Comment l'antisémitisme se manifeste-t-il dans la France des années 1930 ? | Recherche

Focus

Mise à jour le 24/09/2026

Dans la France des années 1930, l'antisémitisme ne se limite pas aux discours et aux écrits. L'historienne Valeria Galimi étudie ses manifestations concrètes dans l'espace public, les groupes qui les organisent et les réactions des pouvoirs publics.

Infos clés

Dispositif : Bourses de recherche sur la xénophobie et l'antisémitisme
Chercheur-se : Valeria GALIMI
Établissement : Université de Sienne
Laboratoire : Institut d'histoire du temps présent (IHTP – CNRS UPR 301)
Statut : ouvrage publié (2006)
Discipline : histoire contemporaine

Présentation

Dans les années 1930, la France connaît une multiplication des mouvements et des publications antisémites, dans un contexte marqué par la crise politique, l'arrivée de réfugiés fuyant le IIIe Reich, l'affaire Stavisky ou encore la victoire du Front populaire et l'arrivée de Léon Blum à la tête du gouvernement.

Avec L'antisemitismo in azione. Pratiche antiebraiche nella Francia degli anni Trenta, Valeria Galimi propose de ne pas étudier uniquement les idéologies et les discours antisémites, mais de s'intéresser à leur traduction concrète dans la société : propagande, manifestations, réunions publiques et actions militantes.

Elle cherche ainsi à comprendre comment des représentations antisémites anciennes se transforment et s'adaptent au contexte politique et social des années 1930, mais aussi comment les institutions républicaines réagissent à leur diffusion.

Méthodologie

La recherche s'appuie notamment sur les archives de la préfecture de police de Paris, croisées avec celles du ministère de l'Intérieur. Valeria Galimi étudie également la presse quotidienne, les revues, les publications militantes ainsi que les manifestations, réunions et meetings organisés par les mouvements antisémites.

Cette documentation lui permet d'étudier les acteurs de ces mouvements, leurs profils sociaux et culturels, leurs modes d'action et leur vocabulaire, mais aussi la manière dont leurs discours investissent l'espace public.

Principaux enseignements

La recherche montre que l'antisémitisme des années 1930 réemploie des représentations déjà anciennes. L'héritage de l'affaire Dreyfus, les écrits d'Édouard Drumont ou encore le mythe d'une prétendue conspiration juive internationale sont adaptés à de nouvelles circonstances politiques et sociales.

L'arrivée de réfugiés du IIIe Reich, l'affaire Stavisky ou la victoire du Front populaire deviennent ainsi de nouveaux supports de mobilisation. À ces thèmes s'ajoutent notamment le « judéo-bolchevisme », le sionisme ou les théories raciales.

Valeria Galimi met ainsi en évidence l'une des caractéristiques de ces discours : leur capacité à réutiliser des préjugés déjà installés en les adaptant à l'actualité.

Son travail interroge également la réaction des pouvoirs publics face à ces pratiques. Il met en lumière la faiblesse de certaines réponses institutionnelles avant l'adoption du décret-loi Marchandeau du 21 avril 1939, qui permet notamment de sanctionner dans la presse certaines formes d'incitation à la haine raciale ou religieuse.

Apports pour la Ville

En étudiant l'« antisémitisme en action », cette recherche permet de dépasser l'analyse des seuls textes et idéologies pour observer comment les préjugés se traduisent concrètement dans l'espace public.

Elle éclaire les mécanismes par lesquels des représentations antisémites anciennes peuvent être réactivées, transformées et adaptées à de nouvelles situations politiques. Elle permet également d'interroger le rôle des institutions et les réponses apportées par la République face à la diffusion de pratiques et de discours antisémites.

Ces questions ont continué à structurer les recherches de Valeria Galimi, qui travaille notamment sur la violence politique et l'« antisémitisme de rue » dans plusieurs villes françaises des années 1930.

Partenaires

Valeria Galimi est historienne, spécialiste notamment de l'histoire politique et culturelle de la France contemporaine, de l'antisémitisme et des fascismes en Europe ainsi que de la Shoah. Elle est aujourd'hui enseignante-chercheuse à l'Université de Florence.

Pour aller plus loin

La recherche a donné lieu à l'ouvrage L'antisemitismo in azione. Pratiche antiebraiche nella Francia degli anni Trenta, publié en 2006.

En 2010, Valeria Galimi a également bénéficié du soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah pour poursuivre ses recherches avec le projet Face à l'antisémitisme de rue de la France des années Trente : actions de contrôle et réactions républicaines.

Ses recherches actuelles prolongent ces travaux à travers une étude de la violence politique et de l'« antisémitisme de rue » dans quatre villes — Paris, Strasbourg, Lyon et Oran — dans la France des années 1930.

Les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme

Cette recherche a bénéficié du soutien de la Ville de Paris dans le cadre des Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme, qui encouragent les jeunes chercheuses et chercheurs à mieux comprendre ces phénomènes, leurs formes et leurs évolutions.
À travers ce dispositif, la Ville de Paris soutient la production et la diffusion de connaissances afin de contribuer à la lutte contre le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme et d’éclairer les politiques publiques.
En savoir plus sur les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme

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