Comment apprend-on à lutter contre les préjugés racistes à l'école ? | Recherche
Mise à jour le 24/09/2026
Comment sensibiliser les élèves au racisme, à l'antisémitisme et à la xénophobie ? La politiste Soline Laplanche-Servigne s'intéresse aux professionnels et associations qui interviennent dans les établissements scolaires pour déconstruire les préjugés, ainsi qu'à la manière dont ces actions sont conçues et reçues.
Infos clés
Dispositif : Bourses de recherche sur la xénophobie et l'antisémitisme
Chercheur-se : Soline LAPLANCHE-SERVIGNE
Établissement : École des hautes études en sciences sociales (EHESS)
Laboratoire : Centre Maurice Halbwachs (CMH – UMR 8097)
Statut : recherche menée en 2015-2016
Discipline : science politique
Présentation
Depuis les années 2000, la lutte contre le racisme ne passe plus uniquement par le militantisme associatif. Des formations, programmes de sensibilisation et interventions contre les préjugés se développent notamment dans les établissements scolaires. Avec eux apparaissent des médiateurs, formateurs et experts qui font de la lutte contre les discriminations une partie de leur activité professionnelle.
Soline Laplanche-Servigne cherche à comprendre cette évolution : comment passe-t-on du militantisme antiraciste à une activité professionnelle de formation et de sensibilisation ? Quels parcours suivent les personnes qui interviennent auprès des élèves ? Et comment les programmes qu'elles proposent abordent-ils concrètement le racisme, l'antisémitisme, la xénophobie et les discriminations ?
La recherche s'intéresse également aux destinataires de ces interventions. L'objectif est ainsi de ne pas seulement étudier les discours et les intentions des programmes antiracistes, mais aussi la façon dont ils sont reçus par les publics auxquels ils s'adressent.
Méthodologie
La première phase de la recherche combine analyse de la littérature scientifique et entretiens de terrain. La chercheuse étudie notamment les travaux français et anglophones consacrés à la professionnalisation de l'antiracisme et aux formations à la diversité.
Elle mène parallèlement des entretiens avec six enseignants de collèges et lycées de Seine-Saint-Denis, interrogés sur la manière dont ils abordent les préjugés raciaux dans leurs classes. Elle rencontre également les responsables du programme CoExist, alors porté par l'Union des étudiants juifs de France, SOS Racisme et la Confédération étudiante, ainsi que deux de ses médiateurs.
La chercheuse bénéficie par ailleurs d'une connaissance directe des archives du mouvement bundiste français : dans le cadre d'une convention Cifre menée auparavant au Centre Medem-Arbeter Ring, elle a participé au classement, à la préservation et à la communication des archives et photographies de l'association.
Premiers enseignements
Cette première phase met en évidence une transformation importante de la lutte contre le racisme : l'antiracisme devient aussi un domaine d'expertise et de formation. Aux associations et militants bénévoles s'ajoutent des acteurs qui interviennent professionnellement pour sensibiliser différents publics aux discriminations et aux préjugés. La chercheuse s'interroge ainsi sur les liens entre ces deux univers : s'agit-il de nouveaux métiers, de la professionnalisation d'engagements militants ou d'une combinaison des deux ?
La recherche souligne également une évolution du vocabulaire employé. Les travaux internationaux examinés montrent notamment que certaines formations autrefois explicitement présentées comme « antiracistes » sont désormais proposées sous le terme plus large de « diversité ». Cette évolution pose une question centrale : changer les mots utilisés pour parler du racisme transforme-t-il également la manière de l'aborder ?
Enfin, les premiers entretiens permettent d'entrer dans les pratiques concrètes des établissements scolaires. Le programme CoExist étudié dans l'enquête repose par exemple sur des interventions en classe au cours desquelles les élèves sont invités à exprimer et interroger leurs préjugés, afin de construire des arguments face aux propos racistes, antisémites et xénophobes.
Apports de la recherche
Cette recherche déplace le regard : plutôt que d'étudier uniquement les discours racistes ou les mouvements qui les combattent, elle s'intéresse à la transmission concrète de l'antiracisme. Qui enseigne la lutte contre les préjugés ? Avec quelles méthodes ? Sous quels termes ? Et comment ces interventions peuvent-elles être reçues par les élèves ?
Elle contribue ainsi à mieux documenter un domaine encore peu étudié en France au moment de l'enquête : celui des professionnels de la sensibilisation au racisme et aux discriminations.
Pour les pouvoirs publics, l'enjeu est également concret : mieux connaître les interventions existantes dans les établissements scolaires et mieux comprendre les conditions dans lesquelles les programmes de prévention du racisme et des préjugés peuvent être mis en œuvre et évalués.
Pour aller plus loin
Cette recherche prolonge les travaux de Soline Laplanche-Servigne sur le racisme, les discriminations et les mobilisations antiracistes. Sa thèse de doctorat, soutenue en 2011 à l'Institut d'études politiques de Paris en cotutelle avec la Technische Universität Darmstadt, portait sur l'expérience du racisme et sa politisation en France et en Allemagne.
Les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme
Cette recherche a bénéficié du soutien de la Ville de Paris dans le cadre des Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme, qui encouragent les jeunes chercheuses et chercheurs à mieux comprendre ces phénomènes, leurs formes et leurs évolutions.
À travers ce dispositif, la Ville de Paris soutient la production et la diffusion de connaissances afin de contribuer à la lutte contre le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme et d’éclairer les politiques publiques.
En savoir plus sur les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme
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