Antisémitisme : le rôle des réseaux catholiques dans l'entre-deux-guerres | Recherche

Focus

Mise à jour le 24/09/2026

une statue devant la façade majestueuse de l'église

Dans l'Europe de l'entre-deux-guerres, certains milieux catholiques participent à la diffusion de discours antisémites. L'historienne Nina Valbousquet étudie ces réseaux, leurs liens avec les mouvements nationalistes et d'extrême droite et la manière dont ils contribuent à transformer et propager l'antisémitisme.

Infos clés

Dispositif : Bourses de recherche sur la xénophobie et l'antisémitisme
Chercheur-se : Nina VALBOUSQUET
Établissement : Institut d'études politiques de Paris
Laboratoire : Centre d'histoire de Sciences Po
Statut : thèse soutenue (2016)
Discipline : histoire contemporaine

Présentation

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, l'antisémitisme est présent dans certains milieux catholiques européens. Nina Valbousquet cherche à comprendre la place qu'occupent ces acteurs religieux dans son développement et sa diffusion durant l'entre-deux-guerres.

Sa recherche se concentre sur le réseau constitué autour de Mgr Umberto Benigni, ecclésiastique italien qui anime à partir des années 1920 l'Entente romaine de défense sociale. En France, il peut notamment compter sur des relais comme Mgr Ernest Jouin, curé de la paroisse Saint-Augustin à Paris, et l'abbé Boulin, tous deux liés à la Revue internationale des sociétés secrètes, l'une des principales publications de l'antisémitisme catholique de l'époque.

À travers ce réseau, la chercheuse analyse les relations entre religion et politique : comment une hostilité envers les Juifs issue d'une tradition catholique s'articule-t-elle avec les formes politiques, sociales, économiques et raciales de l'antisémitisme moderne ? Elle s'intéresse également aux liens noués par ces catholiques avec des mouvements nationalistes, contre-révolutionnaires, fascistes et d'extrême droite.

Méthodologie

La recherche repose sur une vaste enquête archivistique menée principalement en France et en Italie. Nina Valbousquet croise notamment les archives privées d'Umberto Benigni, les archives du Vatican, celles du fascisme italien et les archives de la Revue internationale des sociétés secrètes.

En confrontant correspondances, publications, documents internes et écrits de propagande, elle reconstitue les relations entre les membres du réseau, leurs intermédiaires et leurs contacts dans différents pays. Cette méthode permet de suivre concrètement la circulation des textes et des idées et d'observer comment les discours antisémites sont repris, adaptés ou transformés au fil des échanges.

La recherche combine ainsi plusieurs échelles d'analyse, depuis les relations internationales du réseau jusqu'à son implantation locale. Elle étudie également les rapports entretenus par ses membres avec les différentes autorités catholiques, afin de comprendre les réactions suscitées par leurs activités au sein même de l'Église.

Pprincipaux enseignements

La recherche met en évidence l'existence d'un réseau antisémite qui dépasse largement le cadre franco-italien. Autour de Benigni et de ses collaborateurs se développent des contacts avec des groupes établis dans de nombreux pays européens, mais aussi en Amérique du Nord. Malgré leurs différences politiques et religieuses, ces acteurs échangent publications, informations et propagande et trouvent dans l'antisémitisme un terrain de convergence.

Ces échanges contribuent aussi à faire évoluer les discours antisémites. Les préjugés religieux plus anciens se mêlent à des arguments politiques, sociaux, économiques et raciaux. Certains catholiques étudiés rejettent ainsi les théories raciales nazies tout en reprenant eux-mêmes des conceptions raciales des Juifs. La recherche montre ainsi que la frontière entre antijudaïsme religieux et antisémitisme moderne est beaucoup plus poreuse qu'elle ne pourrait le paraître.

Le réseau joue notamment un rôle dans la diffusion des Protocoles des Sages de Sion, un faux document présentant les Juifs comme les acteurs d'un prétendu complot mondial. Mgr Jouin en France et Mgr Benigni en Italie figurent parmi ses traducteurs et propagateurs et participent à sa circulation dans différents milieux politiques et religieux.

Enfin, l'étude montre la complexité des réactions de la hiérarchie catholique. Les positions antisémites de ces acteurs ne sont pas officiellement encouragées, mais elles ne font pas non plus l'objet d'une condamnation systématique. Les autorités ecclésiastiques connaissent les activités de plusieurs membres et publications du réseau, tandis que certains discours de « défense » contre les Juifs trouvent un écho dans des cercles catholiques plus larges.

Apports de la recherche

En étudiant les liens entre acteurs de différents pays, cette recherche renouvelle l'histoire de l'antisémitisme de l'entre-deux-guerres. Elle montre que sa diffusion ne peut pas être comprise uniquement à partir des contextes politiques nationaux : les échanges entre militants, religieux, journalistes et mouvements politiques participent eux-mêmes à la formation et à l'évolution des discours antisémites.

Le travail met également en lumière le rôle de certains acteurs religieux, moins étudiés que les mouvements politiques antisémites. Il permet de comprendre comment des préjugés issus d'une tradition catholique ont pu se combiner avec des formes plus contemporaines d'antisémitisme et circuler entre milieux religieux, nationalistes et d'extrême droite.

Enfin, la recherche attire l'attention sur l'après-Première Guerre mondiale et les années 1920, période durant laquelle se structurent des réseaux et des modes de circulation qui jouent un rôle important dans l'internationalisation de l'antisémitisme.

Pour aller plus loin

La recherche soutenue par la Ville de Paris a contribué à l'achèvement de la thèse de Nina Valbousquet, soutenue en 2016 à l'Institut d'études politiques de Paris. La bourse lui a également permis de poursuivre ses recherches et de préparer plusieurs publications consacrées à l'antisémitisme catholique.

Ces travaux ont ensuite donné lieu à un ouvrage tiré de la thèse, Catholique et antisémite. Le réseau de Mgr Benigni, 1918-1934, publié en 2020 chez CNRS Éditions. L'ouvrage approfondit notamment le rôle de ce réseau dans la circulation internationale de l'antisémitisme après la Première Guerre mondiale.

Les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme

Cette recherche a bénéficié du soutien de la Ville de Paris dans le cadre des Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme, qui encouragent les jeunes chercheuses et chercheurs à mieux comprendre ces phénomènes, leurs formes et leurs évolutions.
À travers ce dispositif, la Ville de Paris soutient la production et la diffusion de connaissances afin de contribuer à la lutte contre le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme et d’éclairer les politiques publiques.
En savoir plus sur les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme

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