5 questions à Valérie Senghor, directrice du Centquatre

Interview

Mise à jour le 28/10/2026

Portrait de Valérie Senghor, directrice du Centquatre.

Propositions novatrices, pratiques spontanées, espaces de résidence artistique et spectacles hybrides, le Centquatre, implanté dans le 19e arrondissement, défend une ambition singulière : susciter la curiosité et créer du lien social. Rencontre avec Valérie Senghor, sa nouvelle directrice.

1 > Comment définir l’identité du Centquatre ?

Le Centquatre (19e) est un lieu de vie, d’art et de création que tout le monde peut s’approprier. Au-delà d’être un espace d’art et de culture, c’est un projet de société dans lequel s’expriment toutes les esthétiques et les formes d’art, mais aussi toutes les manières d’entrer en relation avec l’art et la culture. C’est un endroit générant du lien, qui propose différentes façons de vivre la ville, de partir à la rencontre de l’autre et de s’ouvrir au monde, grâce à une programmation, je crois, qui rend curieux.

2 > Quelles ambitions nourrissez-vous depuis votre arrivée à la tête de l’établissement en novembre 2025 ?

C’est une maison que je connais bien : j’y ai travaillé onze ans, entre 2007 et 2018. J’y suis revenue en connaissance de cause et j’embrasse pleinement le projet du Centquatre tel qu’il est, car il continue d’inspirer les acteurs culturels en France et à l’étranger. C’est un modèle que je souhaite contribuer à développer davantage. Mon projet s’inscrit dans la persistance des lignes artistiques existantes, mais aussi dans l’ouverture à de nouveaux champs de réflexion et dans la création de propositions différentes.

3 > Pourriez-vous nous dévoiler les temps forts à venir ?

Pour la saison 2026-2027, l’attention sera portée aux liens entre l’art et la société, et notamment au rapport à la ville et à l’espace public : en janvier 2027 sera organisée la nouvelle biennale Habiter le monde, au croisement de l’art, de l’architecture et des sciences humaines. Ce lien entre l’art et la société va aussi s’exprimer à travers la question de la langue.

Dès janvier, on retrouvera un nouveau festival, De bouche à oreille, qui associera différentes formes artistiques, comme les musiques actuelles, le théâtre et la poésie.

Valérie Senghor
Directrice du Centquatre (19e)

Et puis, au Centquatre, on continue de promouvoir Art Émergence, dont la 2e édition a l’ambition de montrer des projets de fin d’études de jeunes artistes issus des arts plastiques, de la mode et du design. Trois autres temps forts sont également attendus : les festivals Circulations, Séquence Danse Paris et Impatience, qui soutiennent la jeune création de la photographie, de la danse et du théâtre.

4 > Au-delà du divertissement, l’art peut-il, selon vous, sensibiliser, transmettre et informer ?

Je pense, oui. L’art est essentiel, il nous permet de vivre et de poser un regard un peu distancé sur notre existence. Il donne la possibilité de nous retrouver autour d’intérêts communs et de créer du lien. Et même, peut-être, au travers de nos différences, car il aiguise notre sens critique et capte notre attention par l’émotion. Mais il peut aussi nous divertir, et c’est pour cela qu’il est absolument fondamental.

5 > Comment le Centquatre rend-il l’art accessible à tous, même aux non-initiés ?

C’est une vigilance permanente que de faire en sorte que cet endroit, inscrit dans un territoire de très grande diversité sociologique et générationnelle, soit perçu comme un lieu d’appropriation pour toutes et tous. Déjà, on mène un travail d’accompagnement, notamment grâce à notre équipe des publics qui sillonne le territoire du Nord-Est parisien et construit des parcours pour les visiteurs, parfois hors les murs, auprès des écoles, des universités, des centres sociaux, des crèches. Et puis, on possède des espaces – La Maison des petits ou Le Cinq – qui permettent d’établir une relation avec les habitants du quartier.

Mais il existe diverses manières d’entrer en relation avec le Centquatre : en venant faire ses courses chez Emmaüs ou au marché bio, en allant voir un spectacle ou boire un verre au Café Caché, en observant les artistes amateurs se livrer à différentes pratiques spontanées. Finalement, sans injonction à acheter un billet, le lieu est conçu pour que chacun se l’approprie.

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