l'antisémitisme
Chercheur-se : Julie COSTA
Établissement : Université de Caen Normandie
Laboratoires : Centre de recherche risques et vulnérabilités (CERREV), Centre de sociologie des organisations (CSO, Sciences Po/CNRS)
Statut : recherche doctorale en cours
Discipline : sociologie

Présentation

Depuis les années 1990, les usages et trafics de crack dans l’espace public du nord-est de Paris font régulièrement l’objet d’une forte attention médiatique et politique.

Parmi les personnes impliquées dans ces marchés figurent de nombreuses personnes issues de minorités racisées, notamment d’origine postcoloniale. Pourtant, les effets de cette réalité sur la manière dont le problème du crack est présenté et débattu ont jusqu’ici été peu étudiés en France.

La recherche de Julie Costa s’intéresse à la façon dont les usagers et les dealers sont représentés dans les médias et les discours politiques. Elle étudie notamment les mécanismes par lesquels certaines représentations peuvent associer le crack à des groupes définis par leur origine réelle ou supposée, ainsi que leurs conséquences en matière de discriminations et d’action publique à Paris.

Méthodologie

Entre 2020 et 2022, 88 entretiens ont été réalisés auprès de personnes directement concernées par la question du crack à Paris : usagers, vendeurs, policiers, professionnels du secteur médico-social et riverains.

La chercheuse a également mené environ 300 heures d’observation dans l’espace public et dans des structures de réduction des risques du nord-est parisien.

Ce travail de terrain a été complété par l’analyse de documents institutionnels, d’archives de presse et de contenus publiés sur Internet entre 1980 et 2023.

Résultats

La recherche montre que les représentations médiatiques du crack ont contribué, au fil du temps, à associer les usagers et les dealers à certaines origines. Ces associations peuvent passer par le choix des images ou des expressions employées, même lorsque l’origine des personnes n’est pas directement mentionnée.

L’étude met également en évidence différentes manières de présenter le problème dans le débat politique. Certains discours privilégient une lecture sociale et sanitaire du crack, centrée sur la précarité, le soin et la réinsertion, en laissant largement de côté les questions liées à l’origine ou aux discriminations. D’autres, notamment issus de l’extrême droite, établissent explicitement un lien entre immigration et usages de crack et mobilisent des stéréotypes racistes et xénophobes.

Selon la recherche, ces différentes représentations sont aussi associées à des réponses publiques différentes, allant du renforcement de l’accompagnement sanitaire et social à des approches davantage fondées sur la répression et le contrôle de l’espace public.

Apports pour la Ville

Cette recherche permet de mieux comprendre la manière dont les représentations liées à l’origine peuvent intervenir dans le traitement médiatique et politique du crack, mais aussi dans les réponses apportées à l’échelle locale.

Elle met en lumière des différences de traitement susceptibles de toucher les personnes issues de minorités racisées et invite à prendre davantage en compte les risques de discriminations dans les politiques de gestion de l’espace public.

Ces travaux peuvent ainsi nourrir la réflexion sur les actions de prévention, d’accompagnement et d’intervention auprès des différentes populations concernées par les usages et trafics de crack à Paris.

Partenaires

La recherche est menée par Julie Costa, rattachée au Centre de recherche sur les risques et les vulnérabilités (CERREV) de l’Université de Caen et au Centre de sociologie des organisations (CSO) de Sciences Po.

Elle associe également l’association Ego Espoir Goutte d’Or et le Collectif AGORA.

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Les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme

Cette recherche a bénéficié du soutien de la Ville de Paris dans le cadre des Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme, qui encouragent les jeunes chercheuses et chercheurs à mieux comprendre ces phénomènes, leurs formes et leurs évolutions.
À travers ce dispositif, la Ville de Paris soutient la production et la diffusion de connaissances afin de contribuer à la lutte contre le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme et d’éclairer les politiques publiques.
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